La France en Europe : forcer le destin


Le FN à plus de 25%. L’UMP et le PS (surtout) dans les choux. Les écolos et le Front de Gauche à la ramasse. Sans parler du parti des abstentionnistes, de loin le plus important! Après une soirée de débats, de controverses franco-françaises, reste une question, une seule et monumentale question : qu’ont dit les Français, qu’ont-ils voulu dire?

Que l’Europe est un machin comme dirait De Gaulle, trop loin de tout et de tous. Que l’Europe a été confisquée par une caste de technocrates et de politiciens recyclés,  qu’elle n’a d’autre ambition perceptible que de porter toujours plus loin ses frontières, que d’étendre sa conception ultra libérale de nos sociétés . Il fallait voir d’ailleurs les politiques et les commentateurs applaudir à l’élection du président Ukrainien. Un milliardaire dont la fortune est plus que douteuse, et qui fut ministre sous l’ancien régime. Mais cet homme, ce qu’il représente plait. Il plait parce qu’il fait les yeux doux à Bruxelles et que Bruxelles adore être draguée. Les Français en tout cas n’ont pas dit qu’il fallait gonfler la bulle, faire de l’Europe une grosse vache impotente, enflant comme la grenouille de la fable.

La montée un peu partout dans la vieille Europe des partis anti-européens, ou simplement euro-septiques comme ils disent à Bruxelles, atteste à l’évidence que ces perceptions françaises sont largement partagées. Elles procèdent certes ici ou là de situations nationales différentes (entre  la Grande Bretagne et la Grèce, il y a tout un monde). Mais le vote de ce 25 mai dit clairement que les Européens sont de plus en plus nombreux à ne pas aimer cette construction politique, qu’ils ne la comprennent plus, qu’ils s’en défient, qu’ils veulent autre chose et autrement.

Voilà pour les premières conclusions.  Et puis très vite, arrive la question française. Ce vote est-il un vote sanction, le deuxième en quelques semaines, contre le pouvoir en place, contre François Hollande? Au delà, ce vote traduit-il un rejet de la classe politique dominante, englobant  l’UMP?

Oui, trois fois oui!

Ne serait-ce que parce que ces deux partis sont ou ont été aux affaires et qu’ils portent une lourde responsabilité dans le désamour croissant que les Français manifestent envers l’Europe. C’est eux qui ont construit cette Europe, sans les peuples, parfois contre eux (souvenons nous du référendum de 2005 qu’ils n’ont pas respecté!) C’est eux qui servent encore et toujours un catéchisme européen qui prend les électeurs pour des demeurés. C’est eux qui s’assoient sur les élémentaires principes démocratiques quand ils construisent un programme et choisissent leurs candidats! C’est eux encore qui à l’occasion font  de l’Europe le bouc émissaire de toutes leurs bévues nationales, brouillant un peu plus le message, embrumant définitivement les esprits.

Demain, au PS et à l’UMP, au Front de Gauche peut-être, les combats de coqs vont reprendre de plus belle. On va jouer à règlements de comptes à OK corral! Pas sûr que de ces scènes de ménage sortent des lumières nouvelles. Pas sûr que le pouvoir en place en tire les bonnes conclusions. Lesquelles d’ailleurs? La démission de François Hollande? Certainement pas, il ne faut pas confondre en démocratie les scrutins! La dissolution de l’Assemblée nationale? Pas plus! En revanche, ce scrutin somme le pouvoir, les pouvoirs, y compris la presse, de changer de discours. Et de pratique. De se réformer en profondeur, de revoir ses logiciels de gouvernance, de réhabiliter la maison Europe par des initiatives résolues.

Oui, Manuel Valls a raison. Pas d’autre alternative en France pour le gouvernement que d’aller de l’avant, de forcer le destin pour obtenir des résultats. Sur l’emploi bien sûr et le développement économique, mais aussi sur les grandes réformes. A cet égard tout atermoiement sur la réforme des collectivités territoriales sonnerait définitivement le glas du pouvoir en place et plus généralement ruinerait pour longtemps la crédibilité des tenants de la social démocratie. Il en va de même pour l’Europe qu’il faut aider à retrouver sa capacité à forcer le destin.

PS_ Moissac n’a pas échappé à la lame de fond FN qui obtient plus de 30%. L’UMP : 21, 2%. Le PS-PRG: 13,7. EELV : 9,5. Modem : 6,6 et Front de Gauche: 6,4. Bien des électeurs de gauche à Moissac ont dû se souvenir, au moment d’aller voter, du comportement du PRG lors des dernières municipales.

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