Fausses notes

L’association MCV (Moissac culture vibrations) fait donner de la voix au quotidien régional. C’est pour la bonne cause certes: la survie (diable) d’un festival qui a su imposer sa griffe dans le paysage moissagais et au-delà ! Dans un long et inaccoutumé panégyrique, l’article pointe les difficultés financières de l’entreprise pour mieux appuyer la demande de subvention exceptionnelle de 40 000 euros que le Conseil municipal sera appelé à examiner, jeudi prochain.

Bien évidemment, personne ne conteste l’intérêt, ni même la qualité de ce Festival qui a curieusement posé ses tréteaux à Lafrançaise, puis est allé chercher d’autres aides auprès de la Communauté de communes en proposant ses spectacles un peu partout, sauf à Castelsarrasin. Et pour cause, Castelsarrasin ne veut pas lâcher son mini festival, qui comble de bonheur, se déroule presque aux mêmes dates.

Il y a là un sujet, que nous avons dans ces colonnes et dans les réunions officielles maintes fois souligné. Deux festivals, à quelques encablures et à la même époque, est-ce bien raisonnable ? La réponse est dans la question. Le hic c’est que Castelsarrasin ne veut rien entendre et n’entend pas composer avec Moissac.  Les élus des deux villes ont pris soin de ne jamais aborder le sujet. La Com-com s’est bien gardée d’y mettre les doigts.

Mais le moment est peut-être arrivé de bousculer les choses, de mettre tout le monde autour de la table pour tout repenser. Au rayon des questions qui fâchent, ne faudrait-il pas interroger le modèle économique de ce Festival, voire son projet culturel ? Je ne doute pas que le Conseil d’administration de MCV s’est déjà emparé de ces problématiques, mais apparemment avec les mêmes réponses : rien ne doit changer, sauf les aides publiques.

Nous allons donc examiner jeudi cette demande d’aide exceptionnelle dont personne ne discute le bien fondé, pas même l’urgence. Mais les élus, à fortiori de l’opposition, ne sont pas des machines à voter, à l’aveugle ! Que pense la Commission culture de cette situation ? La délibération qui nous est proposée n’en dit mot. Nous ne disposons d’aucun document comptable susceptible d’éclairer notre vote. Une fois de plus la majorité, fait le travail à moitié, car il eut été facile d’annexer le bilan financier sur lequel MCV fonde sa demande. Une fois de plus, la majorité va tenter de ruser avec le réel, nous expliquant dans les attendus de la délibération, que cette subvention exceptionnelle ne pose pas de problème, puisque Moissac dispose des réserves de trésorerie. CQFD !

Fin de saison

 

Pour la cérémonie des adieux, c’était grand beau sur la base de loisir de Saint Nicolas de la Grave. Emmanuelle Gau, désormais ex directrice de l’OTI, (Office de tourisme intercommunal) mettait ainsi un point final à son escapade en Terres des Confluences. (voir ici l’histoire d’un grand ratage)

Cadeaux, mots de remerciements, larmes discrètement essuyées, la soirée était chaleureuse et les regrets ouvertement exprimés. Peu d’élus, hasard ou pas, avaient fait le déplacement. Merci à Emmanuelle pour les espoirs qu’elle avait fait lever. Et bon vent à elle !

 

Marie Josée Maurièges avec Emmanuelle Gau

La politique en mode binaire

Voilà un petit bouquin qui aurait fait un bon « Que sais-je ? » sur l’histoire de la gauche française de la Révolution à nos jours. En bon historien, et surtout en bon pédagogue, Jean Paul Nunzi explique la naissance de cette terminologie qui a marqué au sens fort du terme, un peu plus de deux siècles politiques. Au départ, ce fut une question de places dans l’enceinte de l’Assemblée constituante en 1789 : à droite du président, les députés favorables au droit de véto du roi, à gauche les opposants.  A partir de cette topologie, se sont construits au fil des décennies deux corpus idéologiques, tout aussi hétérogènes et mouvants l’un que l’autre, le temps faisant bouger les positions, révisant les critères d’appréciation. Il en est ainsi de Jules Ferry, père de l’école laïque et chantre de la colonisation. Même chose aux USA où le Parti républicain fut d’entrée de jeu anti-esclavagiste, pour devenir scissions après scissions un partisan du maintien de l’esclavage. Ainsi vont les hommes et leurs partis !

