Le cheval fourbu de la droite

Il faut à la majorité municipale une bonne dose d’amnésie pour oser à la faveur d’un bilan de mi-mandat enfourcher le cheval du tourisme, quand elle a fait campagne en 2014 pour dénoncer « le tout tourisme » de l’équipe Nunzi. (cf La Dépêche du 26 mars) Il est vrai que les Radicaux faisaient alors chorus. Mais il ne suffit pas de reprendre les projets de l’ancienne majorité de gauche, l’aménagement de l’abbatiale (cliquez ici) pour construire une politique audacieuse et articulée autour du tourisme. Car le tourisme est un tout et d’abord un état d’esprit qui doit imprégner tous les acteurs de la vie locale. Pourquoi l’Office est-il fermé certains jours, à certaines heures? Pourquoi restaurants, bars et commerces de centre ville ne sont-ils pas davantage enrôlés au service de cette politique? Il est vrai que c’est la première fois que la mairie revendique explicitement le tourisme comme axe de développement pour notre ville. Et puis, il ne suffit pas d’aménager l’abbatiale, il faut aussi élargir l’offre touristique, mettre en valeur les sites remarquables de Moissac (le Vieux Moissac, les berges du Tarn avec « Moissac-Plage » abandonnée au milieu du gué au prétexte des contraintes de sécurité…  Il faut créer de nouveaux lieux, comme le Centre Firmin Bouisset dont le projet à maintes reprises discuté, remanié, expliqué par l’association qui le porte, se heurte à un mur. La mairie n’a parait-il pas de lieu où l’installer. Allons donc, chacun voit bien que Moissac n’a plus de bâtiment disponible!

En fait, l’équipe municipale, dont on sait qu’elle est terriblement divisée, notamment sur la question du tourisme, n’a jamais véritablement dit non au projet, elle feinte, elle ruse arguant tantôt qu’elle veut installer une activité économique (un espace de co-working dans l’ancien collège) tantôt qu’elle ne saurait supporter les frais de fonctionnement du futur Centre. Le projet que tous les élus du territoire ont eu en main, n’a jamais prévu ça! Il s’agit dans un premier temps de donner un lieu, un point de chute à un espace qui présentera les oeuvres de l’artiste et s’ouvrira à des initiatives pédagogiques. Firmin Bouisset, faut-il le rappeler est un enfant de Moissac, né au Moulin du Bidounet. Un des plus géniaux affichistes du début du XX° siècle (cliquez ci) Il a lui même en son temps cherché à monter un musée dans cette ville qui l’avait aidé à faire des études à Toulouse, puis à Paris. Henri Ena, un des historiens de notre ville rêvait lui aussi de réinstaller Bouisset en ses murs.

En ce qui concerne la culture, la mairie s’octroie indûment quelques mérites. Si le cinéma de centre ville projette toujours d’autres films que les blocks busters, c’est grâce à l’association la Bobine, dont la subvention a été réduite de moitié. Drôle de manière de reconnaître son travail! Le festival des Voix a été conservé, la subvention maintenue, les caisses renflouées, parce que la mairie n’avait pas de projet de rechange, que les responsables du festival et l’association MCV sont difficilement remplaçables. La pression populaire relayée par l’opposition de gauche faisant le reste. Mais là aussi, la mairie a fait dans la continuité, incapable de faire grandir ce festival dont chacun s’accorde à dire qu’il devrait être pris en charge par la Communauté de communes. Autre chose? Non rien, calme plat sur les bords du Tarn!

