Maison ou Centre de santé?


Les déserts médicaux avancent inexorablement dans les territoires ruraux. Le Tarn-et-Garonne ne fait pas exception. Il est même dans le peloton de tête des départements en déshérence médicale avec 14,3 médecins pour 10000 habitants. Les perspectives pour 2030 sont encore plus catastrophiques. Nous étions quelques-uns à nous alarmer de cette situation. Aujourd’hui, devant l’inquiétude des populations, les élus se sont enfin emparés du problème, mais semblent souvent impuissants, tant le phénomène apparaît d’abord comme une question d’époque et de société.

Nos besoins, nos attentes en matière de soins ont considérablement augmenté ces cinquante dernières années. Résultat, nous vivons mieux et plus longtemps, beaucoup plus longtemps. Autant dire que la médecine ne connaît pas la crise, sinon celle de l’offre. Les hôpitaux sont débordés, les spécialistes pris d’assaut et les généralistes battent peu à peu en retraite. Sans oublier les personnels de soins, libéraux ou fonctionnaires, qui peinent à suivre le train.

Les spécialistes, ce n’est pas nouveau, préfèrent les villes. Voilà qu’ils sont imités maintenant par nombre de généralistes. Les jeunes diplômés de la faculté font d’abord un choix de vie : la famille, le temps libre, les loisirs… La pratique du métier elle-même a beaucoup changé. Ne parlons pas de ce Médecin de campagne raconté par Balzac, médecin bien sûr, mais aussi confesseur à sa manière, homme de loi à l’occasion, entrepreneur par nécessité, pour qui le corps souffrant était d’abord un corps social. Aujourd’hui, le cher docteur a l’œil sur le chrono et confie volontiers ses patients à l’expertise de la machine. Il ne visite plus, il consulte chez lui, trente-cinq heures par semaines (j’exagère à peine). Du coup, les services d’urgences des hôpitaux sont débordés, là tout est gratuit, et doivent assumer des situations qui n’étaient pas dans leurs missions d’origine.

Les communes se sentent désarmées et cherchent la parade. Certaines pensent avoir trouvé la solution avec les Maisons de santé.Il s’agit, en contrepartie d’un loyer, d’offrir aux médecins libéraux un espace, ouvert également aux professions médicales. On regroupe donc dans un même lieu, médecins, infirmières, orthophonistes et j’en passe. Le département en compte 8 actuellement. Dernière en date, celle de Valence d’Agen qui accueille 25 professionnels de santé. Coup gagnant, ce qui n’est pas partout le cas, car il faut trouver des médecins volontaires et certaines communes, faute d’un engagement des praticiens dès la conception du projet, se sont retrouvées avec les locaux sur les bras. Ces maisons de santé améliorent les conditions de travail des praticiens, et facilitent l’accès aux soins pour les patients qui trouvent là une sorte de communauté thérapeutique organisée en société commerciale. Pour autant, les malades doivent toujours se déplacer et pour que le système soit réellement bénéfique, il doit disposer d’une bonne organisation garantissant une permanence médicale sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Autre approche qui tente certaines communes: les Centres de santé. La première et grande différence, c’est que dans ces Centres les médecins, les professionnels de santé sont des salariés. Un comité, lancé par des militants du PCF vient de se créer à Castelsarrasin et milite pour la création d’une telle structure sur Terres des Confluences. Là aussi, la question du recrutement est entière. Un jeune médecin, homme ou femme, acceptera-t-il plus facilement de venir exercer en campagne quand on sait que les salaires du secteur ne dépassent pas 7000 euros mensuels et que les différences de rémunération entre les hommes et les femmes, près de 2000 euros, y sont scandaleuses? Bien entendu ces centres pratiquent le tiers payant, ce qui est conforme à leur vocation sociale, et les rapproche de facto des anciens dispensaires.  Mais, le modèle économique de ces centres est loin pour l’instant d’avoir fait ses preuves, obligeant les collectivités territoriales à combler les déficits à coups de subventions. D’autre part, il n’est pas certain que le salariat rende les médecins plus disponibles pour les malades.

Alors, Maison ou Centre ? Tout est affaire de diagnostic. Il faut analyser avec beaucoup de précisions les besoins du territoire, ses capacités, la proximité ou non d’un hôpital. Une telle entreprise concerne bien sûr l’Agence régionale de santé. Mais au-delà, elle doit procéder d’une vaste consultation des populations, au travers d’états généraux de territoire tout en ayant bien conscience que les solutions miracles n’existent pas et que pour contenir la dépense publique, il faudra réorganiser, mettre en place les synergies, tailler ailleurs dans un système de soins qui a besoin d’une sérieuse refondation. Le gouvernement s’y est engagé. La réforme des urgences des hôpitaux fait partie du paquet.

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