Un secret de polichinelle


La France bat une nouvelle fois son record de fréquentation touristique. « We are the champions ! ». Américains et Chinois n’ont plus peur des attentats, ne craignent plus les grèves, apprécient à nouveau nos paysages, goûtent jusqu’à plus soif notre art de vivre. Tous en chœur : We are…

Mais, voilà qu’avec cette prospérité tant convoitée, apparaît un nouveau problème : le « surtourisme ». Certaines parties du territoire national, certaines zones sont tellement attractives qu’elles n’en peuvent plus. Trop c’est trop ! Trop de tongs, de lunettes de soleil, de maillots, de teeshirts, de gamins sans limite, de retraités satisfaits… De Nice à Bordeaux, ça déborde et les autochtones, ceux qui ne profitent pas directement de cette manne consumériste commencent à s’en plaindre.

A Moissac, nous n’en sommes pas là. Certes, si l’on en croit les dernières statistiques de VPM (Valoriser le patrimoine Moissagais, le nouveau nom pour l’ancien office du tourisme) le nombre de nuitées (c’est comme ça qu’on dit) a augmenté cette saison. Un peu plus de visiteurs, un peu plus de pèlerins. Mais ici, le problème c’est que les touristes ne restent pas. A peine un petit tour de cloître et bye bye. Vive l’itinérance ! Il est vrai qu’on leur vante tellement les chemins de Saint Jacques, des bastides, voire même des écoliers, que ces touristes nous ont pris au mot. Il faut dare-dare tracer la route, comme jadis les beatniks chers à Jack Kerouac.

Plus sérieusement, la dernière enquête de satisfaction réalisée auprès de nos visiteurs révèle un secret de polichinelle : les touristes ne restent pas, parce que à Moissac, il n’y a rien à faire. Pas de parc de loisirs pour les enfants en mal de sensations fortes, peu ou pas d’occasions de se mettre à l’eau, de pratiquer des sports nautiques, des activités de plein air, de découvertes. Côté pierre, le monde cistercien, montre vite ses limites. A moins d’être un spécialiste, le visiteur se prend bientôt à espérer une mise en récit, une mise en scène de ces temps très chrétiens. Vainement ! Hors les murs, la culture est au régime courants d’air. Pas un musée, même pas sur l’enfant du pays, Firmin Bouisset qui fut pourtant en son temps, un des grands maîtres de l’affiche en Europe… Pas un concert, pas une grande manifestation susceptible d’emballer le touriste. Régime sec pendant les mois d’été !

En fait, tout se passe comme si la ville, le territoire s’ouvraient à contrecœur au tourisme. Même les commerçants, ce qu’il en reste, y rechignent. Du coup, les récriminations s’accumulent : « le lundi soir, c’est galère pour trouver à dîner » « après 21 heures, on ne sait pas où aller » « il ne faut pas se tromper d’heure pour boire un verre à l’Uvarium »… A l’évidence, le tourisme n’est pas grande cause moissagaise. Au point, que les fruits de saison, produits locaux par excellence, sont quasi introuvables sur les étals de centre-ville et dans les assiettes de nos restaurateurs. A Moissac, on produit, on conditionne et on expédie. Acheter des fruits, produits sur place, tient presque du jeu de piste. On fait mieux quand on veut s’offrir une carte de visite ! Il ne suffit pas de collectionner les labels, de les afficher comme autant de colifichets magiques. Notre ville doit se mettre à la hauteur de leurs promesses.

 

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