Et la santé docteur Henryot? Le désert médical progresse. Les médecins généralistes partent les uns après les autres sans être remplacés, l’offre de soin s’amenuise sur le territoire et l’équipe municipale, qui compte pourtant quelques compétences, reste au balcon. Menacé, l’hôpital dont le sort demeure encore incertain, même si nous disposons de quelques bonnes raisons d’espérer (cliquez ici), doit sa survie à l’acharnement de l’ancien maire, Jean Paul Nunzi à trouver et à garder sur place des chirurgiens. Tout comme le services des Urgences, dont la majorité de gauche avait obtenu la modernisation et qui a été inauguré il y a quelques semaines. En fait,  l’hôpital de Moissac qui répond parfaitement aux besoins de la population du bassin de vie, doit aussi son salut à la mobilisation citoyenne, impulsée par le Comité de défense… que préside J.P. Nunzi!

La droite a conquis la mairie en promettant la renaissance du Centre ville. Certes, elle a poursuivi les travaux d’embellissement, reprenant au passage le projet de la rue de l’inondation, mais elle n’est pas parvenue à enrayer la fermeture des commerces, faute là aussi d’audace et d’imagination. Eligible aux subventions FISAC (cliquez ici), elle s’est contentée d’un projet a minima (signalétique, accessibilité des boutiques) sans commune mesure avec les enjeux de l’heure. Et que dire du marché de plein vent, réorganisé à l’arme lourde et que désertent peu à peu commerçants et chalands!

Si la droite a mis le paquet sur la sécurité, si elle n’a pas augmenté les impôts locaux, elle se garde bien de parler de la situation économique de la ville. Moissac s’appauvrit, inexorablement. Moissac doit faire face à l’arrivée de populations en difficulté, qui pèsent lourd sur les moyens de la commune, qui mobilisent les associations caritatives et au final provoquent au sein d’une partie de la population des réactions de rejet. Le sujet est sensible, à tel point que la mise en place d’un Contrat de ville avec l’état continue à faire débat au sein même de la majorité. Ce contrat (cliquez ici)  prévoit des aides spécifiques et importantes pour deux quartiers en grandes difficultés, le Centre ville et le Sarlac. A priori une aubaine pour une ville qui n’en peut mais! Un cadeau empoisonné pour une partie de la droite qui voit dans ce contrat une façon de souligner sa propre impéritie. Immobile sur l’économie pendant trois ans, la mairie botte maintenant en touche, arguant du fait que ce domaine est désormais de la compétence de la Communauté de communes. Une défausse bien commode!

Et puisqu’on parle de Terres des Confluences, constatons que sa mise en place n’a pas donné lieu à une réorganisation des effectifs de la mairie. Les tensions y demeurent fortes et de l’avis de certains agents, les relations avec les élus (avec certain(e)s) sont loin d’être idylliques. Mais soyons magnanimes, il reste trois ans à cette équipe pour s’améliorer!

Echos de campagne

Il faut s’y faire, la droite dure ou extrême boude le marché de Moissac. Chez Fillon on rase les murs. Chez Le Pen on pêche peut-être par excès de confiance. On verra. Du coup, on trouve toujours les mêmes que ce soit samedi ou dimanche. Les supporters de Hamon ont bien du mal à convaincre, voire à se convaincre. Chez Macron, la confiance est là, même si les volontaires pour aller au devant des électeurs sont un peu toujours les mêmes.

A vrai dire, on sent comme une lassitude qui gagne doucement les militants, comme les électeurs. Nombre d’entre eux n’en peuvent plus des rebondissements à répétition, du feuilleton des affaires Fillon. Même ceux qui pouvaient se réjouir des tracas du candidat de la droite dure, commencent à trouver lassant le feuilleton. Ils ne sont pas tous, les Moissagais comme les autres Français, des exégètes du programme, mais ils écoutent et regardent pour la plupart les grands médias audiovisuels. Ils attendent les débats, dont on a vu que celui de TF1, en dépit de ses faiblesses, pouvait faire le plein. Ils veulent voir les hommes et la femme, les entendre s’expliquer, juger par eux mêmes de leurs capacités à faire président ou présidente.

