Temps mauvais


Ce matin, je me suis réveillé avec l’humeur chagrine. Les giboulées de Mars n’y était pourtant pas pour grand-chose. Les images de la journée d’hier à Paris revenaient en boucle comme une lancinante interrogation : où allons-nous ? Où va la France à ce train-là ? Que veulent donc ces gilets jaunes, ces cagoulés de noir devenus samedis après samedis des professionnels de la casse et du pillage ? Ils ne veulent, c’est à craindre, plus rien de négociable, sinon la mise à mal de nos institutions, éventuellement la tête de Macron, voire pour les plus idéologisés d’entre eux, la disparition de la République. Juste avant mai 68, Pierre Viansson Ponté, écrivait dans le Monde « la France s’ennuie ». Aujourd’hui la France se tait. La majorité des gens de ce pays se tait, tourne la tête pour ne pas voir ce déferlement de haine, d’incommensurable bêtise (et là je me rends compte que je fais injure à nos amis les animaux). Sauf à consentir collectivement à un funeste destin, nous n’avons pas le droit de laisser faire, de justifier cette barbarie moderne par de délirantes explications, sur la violence d’état, l’arrogance des élites, la misère sociale et que sais-je encore.

On attend toujours, et on risque d’attendre longtemps, une condamnation ferme et massive de cette guérilla urbaine par les gilets jaunes. On aurait pu espérer un brin de lucidité et de courage des partis politiques : mais voilà la gauche aphone, perdues dans ses jeux de petites tactiques et la droite, vieille dame indigne, pressée de régler son compte au Président. Le reste de la société française, les braves gens, sont à l’unisson, terrés dans leur bulle domestique, sidérés pour beaucoup devant leurs écrans de télévisions. Réveillons-nous !

Il est depuis quelques temps de bon aloi, jusqu’au Défenseur des droits lui-même, de dénoncer « les violences policières ». Reconnaissons tout d’abord que depuis le début de cette crise la police n’a aucun mort à se reprocher. Et quand on mesure l’intensité des affrontements, ce n’est pas rien ! il est vrai que les forces de l’ordre ne lésinent pas sur les moyens. Pour tenter de contenir la furia destructrice. D’éviter le pire. Mais répétons-le, en France le droit de manifester, pacifiquement, n’est pas remis en cause. Et c’est heureux ! Dans ce domaine, comme dans d’autres, réseaux sociaux et même médias, ont imposé une lecture totalement biaisée de la réalité, faisant des policiers des coupables et des casseurs des victimes. Signe des temps !

Je ne parlerai pas des élites, qu’on confond trop volontiers avec les élus, que certains voudraient voir, un RIC aidant, en bourgeois de Calais, repentance clouée au flanc et corde au cou. Mais la misère monsieur ? Comment la nier ? Comment ne pas voir que trop de nos concitoyens ne disposent pas du « Pouvoir de vivre » comme le dit la CFDT. Sont concernés bien sûr les exclus du système, les cabossés de la vie, les travailleurs pauvres, intermittents mais aussi CDI payés au SMIC ou à peine plus. Pourtant notre pays dispose de parapluies sociaux que nombre de nos voisins nous envient. Mais si les aides pour les plus démunis sont bien réelles, il faut parfois savoir trouver le bon guichet.  Notre société s’est complexifiée à mesure que les inégalités se creusaient. Et les pauvres ne sont pas égaux devant la pauvreté. C’est dire si la tâche est complexe. Maintenant que s’achève le Grand débat, alors que les 10 milliards d’euros concédés par le pouvoir fin 2018, sont déjà oubliés, le gouvernement va devoir, au-delà des mesures sonnantes et trébuchantes, se faire violence et sacrifier aux décisions symboliques. Pour autant, il ne sera pas quitte et il serait bien avisé de donner suite aux propositions de la CFDT. La question climatique a ceci de particulier qu’elle porte la question sociale comme la nuée l’orage.

 

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Une réflexion sur “Temps mauvais

  1. ..Réveillons-nous ! MAIS QUAND ET COMMENT DANS CET INDIVIDUALISME DESTRUCTIF?
    ….Il est depuis quelques temps de bon aloi, jusqu’au Défenseur des droits lui-même, de dénoncer « les violences policières ». Reconnaissons tout d’abord que depuis le début de cette crise la police n’a aucun mort à se reprocher….

    J'aime

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