De droite, de gauche, la caractérisation est souvent contingente et s’affirme n’en déplaise à l’auteur de l’ouvrage relativement peu opératoire en tout cas en partie disqualifiée pour juger d’une politique, voire d’une idée. Le Revenu universel, de droite ou de gauche ? Soutenu par le frondeur socialiste Benoît Hamon, l’idée procède d’un double arbre généalogique : communiste avec le philosophe André Gorz et plus anciennement libéral avec le philosophe américain Thomas Paine, auteur en 1797 d’un traité sur la justice agraire. De droite ou de gauche ?

Nous voilà ramenés au temps présent et au véritable objet de ce livre : un pamphlet contre Macron et son approche politique des grandes questions du moment. Jean Paul Nunzi dénonce à raison une société injuste, inégalitaire, sclérosée… L’héritage contemporain de Chirac, Sarkozy (de droite) mais aussi de Jospin, et de Hollande (de gauche). On n’est plus dans le « ni-ni » mais dans le « et-et » On voit bien au final que tout cela revient au même dans ce monde où le capitalisme est désormais sans challenger crédible.

Curieusement d’ailleurs, dans sa conclusion, l’auteur propose de dépasser les clivages, de s’affranchir en quelque sorte du label de gauche, par « le débat et l’acceptation du compromis pour peu que l’essentiel, les enjeux du futur, soient pris en compte collectivement » Dont acte !

« Ni de droite, ni de gauche, ça n’existe pas » Jean Paul Nunzi.  Editions Sydney Laurent. Chez l’auteur: jpnunzi@orange.fr

Changer la vie

On devrait connaître d’ici demain, le nom du nouveau ministre de l’environnement, Nicolas Hulot ayant claqué la porte du gouvernement, l’autre matin, en direct sur France Inter. Victime d’une pétoire de chasse ! Le coup de trop pour ce ministre qui avait de moins en moins d’appétit pour le civet de couleuvres.

Un, une autre, feront-t-ils mieux pour la cause ?  Parviendront-ils à prendre le pas sur Travert, ce fameux ministre de l’agriculture qui en deux coups de canif au contrat environnemental est parvenu à se faire un nom et une réputation ?

En fait, la question n’est pas vraiment là, même si média et landernau politique gloseront jusqu’à plus soif sur la personnalité retenue. Il me semble que nous approchons collectivement de ce moment de notre histoire nationale et planétaire qui nous enjoint de choisir notre destin. Stop ou encore ! Poursuivre sur la même voie dont on mesure chaque jour les conséquences calamiteuses : réchauffement planétaire, perte de la biodiversité, altérations irréversibles de notre environnement ou bien revoir notre modèle de développement, interroger les paradigmes de notre croissance et consentir aux inévitables remises en cause que cela entraînera.

Depuis des lustres, l’humanité est persuadée que la croissance à tout prix est synonyme de progrès, d’amélioration des conditions de vie, d’augmentation même de l’espérance de vie. Et cela s’est vérifié dès l’avènement de la révolution industrielle qui a transformé radicalement le rapport de l’homme à son environnement, le rendant progressivement maître de la nature tel un Prométhée déchaîné. Le constat indéniable se transforma bien vite en dogme : le bonheur est dans la croissance. A quelques exceptions près, à quelques variantes près, libéraux, socialistes de toutes obédiences et marxistes orthodoxes entonnèrent ce même refrain et en firent un crédo partagé par toute la planète. Une fois le communisme terrassé,

le capitalisme mondialisé a encore poussé les feux faisant de la croissance un objectif planétaire en même temps que le générateur d’astronomiques profits pour les classes possédantes

Le hic c’est que notre orange bleue est un espace fini, aux ressources limitées, un écosystème global fragile alors qu’en dépit de tous les malheurs qu’elle a connus ou qu’elle s’est infligée, l’humanité ne cesse de croître et de prospérer aux dépens des autres espèces vivantes.  En ce début de XXI° siècle, croissance économique et croissance démographique se répondent, se challengent comme deux compétiteurs fous. La courbe de la population mondiale est plus qu’inquiétante et l’on se demande bien, même si certains démographes prédisent qu’elle se retournera dans quelques décennies, comment cette croissance exponentielle pourrait-elle s’arrêter? Au prix de quelle apocalypse ?