Nous sommes en effet dans la dernière ligne droite. Cela ne veut pas dire que le travail militant ne sert plus à rien, qu’il n’y a pas ici ou là des électeurs à convaincre. Les enquêtes d’opinion indiquent que 40% des français n’ont pas encore arrêté leur choix.  A cet égard, les meetings des candidats constituent quand ils sont réussis, comme Mélenchon ou Le Pen viennent encore d’en faire la démonstration, un bon moyen, relayés par les médias d’info continue, de peser sur l’électorat, de le faire progressivement basculer. Mais paradoxe, cette saturation de l’information politique par le bien des supports d’information, génère un ras-le-bol perceptible sur le marché. « Y en a marre » entendait-on ce matin. Mais marre de quoi? Des turpitudes de Fillon? De la classe politique jugée unanimement corrompue par certains? De la propagande et des militants qui tentent de « vendre » les programmes?

Décidément, la campagne 2017 ne ressemble à aucune autre! Et les électeurs sont encore à ce jour imprévisibles.

Les miracles de Saint Pierre

L’Etat, la Région, le Département, Terres des Confluences, toutes les institutions convolent désormais au chevet de l’Abbatiale Saint Pierre de Moissac. Deux photos résument bien cet engagement collectif : l’une sur le site officiel de la mairie, où l’on voit ministre et préfet occupés à parapher à qui mieux-mieux, l’autre dans le quotidien local où Sylvia Pinel réapparait, la vice présidente du Conseil régional étant par ailleurs candidate PS-PRG dans la deuxième circonscription du département.

Le Chantier est, il faut en convenir, d’importance. Il s’agit d’offrir aux visiteurs de nouveaux espaces de découverte avec le chemin de ronde de la tour clocher et l’étage des ailes Nord et Est qui sera aménagé pour accueillir des expositions. Des parcours à thèmes présenteront la sculpture romane « marque de fabrique » de l’abbaye Saint-Pierre de Moissac ; l’abbaye Saint-Pierre et la ville de Moissac ; mais aussi le cloître, comme « lieu d’inspiration ».

Ce projet a été approuvé par le Conseil municipal le 30 juin 2016. Notre groupe Divers gauche a voté pour. Il faut en effet moderniser et enrichir notre offre muséale et plus globalement notre offre touristique. (on reparlera du Centre Firmin Bouisset qui a l’évidence s’inscrit dans cette stratégie) L’ancien maire Jean Paul Nunzi, et sa majorité de gauche, étaient bien conscients du problème Saint Pierre. En 2011, un document qui demeure un travail de référence, dessinait déjà le projet « D’aménagements du secteur sud abbatial », incluant le Palais Abbatial et le Patus. (voir le schéma en cliquant ici ) Nous avons eu tout juste le temps de faire du Patus un magnifique jardin intérieur. La droite et le PRG firent campagne en 2014 contre ces travaux. Nous parlions alors d’investissements, ils n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer « le gaspillage » des deniers publics. Voilà la droite aux affaires, et tout-à-coup convertie, y compris ce qui reste des Radicaux, à l’intérêt d’un tel projet ! Comment faire pour ne pas avoir raison trop tôt!

L’ambition est aujourd’hui la même : doubler le nombre de visiteurs. Ils étaient 67000 en 2016. Enorme ambition qui va mobiliser de gros moyens financiers car il faut procéder à un réaménagement complet de l’ensemble abbatial. Les opérations devraient commencer à l’été. Le total des travaux est évalué à 4, 8 millions d’euro. Le plan de financement prévoit une très grosse participation de l’Etat (voir ici le tableau des financements). Ce qui confirme ce que nous soulignons depuis des mois : jamais Moissac n’a été aussi bien servie par un gouvernement, dont il faut souligner qu’il est encore socialiste.

