Moissac: samedi de marché


Est-ce à cause du vent fripon qui soulevait parapluies et jupons, ou de l’humidité qui tombait raide et froide sur les marchands et chalands, le fait est que ce samedi matin le marché était morose? Petit marché dira pour s’excuser la mairie. Pauvre marché lui disent depuis quelques mois les Moissagais! Même les militants, de Macron et de Mélenchon, qui très tôt battaient de la semelle place des Récollets, ont dû assez vite battre en retraite devant une telle adversité.

Mais à moins de deux mois  d’un rendez-vous majeur dans notre vie démocratique, l’élection présidentielle, les giboulées ne sont pas que climatiques. Les électeurs, à leur corps défendant, racontent leur jugement sur l’époque et ses dirigeants. Il y a ceux qui slaloment pour éviter la rencontre avec les distributeurs de tracts, qui tournent la tête de peur de croiser un sourire ou un simple regard, qui se bouchent les oreilles pour n’avoir pas à répondre, qui disent ainsi leur aversion pour la politique, peut-être aussi leur crainte d’avoir à se situer, à choisir dans une période qui avouons-le tourneboule jusqu’aux têtes les mieux faîtes.

Les plus hardis s’arrêtent quelques secondes, pour dire tout le mal qu’ils pensent de la période, des hommes politiques, des partis. Pour dire qu’ils ne voteront pas ou blanc, ou qu’ils voteront Marine, une soudaine familiarité qui au passage renseigne sur leurs sentiments à l’égard de  la dame de Montretout, D’autres qui déplorent le climat ambiant, ne veulent plus entendre parler des affaires, ont leur petite idée sur cette soudaine crise d’urticaire, et fatalistes mettent dans le même sac, élus de droite, de gauche ou d’ailleurs. Il souffle comme un vent mauvais entre les étals du marché. Là se mesure la crise démocratique, la fracture entre élites et citoyens ordinaires! On y perçoit comme une pulsion qui monte du profond des terroirs et qui s’accommoderait volontiers, comme le malade d’une purge salvatrice, d’un autoristarisme, d’un dégagisme prônés par les extrêmes.

Parfois malgré tout le dialogue se noue. Avec les plus convaincus, avec ceux qui se savent d’une famille politique et veulent en excuser les incartades, jusqu’au bout. Du coup, pour certains à droite, Fillon passerait presque pour une victime, qu’on plaint et dont on apprécie par dessus tout le programme. On admet du bout des lèvres le problème Pénélope, pour aussitôt contre-attaquer: « Pourquoi ça sort maintenant, et les autres, ils font tous ça… » Sonnés, comme le boxeur dans les cordes, les électeurs de droite tentent de se dégager, en attendant la manif du Trocadéro dont ils espèrent secrètement le salut.  A gauche, au PS, Hamon, qui n’est pas tourmenté par les affaires, a ses irréductibles. On lui passe tout, les petits arrangements avec les Verts, comme ses embarras de campagne. On revendique un vote identitaire. La famille rêve d’ « Avenir désirable ». Un point c’est tout. Agacé, un quinqua qui tire un caddie assume: « je vote Hamon, basta, au second tour, on verra bien » Comme si le risque FN,  tant de fois rabâché par les ténors socialistes, n’était plus un argument.  A ce stade, l’histoire bégaie. En 2002, on sait ce qui arriva à Lionel Jospin et à la France.

Macron n’est pas -pas encore – le plus applaudi sur le marché. Certains s’accommodent assez mal des jugements du candidat sur la colonisation. Comme une résurgence très marginale de la culture « Pieds noirs ». En revanche la hausse annoncée de la CSG  n’est pas passée inaperçue. Les retraités s’inquiètent, les plus modestes qui en dessous de 2000 euros de pension ne seraient pas concernés, doutent de la mesure. La suppression de la taxe d’habitation pour les catégories sociales les moins fortunées en laissent certains dubitatifs: « les plus pauvres sont déjà exonérés » affirme une dame qui se dit proche des idées de Mélenchon. Il y a du vrai, la mesure concerne les autres, la strate au dessus comme disent les sociologues. Au total, cela pourrait toucher 80% de la population. Observateur attentif de la situation française, un citoyen suisse, résident secondaire à La Mégère, s’interroge: « les communes vont-elles récupérer le manque à gagner? » Bonne question. Le candidat s’y est engagé.

Vers midi, un coup de vent plus fort que les autres, balaie les dernières velléités militantes, fracasse sur le sol quelques parapluies mal arrimés, disperse les chalands retardataires et sonne la fin du marché. La météo n’annonçait pas meilleur temps pour le dimanche!

 

 

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