Mais foin de métaphysique, nous n’en sommes pas encore là !  Présentement, il nous faut ralentir la chaudière (c’est le cas de le dire) sauver ce qui reste de biodiversité, tenir en laisse notre rapacité naturelle et en même temps aider des continents entiers à prendre place au banquet. Il s’agit rien de moins que de repenser le désordre mondial. Où, comment, avec qui ? Vaste programme aurait dit le général De Gaulle !   Mais par quoi, par où commencer ? Comment protéger la planète, alors qu’une grande partie de l’humanité aspire à améliorer son sort, comment réduire les inégalités et ne pas paupériser les classes moyennes? Bien malin celui ou celle qui aujourd’hui a La Réponse.

François Mitterrand voulait « changer la vie ». Le slogan est aujourd’hui d’une criante actualité. Il s’agit bien en effet de changer la vie, en profondeur, radicalement. Le sujet touche à l’essentiel, au devenir de l’espèce. Il y faut plus que l’engagement des politiques, plus que les décisions ministérielles, plus bien sûr que les stériles polémiques idéologiques dont l’actualité nous apprend chaque jour l’inanité. Il n’y aura pas de changement profond sans l’implication active, quotidienne des populations, des citoyens que nous sommes. Le discours, la dénonciation ne sauraient nous exonérer de nos responsabilités individuelles et/ou collectives.

 

Maison ou Centre de santé?

Les déserts médicaux avancent inexorablement dans les territoires ruraux. Le Tarn-et-Garonne ne fait pas exception. Il est même dans le peloton de tête des départements en déshérence médicale avec 14,3 médecins pour 10000 habitants. Les perspectives pour 2030 sont encore plus catastrophiques. Nous étions quelques-uns à nous alarmer de cette situation. Aujourd’hui, devant l’inquiétude des populations, les élus se sont enfin emparés du problème, mais semblent souvent impuissants, tant le phénomène apparaît d’abord comme une question d’époque et de société.

Nos besoins, nos attentes en matière de soins ont considérablement augmenté ces cinquante dernières années. Résultat, nous vivons mieux et plus longtemps, beaucoup plus longtemps. Autant dire que la médecine ne connaît pas la crise, sinon celle de l’offre. Les hôpitaux sont débordés, les spécialistes pris d’assaut et les généralistes battent peu à peu en retraite. Sans oublier les personnels de soins, libéraux ou fonctionnaires, qui peinent à suivre le train.

Les spécialistes, ce n’est pas nouveau, préfèrent les villes. Voilà qu’ils sont imités maintenant par nombre de généralistes. Les jeunes diplômés de la faculté font d’abord un choix de vie : la famille, le temps libre, les loisirs… La pratique du métier elle-même a beaucoup changé. Ne parlons pas de ce Médecin de campagne raconté par Balzac, médecin bien sûr, mais aussi confesseur à sa manière, homme de loi à l’occasion, entrepreneur par nécessité, pour qui le corps souffrant était d’abord un corps social. Aujourd’hui, le cher docteur a l’œil sur le chrono et confie volontiers ses patients à l’expertise de la machine. Il ne visite plus, il consulte chez lui, trente-cinq heures par semaines (j’exagère à peine). Du coup, les services d’urgences des hôpitaux sont débordés, là tout est gratuit, et doivent assumer des situations qui n’étaient pas dans leurs missions d’origine.

Les communes se sentent désarmées et cherchent la parade. Certaines pensent avoir trouvé la solution avec les Maisons de santé.Il s’agit, en contrepartie d’un loyer, d’offrir aux médecins libéraux un espace, ouvert également aux professions médicales. On regroupe donc dans un même lieu, médecins, infirmières, orthophonistes et j’en passe. Le département en compte 8 actuellement. Dernière en date, celle de Valence d’Agen qui accueille 25 professionnels de santé. Coup gagnant, ce qui n’est pas partout le cas, car il faut trouver des médecins volontaires et certaines communes, faute d’un engagement des praticiens dès la conception du projet, se sont retrouvées avec les locaux sur les bras. Ces maisons de santé améliorent les conditions de travail des praticiens, et facilitent l’accès aux soins pour les patients qui trouvent là une sorte de communauté thérapeutique organisée en société commerciale. Pour autant, les malades doivent toujours se déplacer et pour que le système soit réellement bénéfique, il doit disposer d’une bonne organisation garantissant une permanence médicale sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Autre approche qui tente certaines communes: les Centres de santé. La première et grande différence, c’est que dans ces Centres les médecins, les professionnels de santé sont des salariés. Un comité, lancé par des militants du PCF vient de se créer à Castelsarrasin et milite pour la création d’une telle structure sur Terres des Confluences. Là aussi, la question du recrutement est entière. Un jeune médecin, homme ou femme, acceptera-t-il plus facilement de venir exercer en campagne quand on sait que les salaires du secteur ne dépassent pas 7000 euros mensuels et que les différences de rémunération entre les hommes et les femmes, près de 2000 euros, y sont scandaleuses? Bien entendu ces centres pratiquent le tiers payant, ce qui est conforme à leur vocation sociale, et les rapproche de facto des anciens dispensaires.  Mais, le modèle économique de ces centres est loin pour l’instant d’avoir fait ses preuves, obligeant les collectivités territoriales à combler les déficits à coups de subventions. D’autre part, il n’est pas certain que le salariat rende les médecins plus disponibles pour les malades.

