Présidentielle: demandez le programme!


C’était quoi cette chose mardi soir sur BFM? On nous avait annoncé un débat politique, un évènement, une première dans l’histoire des campagnes électorales. On a eu droit à un interminable spectacle, une mauvaise pièce de Feydeau, jouée par des premiers rôles fatigués, comme absents par moment, laissant les seconds rôles occuper le devant de la scène. Pour les Cheminade, Asselineau, Dupont Aignan, Arthaud, Poutou et Lassale, ce fut en revanche une tranche de gloriole,  une sorte de quart d’heure warholien.  Bon, certains  diront que chacun a droit à sa part de lumière. Oui, mais pas là, pas comme ça!

Nous avons assisté hier soir à ce que la démocratie des médias peut produire de pire. Une escroquerie intellectuelle qui consiste à faire croire à l’électeur citoyen qu’il va sortir de cette épreuve mieux éclairé, mieux informé. En fait, en se parant des plumes de la vertu démocratique, la télévision transforme le débat politique en un indigeste pudding, dont elle attend par ailleurs cris et flatulences nécessaires à ce mauvais théâtre de boulevard. A cet égard, on comprend mieux les hésitations des Mélenchon, Macron et autre Fillon à obtempérer aux désidérata de France 2, qui veut monter le même barnum à trois jours du scrutin. Je n’ai pas de conseil à donner, mais à leur place, je n’irai pas!

Reprenons les choses par le bon bout. D’abord, la loi n’oblige pas les chaînes à monter de telles émissions. Ce sont les télés qui ont inventé le genre, convaincues que cette sorte de télé-réalité pouvait faire de l’audience. Emportés par la pensée dominante, effrayés en ce moment où ils vont solliciter les suffrages,  de déplaire à l’opinion, les candidats, acceptent bon gré mal gré de jouer le jeu! Mais pour reprendre le titre d’une émission ancienne, préhistorique diront les jeunes, les candidats ne sont pas à « armes égales ». Prenons au hasard le cas de Nathalie Arthaud. Elle se moque comme d’une guigne de gouverner, des Français aussi, elle l’a dit. Elle n’a pas de programme, elle ne veut rassembler personne. Elle vient, avec une certaine sincérité d’ailleurs, dénoncer un monde qu’elle exècre. Et Cheminade, qui tel les champignons après la pluie, pointe son nez juste pour les présidentielles. Et Asselineau qui récite les traités européens comme d’autres le Coran, et Lassale, ce sympathique béarnais dont le propos s’égare dans les replis de son pays natal… veulent-ils gouverner? Y croient-ils? Bien sûr que non! Mais forts de leur 500 parrainages d’élus, ils s’invitent sur la scène, limitant leur campagne à ces apparitions télé. le fameux quart d’heure warholien!

Je ne vais pas m’étendre sur la cacophonie qui régnait sur le plateau de l’émission, sur l’impossibilité d’un débat, sur le jeu des comédiens tout en notant que J Luc Mélenchon dont on connait les talents d’orateurs et d’acteur, s’est le temps d’une soirée mué jusqu’à la caricature en père tranquille de sa sixième république. Je ne vais pas m’étendre sur les prestations d’un Hamon qui a du mal à plier son discours aux circonstances; d’un Macron qui bien qu’égaré dans cette pièce, a sauvé son image de présidentiable; d’une Le Pen, qui collée au mur avoue qu’elle utilise l’argent de l’Europe pour la combattre,  d’un Fillon qui s’est fait violence pour ne pas exploser lorsqu’il fut mis en cause par Poutou… Et d’un Philippe Poutou enfin, qui manifestement a réussi à se faire remarquer, à trouver la formule qui fait mouche et que les réseaux sociaux, et la presse qui court derrière, érigent ce matin en moment d’authenticité.

N’en doutons pas! Quoique? Mais d’une saillie fort à propos, Poutou a dévoilé ce que l’émission s’évertue à cacher et à taire: un spectacle, juste un spectacle dont la contribution au nécessaire débat citoyen est nulle ou presque. Mais nous sommes dans ce moment de l’histoire, et pas seulement en France, où la politique est à ce point montrée du doigt, vouée aux enfers, quelque part délégitimée, que le schizophrène qui  nous habite se plaint le matin de l’absence de fond et se délecte le soir d’une mimique, d’une colère et de quelques bons mots. Et ceux qui croient que le Système, c’est à dire notre modèle économique, social, politique, s’en trouvera ébranlé, se trompent. Il en sort conforté, renforcé. La transgression à bon compte lui va bien au teint. A 18 jours du scrutin, reprenons nos lectures. Demandez le programme!

