Mal aux mots


La rue n’était pas pleine et en dépit de ses communiqués, la CGT le sait bien qui se garde de triompher, se contentant d’appeler à une nouvelle journée de manifestation, le 21, juste pour couper l’herbe sous les pieds aux Insoumis qui battront le pavé le 23. Ce qui devait être le grand combat contre la loi travail et les ordonnances donne lieu à d’étranges mais habituelles contorsions entre les deux principaux protagonistes, Martinez et Mélinchon qui se disputent « la cause du peuple » au nom de leurs boutiques respectives. Cynisme ?

Et voilà qu’à mon tour je me laisse aller. Il est des mots qu’il ne faut pas prononcer, des situations, des comportements qu’il ne faut pas nommer. Au risque d’être promis aux flammes de l’enfer ! Si l’on en croit les réseaux sociaux et une bonne partie des médias, l’important ne serait pas ce qu’on fait, mais ce qu’on dit, la forme plutôt que le fond ! Comme si la politique pouvait être réduite à un jeu de rôles, au grand guignol télévisuel ! Pauvre Macron dont on ausculte le moindre geste, dont on pèse le moindre mot, pour le clouer au pilori médiatique ! La tragédie de Saint Martin est révélatrice de la paranoïa ambiante. Et de la mauvaise foi de certains ! Tout y est passé, les secours qui n’arrivent pas, les avions qui triplent leurs tarifs, les pillards qui s’échappent des prisons… Comme s’il fallait rajouter à la souffrance des sinistrés, au chagrin des familles ! Dans bien des cas, on tangente l’ignoble. Exemple révélateur de cette envie d’en découdre, planqué derrière son ordinateur, la photo d’un soldat français. Un grand gaillard qui tient dans ses bras une petite fille noire. L’homme sourit du bonheur de faire son devoir. Sur les réseaux sociaux, la meute hurle immédiatement à la propagande, les plus cinglés parlent de racisme. Décidément, il est des gens qui ont un grave problème avec le principe de réalité.

Mais revenons aux réformes en cours et à la loi travail. Ici encore la vox populi préfère l’invective, l’anathème, l’insulte à la discussion, à la controverse. On barbote dans l’hystérie, on monte des coups médiatiques, on hurle avec les loups, on instruit sur la place publique des procès en légitimité qui en disent long sur les intentions de ces procureurs d’un nouveau genre. Nombre d’organisations naguère respectables, ont perdu le sens commun, l’intérêt général de vue. Elles nourrissent du même coup tous les corporatismes, tous les individualismes, toutes les dérives qui s’érigent en défenseurs du bien commun. La grande manipulation est à l’oeuvre. Elle dispose d’outils d’une puissance extraordinaire et gangrène en profondeur la société. Le vivre ensemble est menacé par ceux-là même qui auto-collent le slogan sur leur poitrail. Nous sommes en crise profonde. En crise économique, mais surtout en crise morale qui nous fait haïr notre système démocratique et ceux qui l’incarnent. Qui nous fait croire à je ne sais quelle démocratie populaire, virginale, innocente et spontanée. Rousseauisme de pacotille biberonné à l’internet, qui chez nombre d’entre eux masque à peine une nostalgie, l’an II de la Révolution Française et son Comité de salut public.

Emmanuel Macron a raison, La France n’aime pas la réforme, les protestants en savent quelque chose. Le mot inquiète. Et les Français volontiers régicides, sont paradoxalement attachés à l’ordre établi, pratiquent le culte des avantages acquis, quand tout bouge autour d’eux, quand le monde se fait et se défait dans une révolution permanente dont ils ne sont ni les acteurs, encore moins les initiateurs. C’est pourquoi, il est des mots superflus. Emmanuel Macron, qui, pendant la campagne de la présidentielle, avait su se préserver d’un face à face avec Jean Luc Mélinchon, serait bien avisé de tenir cette ligne. Ne pas faire du Sarkozy, ne pas rentrer dans l’arène, refuser ce combat de coqs qui ravit certainement la galerie, mais qui au final détourne de l’essentiel : faire bouger la France et les Français.

 

Une réflexion sur “Mal aux mots

  1. – Baruch Spinoza, Traité théologico-politique, X, 8, p.109 (1670) : « … Enfin, pour me taire du reste, il est évident que l’égalité, dont la perte entraîne nécessairement la ruine de la liberté commune, ne peut être maintenue sitôt que des honneurs extraordinaires sont décernés par une loi de l’Etat à un homme qui se distingue par son mérite. »

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