La photo est bonne

Revenons donc sur ce beau cliché. (cliquez ici). Que voyons-nous ? D’abord des absents, les élues moissagaises à la culture, la patronne de l’Office du tourisme et quelques autres si habiles en d’autres circonstances à se laisser tirer le portrait. Puis au premier plan, le conseiller régional de l’étape, Patrice Garrigues, la vice présidente du Conseil régional, Sylvia Pinel qui après 15 jours de carême politique, a besoin de s’afficher et puis le ministre des collectivités territoriales, Jean Michel Baylet, président aussi d’un organisme dont bien des citoyens découvrent l’existence, le PETR, le Pôle d’équilibre territorial et rural. Cet engin créé en janvier 2014, est présenté comme le pendant du pôle métropolitain, dans le sens où il permet la coopération entre des territoires ruraux et des petites et moyennes villes. En clair, il constitue un erzats de département dont le patron de la Dépêche du Midi a vite compris l’intérêt pour reprendre un peu d’envergure dans le Tarn-et-Garonne et se venger de tous ses anciens amis. Il n’est pas anodin que l’homme s’affiche un jour avec Brigitte Barrèges., n’hésitant pas à déplorer la perte par la maire de Montauban de la présidence de « Tarn-et-Garonne habitat », un organisme de gestion des HLM. Un autre jour, le voici ostensiblement aux côtés de Jean Michel Henryot, pour la bonne cause bien sûr diront les inconditionnels. Pour enfoncer un coin dans la majorité départementale aussi ! L’inauguration du Service des Urgences de l’hôpital de Moissac avait donné lieu à la même « opération drague ». Il ne faut pas oublier que le maire de Moissac, naguère si prompt à dénoncer « le système Baylet » est vice président départemental, dans l’équipe de Christian Astruc, la figure du traître aux yeux des Radicaux.

La reconquista avec le PETR

En fait tout se passe comme si tout à coup, à quelques semaines de son repli en terres d’Occitanie, J.M. Baylet s’inventait un nouvel outil de reconquête. La reconquista avec le PETR ! Encore un « machin » comme aurait dit De Gaulle qui vient s’ajouter à la kyrielle de syndicats, de regroupements, de collectivités. Bien malin l’élu local qui pourrait faire sur son territoire la liste exhaustive de ces « acteurs » et surtout de leurs compétences.

Le PETR comme département bis ! La thèse n’est pas si farfelue que ça ! Pour faire tourner sa machine de guerre, l’ancien président du département a fait appel à son ancien directeur des Services, qui bien que rattrapé par l’âge de la retraite, a repris du service. Un recrutement qui semble cependant poser quelques graves questions de statut et d’utilisations des fonds publics (voir ici l’article de Laurent Dubois).

Le PETR Garonne-Quercy-Gascogne, voulu par Jean-Michel Baylet et dont le siège est à Castelsarrasin, rassemble désormais 6 communautés de communes, 144 communes dont 2 communes du Lot-et-Garonne et une du Gers . Avec 134 000 habitants, ce PETR est l’un des plus importants de la région Occitanie. «Nous avons un budget modeste autour 300 000 euros soit 1, 50 € par habitant. Notre raison d’être, dans un espace vaste, est d’avoir une vision globale pour définir des politiques structurantes» a récemmentproclamé  son président qui n’a pas caché son souci d’aller vite, le plus vite possible, compte tenu des échéances électorales.

Un appel à projets avait donc été lancé. Les six communautés de communes ont déposé 277 dossiers. 215 ont été retenus (1). 122 concernent le contrat régional unique en cours de discussion. 93 projets sont intégrés dans le contrat de ruralité, 18 sont portés par les communautés de communes et 75 par les communes. Mais alors, avec 300 000 euros de budget propre, que peut faire le PETR ? Très simple et très habile:  faire venir l’Etat, l’amener à mettre au pot pardi ! L’Etat qui s’est engagé à injecter 8, 5 millions d’Euros dans les projets soutenus par M. Baylet (2). Ainsi, la boucle est bouclée. le ministre-président (du PETR) peut  promettre 2,8 millions à Moissac pour les travaux de l’Abbatiale. Ne sont-ce pas ce qu’on pourrait appeler les miracles de Saint Pierre?

