49-3: les socialistes ont la fièvre


200 heures de débats avec les parlementaires. Des dizaines et des dizaines d’amendements acceptés par le gouvernement. Les articles votés un à un par la majorité de gauche. Et au dernier moment, la fronde! Le front du refus contre ce qu’il est convenu d’appeler la Loi Macron. Je ne parle pas de l’UMP qui n’a jamais eu le courage, ni le talent pour faire bouger les choses lorsqu’elle était au pouvoir. Je ne parle pas du Front de gauche qui imagine que ses slogans feront lever les masses populaires, déjà parties pour une part d’entre elles vers les rivages noirs d’un autre Front, national celui là.

Je parle de ces socialistes, les Frondeurs comme on les appelle. Je parle de ces députés qui à la réforme, patiente, discutée, approuvée nous disent les sondages par une majorité d’électeurs, donc de citoyens, préfèrent la posture idéologique et l’invective;  qui n’ont pas de mots assez durs, assez définitifs  à l’égard de leur parti, du gouvernement, de certains de ses ministres. Spectacle pitoyable dont se repait la droite et qui ne redorera pas le blason du PS!

Mais que disent-ils, que proposent-ils? Ils disent qu’ils n’ont pas été élus pour faire cette politique. Qui sait?  Mais il est sûr qu’ils n’ont pas été élus pour prêcher je ne sais quel chambardement que personne ne souhaite, pas même les plus lucides d’entre eux. Ils feignent aujourd’hui de découvrir le réformisme de F. Hollande. De qui se moquent-ils? Il y a belle lurette que tout bon socialiste qui se respecte connait son François. Il n’est jamais passé pour un boute feu. Et même pendant sa campagne des présidentielles, il a, reprenons les discours, martelé la nécessité de réformer la société française, pas de jouer au Don Quichotte. Mais le discours du Bourget, et cette finance décrétée unique ennemi?

Elle l’est et le demeure pour tout un chacun qui peut en voir les ravages, en mesurer l’insupportable violence. La financiarisation de l’économie, c’est à dire le règne  de l’argent, la course aux profits, les bras de fer planétaires que se livrent gouvernements et sociétés multinationales ont, c’est vrai, réduit l’homme à sa plus élémentaire expression : un consommateur. Tout le monde à gauche, y compris le Président et son premier ministre en est conscient. Mais dans un monde économique mondialisé, complexe, aux équilibres fragiles, où le politique a perdu une bonne part de son pouvoir régalien, où l’information au sens large circule à la vitesse de la lumière, la doctrine du « y’a qu’à » est au mieux aussi efficace qu’un emplâtre sur une jambe de bois; au pire, elle peut se révéler catastrophique.  D’ailleurs, le gouvernement Grec, élu sur des promesses « radicales » mesure déjà qu’il y a loin des yeux à la bouche.

A quoi jouent donc les Frondeurs roses? A la guérilla? A faire semblant? A se donner bonne conscience? A faire tomber Solférino? Il y a dans leur attitude un infantilisme consternant déjà décrit en 1920 par Lénine comme un refus principiel  du compromis. Il y a surtout un risque énorme pour ce parti qui a bien besoin d’un congrès de clarification. A cet égard, en attendant le Congrès de Poitiers en Juin prochain, qui ne pourra se contenter d’une énième et molle résolution de synthèse, il faudra bien ramener ces parlementaires récalcitrants au principe de réalité. Faute de quoi, ils n’auront plus qu’à se démettre histoire de sauver l’honneur. Quelques dimanches travaillés, pour quelques enseignes valent-ils pareille attitude? La réponse est claire.

Ainsi le PS est-il à la croisée des chemins. Une nouvelle fois! Il est temps qu’il aille au bout de sa démarche, qu’il en tire les conclusions en terme de programme, pour le parti, mais aussi pour les candidats amenés en permanence à faire le grand écart entre les proclamations de gymnase et l’exercice concret de leur mandat. Cela se fera probablement dans la douleur, avec des départs, mais il faut bien en finir avec la « radis politique » (voir plus haut) qui est une aberration intellectuelle, et une escroquerie politique.

 

4 réflexions sur “49-3: les socialistes ont la fièvre

  1. Bravo pour cet article courageux. Bravo pour cette analyse extraordinaire de lucidité. Bravo sur toute la ligne…et en plus, quel style! Merci, quand on vous lit, on a l’impression d’être un peu plus intelligent!

