Les temps difficiles


Marché pluvieux dimanche matin. A Moissac l’année se termine maussade, poisseuse, incertaine. Des fantômes de candidats à la municipale déambulent entre les étals, soucieux de ne pas écorner cette période de trêve de Noël. Les affaires sérieuses, c’est pour après, en 2020. Pour l’instant chacun se compte et les Moissagais s’interrogent : combien de listes, et avec qui ? Certains, à droite comme à gauche sont déjà sortis du bois, timidement, presque à reculons. D’autres attendent, interrogent les augures.  Mais tout ce petit monde, le monde politique, s’agite en coulisse, à la recherche du ou de la candidate idoine. Ce marché est depuis longtemps ouvert et les tentatives de débauchages sont légion. Mais chacun prend soin d’avancer avec Moissac pour seul drapeau. Le RN lui même a mis sa flamme sous l’éteignoir. Municipales obligent ! Il faut dire qu’en la période les porteurs d’étendards ne font guère recette. Les candidats à la candidature ne sont pas légion. Bref comme dirait Léo Ferré, « les temps sont difficiles ».

Pour le gouvernement aussi qui a du mal à convaincre avec son projet sur les retraites après deux ans de consultations, d’études, de négociations, de déclarations, parfois contradictoires. L’intention était certainement louable, mais elle a au final produit les effets contraires aux effets escomptés. Pensé pour rassurer, le projet inquiète. Conçu pour expliquer, le projet embrouille. Et le projet s’enferre, sur la pénibilité et sur l’âge pivot, l’âge de départ à taux plein. Sur ces deux questions, le premier ministre serait bien avisé d’offrir aux syndicats réformistes une porte de sortie. La CFDT qui ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, n’attend que ça ! Avec raison, car un système universel de retraite, pour les salariés comme pour les indépendants, constitue un indéniable progrès social qui oblige, on le voit bien avec les enseignants, à remettre à plat les carrières et à revoir les rémunérations. Mais on pourrait aussi parler des pensions dont les minima dépasseront les mille euros nets, ou encore de la situation des femmes qui aujourd’hui perçoivent des retraites inférieures de 42% en moyenne à celles des hommes et qui verront, si la réforme est votée, leur situation s’améliorer considérablement.

On pourrait ainsi multiplier les exemples. Peine perdue ! On baigne en plein irrationnel. Tout devient suspect aux yeux de l’opinion, la parole des ministres comme les rapports techniques et officiels! Le pouvoir, parce qu’il est le pouvoir, n’est, par essence, que sournoiserie et perversité. Il ne saurait donc en être autrement quand il tente de réformer. Drôle d’époque dont la crise dite des « gilets jaunes » avait fourni une éclatante et inquiétante illustration. Pour autant, ce pays nous a aussi appris à ne pas désespérer. Il en va de ces crises sociales à répétition comme d’une catharsis collective, un passage obligé pour tout changement, pour toute évolution. Cela fait de la France un pays singulier.

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