L’appel de la forêt


La fenêtre de mon bureau ouvre sur un carré de verdure où prospère un arbre de type méditerranéen. Il est régulièrement le rendez-vous de tout un aréopage de volatiles, rouges gorges, merles noirs, grives musiciennes et quelques autres qui me sont inconnus. Tout ce beau monde à plumes piaille et se chamaille à l’envie, loin de la griffe leste du chat de la maison qui n’y prête plus attention. Cet hiver j’ai même vu revenir de petites mésanges charbonnières qui se disputaient les boules de graisse que j’avais disposées dans l’arbre à leur intention. Je leur ai installé des nichoirs de ma fabrication dans l’espoir qu’elles y prennent leurs quartiers de printemps. On dit que les mésanges s’attaquent depuis peu à la pyrale du buis, une méchante chenille qui fait le désespoir des presbytères et des châteaux. Mes buis centenaires seraient, je crois, tout disposés à faire bon accueil à ces petits oiseaux.

 

Mais le tableau est trompeur et la joie des oiseaux un brin empruntée ! Ils sont d’une année sur l’autre de moins en moins nombreux à se retrouver autour de mon arbre. Bien sûr le geai campe toujours dans les bosquets de chênes, où s’acharne aussi un pic vert. Et la buse variable monte souvent la garde, juchée sur un poteau électrique au bord de la petite route qui conduit au hameau. Et j’y croise parfois des cailles des prés qui traversent en dehors des passages réservés aux oiseaux piétons. Oh les imprudentes ! Mais ce qui est sûr, c’est que les oiseaux désertent nos campagnes à « une vitesse vertigineuse » nous apprend le quotidien Le Monde. Un tiers des espèces ont disparu en 15 ans. Le pic de cet oiseaucide si j’ose dire, a été constaté en 2008, 2009, quand l’Europe n’a plus imposé les jachères aux agriculteurs. Vous vous souvenez des jachères fleuries?

En fait le CNRS et quelques autres organismes de recherche pointent du doigt, l’agriculture industrielle, qui pour étendre les surfaces cultivées,  supprime les haies, les bocages, tous les biotopes propices à la vie des oiseaux. Une agriculture overdosée à la chimie qui empoisonne sournoisement les abeilles, toutes sortes d’espèces vivantes, y compris les hommes et qui éradique des milliards d’insectes dont les oiseaux faisaient grande consommation. Faîtes donc le test du pare-brise: naguère, l’été, moucherons et moustiques venaient en grand nombre s’y écraser. Qu’en est-il aujourd’hui?

Certes, nos sociétés gloutonnes commencent à prendre conscience de la situation: car au dérèglement climatique, s’ajoute désormais un appauvrissement considérable de la biodiversité. Double et terrible danger dont les  effets se conjuguent! Pour autant, nous te

rgiversons encore, à preuve l’attitude de l’Europe sur les glyphosates. Les intérêts économiques catégoriels et sectoriels priment bien trop souvent sur l’intérêt général. L’instant présent sur le jour d’après. Aveuglement criminel, dictature du taux de profit! Et pourtant ne dit-on pas que le bonheur est dans le pré!

Fenêtre ouverte, j’entends tousser un tracteur. Un peu plus bas, dans un verger de pruniers, un paysan asperge ses arbres d’un produit sensé les protéger contre les multiples maladies qui les guettent. Les fruitiers doivent rendre le maximum. Du coup, ils sont devenus fragiles et leur espérance de vie s’est réduite.Un moment après, le tracteur fait la pause, un coucou en profite pour se faire entendre, loin, quelque part au fond d’un petit bois. Comme l’appel de la forêt!

2 réflexions sur “L’appel de la forêt

  1. pyrale du buis => bacillus thuringiensis
    hyper efficace, bio, pas dangereux pour les autres espèces. On peut même en mettre pour les chenilles processionnaires!
    A essayer.

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