(1)22 projets ont trait à l’accès aux services et aux soins (5 maisons de santé, une cuisine centrale, 5 maisons de services au public, 2 pôles petite enfance).24 s’occuperont de la revitalisation des bourgs- centre, 17 de l’attractivité du territoire dont la création de trois pépinières d’entreprises, la création d’un pôle touristique à Beaumont de Lomagne

(2) Qui en tant que président (encore) de la communauté de communes des « Deux rives » dispose d’un budget de 57 millions d’euros en hausse de trois millions cette année

Des hauts et débats

Est-ce la faute au canapé trop profond dans lequel je m’étais dès 20h30 écroulé, ou au verre de vin destiné à étancher ma soif de programmes ? En tout cas, j’ai trouvé le premier débat de la présidentielle, long et guère motivant, avec des acteurs qui ne semblaient pas au mieux de leur forme, ou qui rechignaient à y aller.

Objectivement, la soirée était longue, trop longue ! Plus de trois heures pilotées mollement par un tandem de journalistes qui étaient un peu dépassés par les événements. A tel point qu’ils ont oublié de poser les questions qui fâchent. On aurait aimé qu’ils disent au moins un mot sur les emplois fictifs puisqu’à l’évidence les candidats ne voulaient pas s’engager sur ce terrain.

Plus fort encore, au terme de cette exercice bien convenu, ils n’ont trouvé que quelques secondes à consacrer à l’Europe, à Trump, à Poutine et au reste. Comme si tout cela était accessoire ! Auraient-ils vu trop gros ? Ce qui est sûr c’est que l’émission avait été mal conçue. On ne met pas les sujets importants en fin de parcours, quand les bretteurs sont fatigués et le public sur le point de tomber dans les bras de Morphée. Qu’on veuille y rester, la changer ou la quitter, l’Europe méritait mieux que cette aumône.

Certes, le public était là. Près de 10 millions de téléspectateurs. Un téléspectateur sur deux branché sur TF1 ! C’est dire l’appétit des Français pour la chose politique. C’est dire que le ras le bol qu’on leur prête n’est peut-être pas ce qu’en disent les commentateurs ! Est-ce un message envoyé à ceux qui prédisent une abstention record ? On verra si les prochains débats suscitent le même élan de curiosité.

Que retenir de ces discours, parfois de ces face-à-face ? Marine Le Pen a réussi à tenir son rôle : candidate du peuple, toute en sourires figés, elle a répondu sans s’emporter aux attaques. Elle est même sortie de la tranchée pour tirer une salve contre Macron. Emmanuel Macron, presque trop consensuel, a le temps de cette soirée, concentré sur lui, les tirs de Hamon et Fillon. C’était attendu. Le candidat PS a peiné quelque peu à jouer sa partition, tandis que celui de LR avait remis son costume de la primaire de droite. Au final, le vainqueur est ? Personne ! Nous avons assisté à une pièce brouillonne, ne permettant pas de creuser les questions de programme. Et le verdict des sondages est tombé dans la nuit et le lendemain. Macron le plus convaincant, suivi de Le Pen et Mélenchon !

La gauche donne de la voix

Mélenchon à la République, Hamon à Bercy, une partie des peuples de gauche a le temps d’un week-end communié dans un impressionnant élan d’enthousiasme. Chacun dans son style, les deux candidats ont livré un discours beau comme de l’antique, faisant vibrer ce qu’il y a en nous d’utopie insoumise. Tous les grands ancêtres, le panthéon du progressisme, du socialisme, de la pensée des lumières furent pour l’occasion convoqués. Nous aimons ça ! Vibrer ensembles à l’évocation de Hugo, de Jaurès, de Blum, de Mitterrand, de Rocard, de Jospin et j’en passe, oubliant dans cet élan affectif que nombre de présents parmi les plus agés, avaient parfois durement combattu leurs contemporains.

