Déconfiner l’internet


Les jeunes sont en vacances. Il était temps, pour eux et pour leurs profs surtout. Une de mes amies qui enseigne dans un lycée technique me racontait l’autre jour son confinement. Quatorze heures par jour le nez sur l’ordinateur, l’oreille chauffée à blanc par le téléphone pour tenter de faire cours à distance. « Un enfer » disait-elle ! Pourtant les enseignants ont tenu bon et font preuve en général d’un engagement qui force le respect.

En fait, personne n’était préparé à la survenue de cette pandémie. Et si l’institution scolaire a vite réagi, si les enseignants se sont mis au diapason et ont maintenu tant bien que mal le lien avec leurs classes désormais éparpillées, les difficultés sont vite apparues du côté des élèves. 5 à 8% d’entre eux auraient décroché.

« Tu sais, la fracture numérique, ça existe, je l’ai rencontrée » me disait encore cette enseignante. Une fracture numérique qui comme par hasard calque d’assez près la fracture sociale. En clair, plus les jeunes sont issus d’un milieu économiquement et culturellement défavorisé, plus ils ont du mal avec les outils numériques. Contrairement à une idée reçue, la génération smartphone n’est pas uniformément geek. Si 80% des jeunes (chiffre officiel qui semble sous-évalué) possède un téléphone portable, ils sont beaucoup moins nombreux à disposer d’un ordinateur, personnel ou même familial. Et quand il y en a un à la maison, il n’offre pas toujours un bon accès à l’internet. La faute aux réseaux -le haut débit n’est pas partout- aux abonnements, trop chers ou trop limités. Il faut ajouter à ces difficultés matérielles, liées aux outils, la concurrence entre les usagers familiaux qui pendant les périodes de confinement s’exacerbe : télétravail, devoirs scolaires ou universitaires, jeux électroniques…

En fait, nombre de jeunes utilisent les appareils numériques, les smartphones pour téléphoner bien sûr, mais aussi pour s’installer sur les réseaux sociaux. Les plus jeunes, selon une hiérarchie des âges parfaitement établie, préfèrent désormais Instagram à Snapchat.  Cette population des 16-18 ans est assez peu présente sur Twitter, Pinterest ou Linkedin qui apparaissent comme des réseaux plus spécialisés, plus « professionnels ». Facebook, a même pris un coup de vieux, il a été massivement abandonné par les millennials. Ces grands ados font en effet grande consommation de photos et vidéos. Ils échangent au sein de leur communauté des messages qui échappent à toutes les règles orthographiques ou syntaxiques.

Une partie non négligeable de cette jeunesse ne sait pas faire beaucoup plus que ça. Elle ignore à peu près tout des autres usages d’un ordinateur ou d’une tablette. Selon l’INSEE, 38% des utilisateurs d’internet ont des difficultés dans au moins une des compétences numériques de base : rechercher l’information, envoyer un courriel, copier des fichiers ou utiliser un traitement de texte. Si l’illectronisme, c’est le néologisme qu’on utilise pour parler de l’illettrisme numérique, touche certes plus massivement les retraités que les jeunes, il n’en demeure pas moins que trop de lycéens, issus pour l’essentiel de milieux sociaux modestes, présentent ce type de difficultés.

La fracture numérique apparaît ainsi pour ce qu’elle est d’abord : une fracture socio-culturelle. Là on parle uniquement d’usages. Pas de programmation, ni de conception de réseaux. Mais il est clair que se servir d’internet pour se cultiver, pour écrire, pour travailler, pour partager le fruit de son travail suppose aussi un apprentissage, d’autant plus naturel que le milieu familial en offre un cadre. Il en va de l’usage du numérique comme de la lecture ou du goût pour les musées : ça s’apprend, ça s’entretient. La question de la formation apparaît dès lors essentielle, d’autant que nous ne sommes pas à l’abri de vivre demain une situation sanitaire semblable. Les usages du numérique comme un des savoirs fondamentaux ! A charge pour l’école, mais aussi le collège d’en montrer toutes les facettes, de permettre aux élèves d’en toucher l’utilité du doigt.

Et puis, jeunes ou vieux peuvent avoir besoin d’un accompagnement, d’un soutien. A cet égard, MAJ (Moissac animation jeunes), mais aussi d’autres associations font un travail de première importance. N’y a-t-il pas là nécessité de construire une véritable politique publique? Dommage qu’en ces temps de confinement, certaines de ces structures ont elles aussi baissé le rideau.

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