Chasselas: un petit grain de discorde


Du vent à décoiffer un pied de chasselas, le ban et l’arrière ban des élus, un sénateur, la sous-préfète, une kyrielle de responsables socio-professionnels, nous nous étions tous donnés rendez-vous, ou presque, absent le Président du Conseil départemental, au pied de l’abbatiale pour l’ouverture officielle de la fête du chasselas. Voilà quatre ans déjà,  que journées du patrimoine obligent, elle s’est installée dans les murs du cloître. Associés à cette manifestation, les Sites remarquables du goût, qui ont, cette année encore, drainé quelques producteurs venus d’ailleurs, volailles de Bresse ou safran du Quercy. Mais probablement trop à l’étroit dans ce Patus qui ne se prête guère à ce genre de manifestation, ils étaient moins nombreux que par le passé. Selon un sondage réalisé en direct par le syndicat du chasselas, les exposants estiment qu’ils ont perdu les 3/4 de leur chiffre d’affaire depuis qu’on les a obligés à quitter l’Uvarium. Rien de surprenant, nous avions en Conseil municipal dénoncé une opération purement idéologique.

Le chasselas était comme toujours très beau et de l’avis du président du syndicat, la récolte est correcte, même si elle s’avère moins bonne que l’an dernier. Mais derrière les étals et sous les juteuses grappes de raisin se tapit une polémique dont nous eûmes l’espace d’un instant quelques échos. Le mérite en revient à la sous-préfète qui a mis les pieds dans la cagette. L’important, c’est la confiance a-t-elle martelé. Confiance entre producteurs, metteurs en marché, expéditeurs. Et manifestement, le royaume du chasselas connait bien des tiraillements. Par exemple, les relations entre producteurs et metteurs en marchés (ils absorbent 80% de la production moissagaise) sont tendues. En cause de prix d’achat du raisin, qui a en croire un des chasselatiers les plus en vue de Moissac, ne couvre pas les frais de production. Acheté aux alentours de 1,70 euros, le kilo revient à 2 euros. « Ce n’est pas avec le chasselas qu’on gagne de l’argent. Heureusement nous avons d’autres variétés ». La grande distribution, pourtant nécessaire à l’économie du chasselas, est une fois de plus montrée du doigt. Deux médiateurs ont été désignés par le ministère de l’agriculture pour tenter de dénouer la situation. Ils étaient samedi sur le terrain. On ne connait pas leurs conclusions. Il faut dire que le dossier est lourd et bien embrouillé. Le chasselas de Moissac est en AOP, Appellation d’origine protégée, qui impose un cahier de charges rigoureux à ses quelque 230 adhérents. Mais certains de ces adhérents cultivent aussi du chasselas en Quercy, qui ne fait pas partie de l’AOP. De qualité inférieure, ce raisin est vendu moins cher, mais permet aux producteurs de jouer à la fois sur les dates et sur les quantités. Il répond aux demandes des metteurs en marchés et de la grande distribution.  Il fait donc de l’ombre au chasselas Moissagais, d’autant que que le label Quercy s’impose peu à peu grâce à d’autres productions comme l’agneau, le safran, ou le fromage.

Individualistes, les producteurs de chasselas de Moissac concurrencent eux mêmes leur produit phare. Ils refusent, ce qu’a voulu pointer la sous préfète, de s’entendre sur une date d’ouverture de la vendange. Les techniciens du fruit l’avaient estimée cette année au 2 septembre. Bref, la crise ouverte il y a quatre ans se poursuit. Par ailleurs, l’Afrique du Sud ou l’Italie ont mis sur le marché des variétés qui répondent aux nouveaux goûts des consommateurs: raisins plus gros et sans pépin.. Du coup, le vignoble moissagais est en train d’évoluer, de s’ouvrir à de nouveaux raisins, plus résistants.  Le temps presse quand on sait qu’il faut 15 ans pour inscrire une nouvelle variété au catalogue! Autre signal encourageant: les conversions bio. 7% des producteurs sont déjà agréés. Ils seront bientôt 15%. Le rythme est spectaculaire. Et bonne nouvelle, les rendements s’améliorent ce qui abaisse les coûts de production.

Raison de plus, au moment où le consommateur refuse les pesticides, s’inquiète de la qualité des produits qu’on lui propose, pour s’étonner que dans cette fête du chasselas, rien ne soit dit sur les méthodes de production, ou sur les précautions environnementales. Sur ce bio qui semble faire son chemin en catimini, comme si la profession ne voulait rien voir de ce changement de pied. Pas un colloque, pas une vidéo, pas d’explication, pas de témoignage! Le chasselas fait certes partie du patrimoine moissagais (pas si vieux que ça puisqu’il remonte au XIX ° siècle seulement), mais à vouloir le réduire à cette image, on le condamne. Le président du syndicat s’est bien gardé d’évoquer toutes ces  questions, se contentant d’énumérer les émissions de télévision qui ont montré le chasselas. Cela suffira -t-il à pérenniser la culture du chasselas de Moissac? Bien sûr que non. Si les consommateurs ont des yeux et des papilles, ils ont aussi une tête.

Et puis, journée du patrimoine oblige, on a découvert la nouvelle entrée du cloître. Un hall agrandi, rénové, disposant d’un mobilier moderne. Le personnel employé à l’accueil semble y trouver son compte et on le comprend : il a quitté l’étroite boutique qui jurait avec la majesté de l’ensemble abbatial. Une fois les aménagements achevés, on jugera de la qualité de ce nouvel espace. Et de sa capacité à susciter l’intérêt d’un public de plus en plus friand de réalité augmentée.

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