Le masque et le Covid


Comme tout un chacun en ces temps incertains et angoissants, j’écoute, je regarde, je lis tout ce qui touche de près ou de loin au Covid 19. Et je dois confesser que je ne comprends pas tout. Normal, je ne suis ni médecin, ni chercheur. Cependant, cette crise a le mérite de nous rappeler avec force que la santé, comme d’autres secteurs certainement, mais la santé plus que tout autre, ne saurait être régie par les lois du marché, les principes de rentabilité immédiate et autres calculs comptables. Et ça, ça crève les yeux !

La France à l’évidence ne s’était pas préparée à la survenue de ce virus. Comment l’aurait-elle pu, alors que la bestiole était inconnue au bataillon. Aucun pays d’ailleurs n’avait cru possible une telle pandémie, sauf peut-être Steven Soderbergh en 2011 avec son film « Contagion ».  Dans ces conditions, faire ce procès au gouvernement comme l’envisage une partie de l’opposition, a quelque chose de pathétique. Ou alors, c’est la quasi-totalité de la classe politique, la haute administration, les corps constitués, les partis de tous bords qu’il faut incriminer. Ça fait du monde !

La chronologie des événements montre que le pouvoir politique et les responsables de la santé, qui travaillent d’ailleurs en étroite coordination, cherchent depuis le début à s’adapter, avec les moyens dont ils disposent, à la progression de cette pandémie dont on peine encore à connaître l’origine exacte, et même la puissance pathogène du virus. Ils tentent dans le même temps d’anticiper les besoins, en s’appuyant sur des modèles mathématiques, qui déterminent les commandes, les mises en fabrication de matériels, masques, tests, respirateurs, dont on voit bien qu’ils font cruellement défaut, en France, mais aussi un peu partout en Europe, sans parler des USA. C’est en effet incontestable, la France n’avait plus de stocks ou si peu. La France était désarmée pour reprendre le vocabulaire guerrier du Président de la République.

 

Petit rappel historique.

  1. A la suite de la grippe aviaire, le sénateur Francis Giraud (RPR) propose une loi que Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé fait adopter en 2007. C’est la création du corps de réserve sanitaire, dont les soignants mesurent aujourd’hui toute l’utilité. C’est aussi la création de EPRUS (établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) un établissement public chargé d’acheter et de stocker les matériels nécessaires en cas de pandémie grave. Un milliard de masques sont alors commandés. Le fameux milliard après lequel court aujourd’hui Olivier Véran, le ministre de la santé.

 

  1. Le H1N1, la grippe A, s’invite en France. Bilan : 342 morts. « Seulement » ose alors écrire la Cour des Comptes. Ce « seulement » fait la balance entre le bilan et les dépenses de précaution : 662 millions d’euros. Entre autres des vaccins devenus inutiles, rendus aux laboratoires qui empochent au passage 48 millions d’euros au titre de dédommagement. Bref ça crie de tout côté à la gabegie. Michel Issindou, député socialiste, sonne la charge. Relayé par le Vert Yannick Jadot qui mène campagne contre les vaccins. Roselyne Bachelot, bien seule alors, se voit clouée au pilori.

 

  1. Une note des services du premier ministre, Jean Marc Ayrault, attribue aux employeurs la responsabilité de constituer des stocks de masques. 2014. La commission des finances du Sénat (Gérard Larcher était déjà président de la Haute assemblée) annonce que certains stocks de masques et autres médicaments ne seront pas renouvelés. Enfin cerise sur le gâteau, en 2016, l’EPRUS est intégré dans un nouvel établissement, « Santé publique France ». Une quasi dissolution, une « grave erreur » dit aujourd’hui Francis Delattre, vice-président de la commission des finances du Sénat. Lucidité bien tardive !

Et entre 2016 et aujourd’hui, la doctrine reste inchangée. La haute administration s’en tient à ses préceptes : il faut faire la chasse aux dépenses non immédiatement rentables. De leur côté, les hôpitaux qui encaissent plans de rigueur après plans de rigueur n’ont guère les moyens d’anticiper les besoins. Quant aux entreprises, elles ne voient pas l’intérêt de gonfler leurs immobilisations. C’est ainsi que la pandémie venue, la France s’est trouvée bien démunie et contrainte de gérer la pénurie. Avec, il est vrai, maladresse, au moins au début de la crise !  Les palinodies gouvernementales autour de l’utilité du masque cachaient mal l’état des lieux et ont jeté le doute sur la parole de nos dirigeants. On peut cependant comprendre le gouvernement. Annoncer sans précaution que l’état n’avait pas prévu ce cas de figure, c’était tout à la fois affoler l’opinion publique, instruire le procès des équipes dirigeantes précédentes, et le sien propre. Fallait-il ajouter de la crise à la crise ?

L’épreuve que nous traversons va certainement conduire le gouvernement à d’importantes révisions. Il le faut ! On sait désormais que nous ne sommes plus à l’abri d’une pandémie ravageuse. Il faudra donc reconstituer les stocks, redonner vie à l’EPRUS. Il faudra aussi, le Président s’y est déjà engagé, fabriquer en France ou tout du moins en Europe les médicaments, les matériels médicaux nécessaires à la protection de la population. Ne plus dépendre d’une mondialisation débridée ! C’est peut-être le début de la sagesse, qui permettra, dans la foulée, de relocaliser d’autres productions industrielles sur notre territoire. Il ne suffit plus de dénoncer la politique de désindustrialisation de la France. Il faut passer aux actes. L’histoire des masques médicaux est à cet égard emblématique de nos déficiences. Et de nos espoirs.

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.