Alors, Maison ou Centre ? Tout est affaire de diagnostic. Il faut analyser avec beaucoup de précisions les besoins du territoire, ses capacités, la proximité ou non d’un hôpital. Une telle entreprise concerne bien sûr l’Agence régionale de santé. Mais au-delà, elle doit procéder d’une vaste consultation des populations, au travers d’états généraux de territoire tout en ayant bien conscience que les solutions miracles n’existent pas et que pour contenir la dépense publique, il faudra réorganiser, mettre en place les synergies, tailler ailleurs dans un système de soins qui a besoin d’une sérieuse refondation. Le gouvernement s’y est engagé. La réforme des urgences des hôpitaux fait partie du paquet.

Affaire d’été

Le sociologue et demain l’historien se pencheront avec délectation, sur « l’affaire Benalla ». Ils en étudieront le tintamarre médiatique, les mensonges orchestrés, les déclarations aussi enflammées qu’ineptes. Un véritable cas d’école! Il y a longtemps que les oppositions politiciennes à Emmanuel Macron  rageaient,  toujours en embuscade, de ne pouvoir faire le coup de feu, regardant impuissantes passer la caravane des réformes. La France venait juste de gagner la coupe du monde de football alors que le président de la République y avait joué avec mesure sa partie. Le Tour de France s’annonçait sous les plus mauvais auspices, ceux de l’équipe Sky et de son leader honni, Chris Froome bientôt supplanté par son co-équipier gallois. Juillet se languissait sous une fausse canicule sur des plages bronzées à l’huile solaire. A peine de quoi alimenter les colonnes des gazettes!

Et tomba du ciel la vidéo de Benalla! Miraculeusement! L’homme y montrait ses techniques de neutralisation du manifestant. Viril, mais correct. Si ce n’est qu’il n’est pas payé pour ce boulot et surtout qu’il est dans le cercle rapproché de Macron. Son monsieur sécurité! La droite et la gauche flairant la bonne occase et  l’odeur du sang, se mirent à chasser en meute, hurlant à qui mieux-mieux à « l’affaire d’état ». Fureurs et mystères. Tiens, comment cette vidéo est-elle parvenue au journal Le Monde? Ou plutôt, qui a mis ce confrère sur cette piste et surtout pourquoi? Certes, les journalistes protègent leurs sources, mais cela n’empêche pas de risquer quelque conjecture. Celle d’un coup monté par exemple, en réaction à  la réforme programmée des services de sécurité de l’Elysée qui n’aurait pas l’heur de plaire à tout le monde, place Beauvau. C’est le site Slate qui rappelle qu’en 1982 (je sais c’est loin), les écoutes de l’Elysée furent révélées alors que F Mitterrand, doutant de la fidélité de la police, avait décidé de confier la sécurité présidentielle à la gendarmerie.

Pauvre Alexandre! Les médias, déchaînés comme jamais, ont aussitôt livré des flots de demi informations et de pieux mensonges, relayant des sources aussi incertaines que mal-intentionnées. Benalla n’a jamais été grand chef à plume à l’Elysée, il gagnait 6000 euros comme les autres conseillers, l’appartement de fonction qu’il n’a même pas eu le temps d’occuper faisait 80 m2, sa voiture de fonction n’était qu’un véhicule de service et tout à l’avenant… Et même quand Benalla parle (dans le Monde et sur TF1) pour avouer ses dérapages et s’expliquer sur sa place et son rôle à l’Elysée, acceptant la sanction, le licenciement, politiques et médias à l’unisson, trouvent que ce n’est pas suffisant, qu’il cache quelque chose, qu’il est impossible qu’il ait agit de son propre chef, au final que Macron lui tenait la main… Feu sur Jupiter!