Mais le temps, comme la mer sur le sable, efface des chapitres entiers de notre histoire. Momentanément en tout cas ! Car passée la fête, passé le saint et renaissent bien vite les vieilles querelles, même les plus éculées, les plus ineptes, tout justes bonnes à enflammer les forums sociaux. En fait, les querelles, les affrontements idéologiques comme on dit, n’ont jamais cessé. A preuve d’ailleurs ces deux rassemblements, ces deux projets, portés par deux ambitions qui ne parviennent même plus à se parler. Il faudrait aussi, même si cela va faire bondir dans les chaumières, parler du troisième homme, qui revendique un progressisme qui ne fait pas tâche dans la grande famille de ceux qui refusent le déterminisme social et veulent être des acteurs de l’Histoire.

Avec les débats télévisés, s’ouvre une période nouvelle dans cette campagne électorale à nulle autre comparable. On va, découvrir les tempéraments, la capacité de l’une et des autres à faire front (sans jeu de mots). Et il n’est pas besoin d’être grand devin pour imaginer qu’Emmanuel Macron sera la cible de toutes les attaques, lui qui bouscule le paysage établi et fédère droite et gauche unanimes à lui contester l’originalité, la pertinence, le progressisme de sa démarche. A cet égard, les propos de Benoit Hamon, hier à Bercy, ne manquaient pas de sel. Ironie de l’histoire, le frondeur, le meilleur adversaire de Hollande, emporté par un lyrisme imprudent dont on croyait la gauche de gouvernement guérie, nous a refait le coup du Bourget. « Mon ennemi c’est la finance » Décidément, Karl Marx avait bien raison : l’argent est un fétiche! Et pour Hamon, la finance a un parti et même un visage : Macron, celui là même dont le nom a été ovationné par le SPD de Martin Schulz!

 

Moissac: dimanche de marché

Ils sont sympas les Moissagais du marché. Indifférents, amusés, curieux aussi, mais jamais agressifs ou vindicatifs à l’égard des militants qui ce matin se faisaient concurrence place des Récollets. Et pourtant, ils étaient nombreux à aborder le chaland, à titiller le citoyen pour l’intéresser qui à Macron, qui à Hamon, qui à Albugues.

Vous avez dit Albugues? Un nouveau candidat à la présidentielle? Que nenni! Juste un candidat LR à la députation, sur la 2° circonscription!  Avec celle qui sera sa suppléante, Maïté Garrigues, adjointe à la mairie de Moissac, le jeune Conseiller départemental distribuait à qui voulait son portrait. Jean Luc Henryot, l’adjoint à la sécurité était venu leur prêter main forte. La droite moissagaise dont on a vu ce matin quelques autres élus déambuler furtivement entre les étals, est en campagne. Le cocasse dans l’affaire, c’est qu’elle a allègrement zappé une élection, le scrutin présidentiel! Il y a c’est certain, comme un malaise chez les LR locaux qui éludent comme ils peuvent la question Fillon. « Le climat national n’est pas bon, heureusement au niveau local les choses sont différentes… » Tout juste si ces élus de droite ne taillent pas un costard de plus au pauvre (?) F. Fillon. Avec de pareils soutiens, il a de quoi se faire du souci!

Benoît Hamon était aussi sur le marché. Pas lui bien sûr. Ses militants qui proposaient par tracts interposés « la construction d’un futur désirable ». A la tâche, ce matin, des socialistes bien sûr, mais aussi quelques autres qu’on ne savait pas amis du Parti de la rue de Solférino. Etrange spectacle pour qui connait son petit monde politique! Par les temps qui courent, la politique va décidément cul par dessus tête. Car au même moment, sur le même marché, en escouade serrée, on pouvait voir des militants d’En Marche! distribuer le programme Macron. Un fascicule de 32 pages que ceux qu’Internet rebute pourront compulser tout à loisir. Et parmi les Marcheurs de ce dimanche, là encore, des socialistes! Cocasse non? C’est l’heure des migrations certes, mais c’est aussi dans l’univers militant, celle des remises en question.

