Politiques et médias


Les recalés du suffrage universel, les déserteurs de la vie politique, les fatigués du cumul des mandats cherchent en cette fin d’été un job en CDI. Et ils en trouvent, sans passer par la case Pôle emploi. Miracle des réseaux! Il y a comme d’habitude, ceux à qui la finance fait des risettes. Dans ce domaine, un carnet d’adresse bien rempli vaut mieux que n’importe quel diplôme. On apprend ainsi que l’ancien candidat LR à la présidence, vient être recasé dans une prestigieuse maison qui devait être en panne d’experts. Un autre de la même famille politique va prochainement déployer ses talents de recruteur, sans oublier cet ancien candidat à la primaire socialiste, reparti comme il était venu dans un grand groupe de distribution.

Mais la nouveauté en ce mois d’aout, c’est que la presse, les médias recrutent. Ils recrutent d’ex politiques. A tour de bras semble-t-il!. Quand on voit les chiffres du chômage, on se dit que c’est bien un des rares secteurs en expansion. Et nous pauvres journalistes qui pensions que journaux et télés étaient contraints aux cures d’économies, à user et abuser du CDD, à forcer les rédactions à produire toujours plus et toujours plus vite. C’était ne rien comprendre au business, car la presse, les médias en sont hélas un, qui n’échappe pas aux lois du marché. Il leur faut des produits d’appels, des têtes de gondole, une Roselyne Bachelot, un Jean Pierre Raffarin, un Julien Dray et même une insoumise Raquel Garrido sur C8, qui va permettre à Vincent Bolloré d’afficher son ouverture d’esprit. Ce dont personne ne doute bien évidemment.

La liste de ces nouveaux chroniqueurs s’allonge de jour en jour. Forts de leurs expériences, ils vont donc porter leur regard d’experts sur l’activité de leurs copains ou de leurs adversaires. On peut imaginer qu’ayant encore la tête et le bonnet dans leur famille politique, ils en viendront à se chroniquer eux mêmes. Cela peut susciter la curiosité, voire intriguer, mais est-ce bien raisonnable? N’est-ce pas réduire la politique à du spectacle, à un théâtre de boulevard où le spectateur sait bien que tout ce qui arrive « c’est pour de rire »? En ces temps de communication de masse (mass médias disons-nous), la dérision est devenue nouvelle religion. Il faut rire (souvent gras) de tout et de tous. Gare à ceux qui ne se plient pas à la loi, les voilà définitivement « old school », donc hors jeu. Mais on tutoie les sommets quand ce sont les acteurs politiques qui s’y collent. Croient-ils regagner ainsi une popularité en chute libre? Ne voient-ils pas qu’ils participent du grand dénigrement de la politique et des politiques accusés par une partie de l’opinion d’être des incapables, des inutiles voire des profiteurs? « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots », pour reprendre les Paroles de Dalida. La politique n’est-elle que cela?

Les politiques font donc cette année une entrée en force dans les médias. pas comme invités, mais comme acteurs de premier plan. Que disent les journalistes, si soucieux de leur image et à juste titre jaloux de leur indépendance? Ce cousinage n’est-il pas malsain? Car si l’on en croit le médiascope du quotidien La Croix, l’opinion publique n’a pas une très bonne image de la profession qu’elle suspecte de rapports consanguins avec le monde politique. Cela pourrait bien brouiller les cartes et discréditer un peu plus ce métier.

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