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  2. La loi Macron n’est pas entièrement négative pour le pays. Ceci dit, c’est par ce genre de discours (« on ne peut pas faire autrement ») que vous contribuez, au sein de l’opinion publique, à l’idée que le PS équivaut à l’Ump… Le FN n’a alors plus qu’à ricaner. La France de 1789 – je préfère celle de 1792 – celle du 18 juin 1940 ou encore celle de 1944, ont démontré qu’une alternative était possible. Faut-il encore la vouloir. Heureusement, des expérimentations ont lieu mais loin de chez nous : l’Equateur depuis 2007 est un bon exemple. Que le PS soit rallié au crédo de Tatcher « There Is Nous Alternative » est tout simplement tragique. Qui va encore voter pour le PS ?

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    • La France n’est pas l’Equateur et j’espère qu’il ne vous a pas échappé que nous sommes en 2015 et que le monde a changé, profondément, cent fois plus vite qu’au XX siècle. Il se peut qu’on puisse faire mieux que la loi Macron, c’est même certain. Mais il se trouve que faute « d’un Grand soir » que plus personne, ni le Front de gauche, ni le MPA ne sont capables de penser, il faut réformer. Réformer, ce n’est pas capituler, c’est améliorer et ce n’est pas si mal. Oui l’alternative, c’est la réforme, le déblocage d’une société qui dans un contexte mondialisé et difficile, se tétanise, se paralyse, détruit ses forces productives arc-boutée qu’elle est sur des « acquis » qui sont souvent autant de conservatismes

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      • Effectivement, la France n’est pas l’Equateur : ce dernier, petit puisque 63ème économie mondiale, a tourné le dos aux recommandations du FMI : en 2008, Rafael Correa, économiste formé en Belgique et aux Etats-Unis, a lancé un audit de la dette qui a conclu que 70% de celle-ci était illégitime. Depuis, le pays a renoué avec la croissance – puisque que la Croissance semble être la lubie de tous nos politiciens, qu’ils soient de gauche ou de droite – le chômage a baissé et la pauvreté ne fait que reculer.. et l’Equateur n’a plus accès aux marchés financiers pour le reste de sa dette (Ô tragédie ! Mais comment font-ils ?) ! De l’autre, la France, grand pays puisque neuvième économie mondiale, tressaille au seul communiqué de presse de Standard & Poor’s ou Moody’s… On croit rêver. On est loin du temps où De Gaulle mécontentait les Américains en convertissant ses dollars en or. Il est d’ailleurs tout à fait intéressant de voir que Poutine a entrepris une démarche tout à fait similaire ces dernières semaines (et nous sommes pourtant en 2015 !)… Dans le même temps, la financiarisation gagne tous les secteurs de l’économie – il n’y a qu’à voir le centre-ville de Moissac où banques et compagnies d’assurances remplacent bouchers et épiciers – et le pays a perdu 10% de son industrie en… 10 ans ! Les travailleurs pauvres explosent, le communautarisme s’accentue, le mécontentement gronde.. et certains jeunes talents partent à l’étranger.
        Pourtant, les deux pays, l’Equateur et la France, vivent dans le même monde, dans le même système économique globalisé : l’un, petit, a eu le courage de tracer une voix alternative, qui fonctionne (et qui n’est aucunement un mirage gauchiste) ; l’autre, beaucoup plus puissant mais dont la perte de confiance de la part de son élite est totale, s’enfonce… et on connaît la chanson : « la France pèse peu dans ce monde », « l’Union Européenne, c’est la paix », « il n’y a pas d’autres solutions »… et malheur si critiquer une monnaie unique imposée à des pays économiquement différents vous prend, les eurolibéraux vous tombent dessus et vous traitent de fascistes.
        Il y a comme quelque chose de contradictoire chez les socialistes : sa base électorale est avant tout constituée de fonctionnaires, qui sont protégés des méfaits de la globalisation puisque leur revenu est garanti par l’Etat. Macron est même emblématique : énarque lui-même, il bénéficie donc de cette sécurité de l’emploi, tout en profitant des opportunités qu’offre le secteur privé (le fameux « pantouflage »… pourquoi se gêner ?). Or ils votent des lois qui favorisent souvent les plus riches – http://www.politique.net/2015021901-loi-macron-article-34.htm – et vont à l’encontre des classes populaires – ouvriers, employés, agriculteurs – qui, elles, vont mal et votent de plus en plus Front National. Sans parler des classes moyennes.

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