Je ne suis pas sûr qu’après les élections le monde politique aura changé de face, mais je crois que nous vivons une séquence inédite, inquiétante de notre vie démocratique. Prenons deux cas emblématiques. Un parti, LR,  qui se déchire autour d’un candidat, qui vainqueur incontestable d’une forte primaire, tel Janus, révèle chaque jour davantage la face obscure de sa personnalité. Un autre parti, le PS, qui au terme d’une primaire conçue pour le Président sortant, se voit représenté par un frondeur dont le programme, qui vante la participation citoyenne,  n’a jamais été discuté par les sympathisants ou les militants. Certes, ces deux situations ne doivent pas être mises sur le même plan. L’une relève de la probité et de la nécessaire exemplarité, l’autre d’un simple dysfonctionnement démocratique, qui au final concerne d’abord les encartés du parti. Néanmoins, elles jettent le trouble, elles questionnent notre démocratie, les promesses des candidats, auxquelles nombre d’électeurs ont du mal à croire. Et ils ne se privent pas de le dire sur le marché et ailleurs.

Tout cela serait après tout banal, s’il n’y avait une énigme, celle du FN. Voilà un parti  dont la candidate utilise l’argent public pour faire tourner son petit commerce, se moque comme d’une guigne des procédures judiciaires, tout en prétendant imposer dans les banlieues et dans les campagnes l’ordre républicain. Et malgré tout cela, voilà une candidate qui échappe à la critique, à la suspicion populaire et parvient à se faire passer pour le chevalier blanc. Le « tous pourris » qu’on entend quelquefois sur le marché, ne la concerne pas, ne l’égratigne pas. Elle surnage! Comme si en guise de futur désirable, l’envie de renverser la table, de faire la nique à la classe politique, était plus fort que tout, rendait soudain sourde et aveugle une partie, une bonne partie de la population. Les digues sont en train de se rompre dans bien des têtes, pendant que la gauche, du rose pâle au rouge profond, se livre avec délectation à son sport favori: la détestation mutuelle.

Les militants de ce dimanche matin, sur le marché de Moissac l’affichaient plus conviviaux. De la gauche à la droite, on se parle. « C’est pas comme à Montauban » expliquait un rescapé des campagnes électorales. Un autre, rappelé soudain à la réalité locale s’interrogeait tout à trac: « Mais où est Sylvia Pinel? ». Et c’est vrai, depuis la primaire de la »Belle alliance », on ne l’entend plus, on ne la voit plus! Est-elle encore candidate dans la deuxième circonscription? Et sous quelle casaque? Réponse peut-être mercredi  15 mars, lors du Comité directeur du PRG.

N.B.

J.M. Baylet serait sur le point de se rallier au panache d’ E Macron. L’entourage du candidat répond que chacun fait ce qu’il veut, mais qu’il ne peut y avoir ni négociations, ni accords d’appareils.

Moissac: samedi de marché

Est-ce à cause du vent fripon qui soulevait parapluies et jupons, ou de l’humidité qui tombait raide et froide sur les marchands et chalands, le fait est que ce samedi matin le marché était morose? Petit marché dira pour s’excuser la mairie. Pauvre marché lui disent depuis quelques mois les Moissagais! Même les militants, de Macron et de Mélenchon, qui très tôt battaient de la semelle place des Récollets, ont dû assez vite battre en retraite devant une telle adversité.