 

4 réflexions sur “Présidentielle: demandez le programme!

  1. Je trouve que ce débat était très légitime parce qu’il s’est fait avec tous les candidats de la présidentielle contrairement au précédent. Faut-il rappeler que tous ces candidats ont tous passé avec succès l’épreuve des barrages ? Puisqu’ ils ont eu leurs 500 signatures. Quoiqu’on en dise la loi est la loi ! Et puisque nous sommes encore en démocratie, il est normal que tous les candidats s’expriment. Qu’on le veuille ou non, c’est une règle essentielle pour une démocratie. Ce que l’on peut regretter, c’est que sur les 4 heures de débat, pas moyen pour les candidats, de développer des questions de fonds car les timings étaient trop courts. Coupés sans arrêt et pas moyen non plus de créer de réels échanges. Ce que l’on peut regretter aussi c’est que ce débat se soit déroulé sur BFM (j’ai été d’ailleurs surprise), et donc à la sauce BFM (Même si celui-ci avait tout de même un peu plus de muscle que le premier sur TF1, qui était d’une platitude effarante) Je me pose la question suivante : mais pourquoi ce débat n’a pas eu lieu sur la television publique ? Les chaînes du service public ? Non ? Je souhaiterais que France 2 puisse diffuser le prochain débat mais à la sauce télévision publique …. soit avec plus de profondeur et de consistance. Ce matin, j’ai vu les titres ! On parle beaucoup de Poutou, normal, il a dit des vérités. Il a dit ce que beaucoup pensent tout bas mais ne disent pas tout haut. Et il a recadré avec des mots justes ceux et celles qui se permettent de donner des leçons tout en étant loin d’être exemplaire. Enfin, ce sont les journalistes qui le disent et je pense qu’ils ne disent pas tous des bêtises. J’ai vu que la presse parlait aussi de tous les candidats. A chacun ensuite de se démarquer en fonction de ce qu’ils ont à nous dire….

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  2. Ce débat était légitime, soit, mais il vient trop tard. Reste l’impression qu’il fallait permettre aux « petits » de venir jouer dans la cour des grands.
    Un spectacle, oui…mais sous prétexte de la sacro sainte démocratie, un débat pour la présidentielle doit-il se plier aux règles d’un spectacle ?
    Le vérités de Poutou ?, des vérités de comptoir qui ne font pas avancer le débat et permettent à un Fillon de stopper net l’accusateur public par un court : »on n’accuse pas les gens comme ça ».
    Mélenchon l’avait bien compris et tout dans son attitude disait « laissons les petits se lâcher, on reprendra les choses sérieuses après ».
    Macron avec ses réparties judicieuses n’a pas démérité et s’en est tiré très honorablement.
    Marine le Pen reste dans ses litanies…
    Lassale qu’on aime bien pour sa voix, son accent, sa sincérité régionale…mais….ensuite ?
    Alors oui, l’analyse de G. Vallès est autrement fine et solide. Merci à lui.

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  3. Je suis très attachée à une certaine forme de justice et d’équité. Le terme « petit » soit « faible » face aux « gros », soit aux « forts », me met mal à l’aise. Je préfére parler de candidats minoritaires face aux candidats majoritaire. Dabo, comme c’est étrange, vous semblez défendre tous les candidats majoritaires farce aux minoritaires, de gauche à droite, y compris Fillon ? N’y aurait-il donc de place que pour l’élite dans ce débat ? Les minoritaires ne seraient donc de fait, indignes d’intérêt ? Rejet du petit peuple peut-être ?
    Me souviens de Laguiller, Mélenchon, Coluche même. On en parle encore… (la preuve !) Ils ont tous apporté quelque chose. Sociologiquement, c’est très parlant ! Et oui, ils ont dérangé ! Mais il faut déranger dans un débat sinon, à quoi cela sert-il ? Le spectacle ? Mais en politique ne sommes jamais très loin de l’arène… et en guise de spectacle, j’ai franchement connu mieux. Me souviens des débats a l’époque de Georges Marchais. C’était autrement plus trempé !
    Et si c’est pour entendre les candidats réciter proprement leur programme, franchement, j’opte pour la lecture !
    Aujourd’hui, je pense qu’ E.Macron et JL Mélenchon se démarquent de l’ensemble. Je les vois bien gagner le premier tour. Mais méfiance, F Fillon (malgré tout !) et M. Le Pen ne sont pas bien loin. Quand à B.Hamon, je crois qu’il sait aujourd’hui que ça va être dur !
    À suivre donc…

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