Mardi 31 juillet, on va même voir les Insoumis de J.L. Mélenchon faire cause commune, par le biais d’une motion de censure, avec les héritiers du Gaullisme qui admettons-le avaient plus d’un tour dans leur SAC! Pince moi! Et pour faire bonne mesure, ces mêmes Insoumis vont voter une nouvelle motion de censure, avec les rescapés du Parti socialiste qu’une de ses éminentes figures, Valérie Rabault veut saluer comme un événement politique. Pince-me! La foudre ne s’abattra pas sur le gouvernement qui dispose d’une majorité, encore moins sur Emmanuel Macron qui ne perd pas de terrain dans les sondages. L’Elysée a raison de penser que la politique du chef de l’Etat sera jugée sur ses résultats économiques et sociaux. Et de ce point de vue, le deuxième semestre devra montrer que les promesses sont au rendez-vous!

Faut pas pousser…

« Dieu, gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge » Peu importe au final que la citation soit de Voltaire ou plus loin dans le temps d’Antigonos 2 de Macédoine, elle témoigne d’une sagesse que les siècles ne sont pas parvenus à altérer. Et pour l’avoir oubliée, ne serait-ce qu’un court instant, E. Macron en paye le prix. A l’évidence, l’hubris d’Emmanuel peut s’avérer dangereuse pour le Président qu’il est, d’autant plus qu’elle est contagieuse. On pourrait appeler cela le syndrome du cercle, fatal à nombre de beaux esprits, fussent-ils jeunes et bien faits. Ivresse du pouvoir pour les uns, fascination des armes pour les autres ! Sentiment de toute puissance !

Ce trouble du comportement est facilement repérable chez les individus ou dans les officines qui font dans la sécurité. L’histoire de la France contemporaine en atteste. Le SAC par exemple, le Service d’action civique, mis sur pied en 1960 pour servir de garde prétorienne au Général de Gaulle et à son parti, l’UNR, fut, jusqu’en 1981, date de sa dissolution, de tous les coups tordus. Dirigée pendant des années par un commissaire de police, Pierre Comiti, cette organisation qui avait à l’origine trois objectifs, lutter contre les communistes, lutter contre l’OAS et contrôler le parti, entretenait régulièrement avec les forces de police comme avec le milieu du grand banditisme des relations coupables.

Les S.O. en général, les services d’ordre comme on disait naguère dans les organisations militantes, peuvent très vite s’octroyer une autonomie de mouvement et d’action. Et du coup devenir une gêne, voire un danger pour le parti qu’ils prétendent servir, et au final pour la démocratie. Dans ce milieu un brin barbouzard de la sécurité, qui évolue souvent aux marges de la loi, l’amitié est un piège pour qui baisse la garde ou relâche la vigilance. « L’affaire Benalla » en témoigne. Mais un seul homme ne fait pas système. La Macronie ne s’est pas dotée de Services parallèles. Les héritiers proclamés du gaullisme, qui crient à l’affaire d’état devraient s’ulcérer moins bruyamment. Les autres aussi, qui ont trouvé là le moyen de mettre en panne le chantier de la réforme constitutionnelle !

Pour autant, il y a une affaire. Et il faut pour l’avenir en tirer les leçons. Alexandre Benalla vient d’être licencié. Tardivement même s’il avait été mis à pied sans salaire au lendemain de l’incident. Il fait maintenant l’objet de trois enquêtes : judiciaire, de la police des polices et des parlementaires. Que demander encore ? Exemplaire ou pas, la République fonctionne ! Mais gageons que ce grand remue-ménage ne nous apprendra guère plus que ce que nous savons et que la presse a justement révélé. Un homme trop zélé, trop sûr de son impunité parce que admis dans le premier cercle du pouvoir s’est cru autorisé, un jour de manif, à faire lui-même et la loi et la police. Ce n’est qu’un dérapage, certainement pas le résultat d’une intention politique, d’une volonté du pouvoir de mettre en question le droit de manifester. Il n’y a pas d’affaire d’état. Juste une affaire qui relève du droit commun au sein de l’appareil d’état.