Mais à moins de deux mois  d’un rendez-vous majeur dans notre vie démocratique, l’élection présidentielle, les giboulées ne sont pas que climatiques. Les électeurs, à leur corps défendant, racontent leur jugement sur l’époque et ses dirigeants. Il y a ceux qui slaloment pour éviter la rencontre avec les distributeurs de tracts, qui tournent la tête de peur de croiser un sourire ou un simple regard, qui se bouchent les oreilles pour n’avoir pas à répondre, qui disent ainsi leur aversion pour la politique, peut-être aussi leur crainte d’avoir à se situer, à choisir dans une période qui avouons-le tourneboule jusqu’aux têtes les mieux faîtes.

Les plus hardis s’arrêtent quelques secondes, pour dire tout le mal qu’ils pensent de la période, des hommes politiques, des partis. Pour dire qu’ils ne voteront pas ou blanc, ou qu’ils voteront Marine, une soudaine familiarité qui au passage renseigne sur leurs sentiments à l’égard de  la dame de Montretout, D’autres qui déplorent le climat ambiant, ne veulent plus entendre parler des affaires, ont leur petite idée sur cette soudaine crise d’urticaire, et fatalistes mettent dans le même sac, élus de droite, de gauche ou d’ailleurs. Il souffle comme un vent mauvais entre les étals du marché. Là se mesure la crise démocratique, la fracture entre élites et citoyens ordinaires! On y perçoit comme une pulsion qui monte du profond des terroirs et qui s’accommoderait volontiers, comme le malade d’une purge salvatrice, d’un autoristarisme, d’un dégagisme prônés par les extrêmes.

Parfois malgré tout le dialogue se noue. Avec les plus convaincus, avec ceux qui se savent d’une famille politique et veulent en excuser les incartades, jusqu’au bout. Du coup, pour certains à droite, Fillon passerait presque pour une victime, qu’on plaint et dont on apprécie par dessus tout le programme. On admet du bout des lèvres le problème Pénélope, pour aussitôt contre-attaquer: « Pourquoi ça sort maintenant, et les autres, ils font tous ça… » Sonnés, comme le boxeur dans les cordes, les électeurs de droite tentent de se dégager, en attendant la manif du Trocadéro dont ils espèrent secrètement le salut.  A gauche, au PS, Hamon, qui n’est pas tourmenté par les affaires, a ses irréductibles. On lui passe tout, les petits arrangements avec les Verts, comme ses embarras de campagne. On revendique un vote identitaire. La famille rêve d’ « Avenir désirable ». Un point c’est tout. Agacé, un quinqua qui tire un caddie assume: « je vote Hamon, basta, au second tour, on verra bien » Comme si le risque FN,  tant de fois rabâché par les ténors socialistes, n’était plus un argument.  A ce stade, l’histoire bégaie. En 2002, on sait ce qui arriva à Lionel Jospin et à la France.

Macron n’est pas -pas encore – le plus applaudi sur le marché. Certains s’accommodent assez mal des jugements du candidat sur la colonisation. Comme une résurgence très marginale de la culture « Pieds noirs ». En revanche la hausse annoncée de la CSG  n’est pas passée inaperçue. Les retraités s’inquiètent, les plus modestes qui en dessous de 2000 euros de pension ne seraient pas concernés, doutent de la mesure. La suppression de la taxe d’habitation pour les catégories sociales les moins fortunées en laissent certains dubitatifs: « les plus pauvres sont déjà exonérés » affirme une dame qui se dit proche des idées de Mélenchon. Il y a du vrai, la mesure concerne les autres, la strate au dessus comme disent les sociologues. Au total, cela pourrait toucher 80% de la population. Observateur attentif de la situation française, un citoyen suisse, résident secondaire à La Mégère, s’interroge: « les communes vont-elles récupérer le manque à gagner? » Bonne question. Le candidat s’y est engagé.

Vers midi, un coup de vent plus fort que les autres, balaie les dernières velléités militantes, fracasse sur le sol quelques parapluies mal arrimés, disperse les chalands retardataires et sonne la fin du marché. La météo n’annonçait pas meilleur temps pour le dimanche!