Moissac: dimanche de marché


Ils sont sympas les Moissagais du marché. Indifférents, amusés, curieux aussi, mais jamais agressifs ou vindicatifs à l’égard des militants qui ce matin se faisaient concurrence place des Récollets. Et pourtant, ils étaient nombreux à aborder le chaland, à titiller le citoyen pour l’intéresser qui à Macron, qui à Hamon, qui à Albugues.

Vous avez dit Albugues? Un nouveau candidat à la présidentielle? Que nenni! Juste un candidat LR à la députation, sur la 2° circonscription!  Avec celle qui sera sa suppléante, Maïté Garrigues, adjointe à la mairie de Moissac, le jeune Conseiller départemental distribuait à qui voulait son portrait. Jean Luc Henryot, l’adjoint à la sécurité était venu leur prêter main forte. La droite moissagaise dont on a vu ce matin quelques autres élus déambuler furtivement entre les étals, est en campagne. Le cocasse dans l’affaire, c’est qu’elle a allègrement zappé une élection, le scrutin présidentiel! Il y a c’est certain, comme un malaise chez les LR locaux qui éludent comme ils peuvent la question Fillon. « Le climat national n’est pas bon, heureusement au niveau local les choses sont différentes… » Tout juste si ces élus de droite ne taillent pas un costard de plus au pauvre (?) F. Fillon. Avec de pareils soutiens, il a de quoi se faire du souci!

Benoît Hamon était aussi sur le marché. Pas lui bien sûr. Ses militants qui proposaient par tracts interposés « la construction d’un futur désirable ». A la tâche, ce matin, des socialistes bien sûr, mais aussi quelques autres qu’on ne savait pas amis du Parti de la rue de Solférino. Etrange spectacle pour qui connait son petit monde politique! Par les temps qui courent, la politique va décidément cul par dessus tête. Car au même moment, sur le même marché, en escouade serrée, on pouvait voir des militants d’En Marche! distribuer le programme Macron. Un fascicule de 32 pages que ceux qu’Internet rebute pourront compulser tout à loisir. Et parmi les Marcheurs de ce dimanche, là encore, des socialistes! Cocasse non? C’est l’heure des migrations certes, mais c’est aussi dans l’univers militant, celle des remises en question.

Je ne suis pas sûr qu’après les élections le monde politique aura changé de face, mais je crois que nous vivons une séquence inédite, inquiétante de notre vie démocratique. Prenons deux cas emblématiques. Un parti, LR,  qui se déchire autour d’un candidat, qui vainqueur incontestable d’une forte primaire, tel Janus, révèle chaque jour davantage la face obscure de sa personnalité. Un autre parti, le PS, qui au terme d’une primaire conçue pour le Président sortant, se voit représenté par un frondeur dont le programme, qui vante la participation citoyenne,  n’a jamais été discuté par les sympathisants ou les militants. Certes, ces deux situations ne doivent pas être mises sur le même plan. L’une relève de la probité et de la nécessaire exemplarité, l’autre d’un simple dysfonctionnement démocratique, qui au final concerne d’abord les encartés du parti. Néanmoins, elles jettent le trouble, elles questionnent notre démocratie, les promesses des candidats, auxquelles nombre d’électeurs ont du mal à croire. Et ils ne se privent pas de le dire sur le marché et ailleurs.

Tout cela serait après tout banal, s’il n’y avait une énigme, celle du FN. Voilà un parti  dont la candidate utilise l’argent public pour faire tourner son petit commerce, se moque comme d’une guigne des procédures judiciaires, tout en prétendant imposer dans les banlieues et dans les campagnes l’ordre républicain. Et malgré tout cela, voilà une candidate qui échappe à la critique, à la suspicion populaire et parvient à se faire passer pour le chevalier blanc. Le « tous pourris » qu’on entend quelquefois sur le marché, ne la concerne pas, ne l’égratigne pas. Elle surnage! Comme si en guise de futur désirable, l’envie de renverser la table, de faire la nique à la classe politique, était plus fort que tout, rendait soudain sourde et aveugle une partie, une bonne partie de la population. Les digues sont en train de se rompre dans bien des têtes, pendant que la gauche, du rose pâle au rouge profond, se livre avec délectation à son sport favori: la détestation mutuelle.

Les militants de ce dimanche matin, sur le marché de Moissac l’affichaient plus conviviaux. De la gauche à la droite, on se parle. « C’est pas comme à Montauban » expliquait un rescapé des campagnes électorales. Un autre, rappelé soudain à la réalité locale s’interrogeait tout à trac: « Mais où est Sylvia Pinel? ». Et c’est vrai, depuis la primaire de la »Belle alliance », on ne l’entend plus, on ne la voit plus! Est-elle encore candidate dans la deuxième circonscription? Et sous quelle casaque? Réponse peut-être mercredi  15 mars, lors du Comité directeur du PRG.

N.B.

J.M. Baylet serait sur le point de se rallier au panache d’ E Macron. L’entourage du candidat répond que chacun fait ce qu’il veut, mais qu’il ne peut y avoir ni négociations, ni accords d’appareils.

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