Autant en emporte le vent


L’autre soir, alors que je zappais d’une chaine à l’autre, je tombe sur Olivier Marchal, barbe de boucanier, œil mouillé et voix étranglée d’émotion. Il faisait une déclaration d’amour à ses anciens collègues, les flics. Le réalisateur du « 36 quai des Orfèvres » et de la série « Flics », tentait, témoignage personnel à l’appui, de faire entendre un autre son de cloche, de faire la part des choses. Certes, disait-il, chez les policiers, il y a des brebis galeuses, mais  la majorité n’est pas raciste et de décrire les conditions de travail, notamment dans les banlieues, qui sont devenues extraordinairement difficiles. Mais dans cet exercice de défense et illustration de la condition policière, Olivier Marchal était et reste bien seul.

L’ignoble meurtre aux Etats-Unis de Georges Floyd a en effet mis le feu aux poudres. L’indignation, la colère légitimes de la jeunesse américaine se sont vite propagées, provoquant un peu partout dans le monde de nombreuses et fortes manifestations. La France ne pouvait être en reste. Par mimétisme, mais aussi parce qu’une partie de la population entretient avec la police -et c’est bien le cœur du problème- des rapports de défiance, voire d’hostilité manifeste. Il n’en fallait pas plus pour exhumer l’affaire « Adama Traoré », un jeune de banlieue, repris de justice, et décédé suite à son interpellation il y a quatre ans, dans des circonstances qui ne sont toujours pas élucidées, ce qui interroge sur l’extraordinaire lenteur de la justice.

Tout juste rescapés du Covid19, déconfinés de fraîche date, pressés de renouer avec les vieux démons hexagonaux, nombre de nos concitoyens se sont donc lancés toutes affaires cessantes, dans une croisade bruyante et ultra médiatisée contre la police, le racisme, les discriminations et plus précisément le sort malheureux que notre République réserverait aux minorités de couleur. Il en est même certains, du côté des « Indigènes de la République », mais aussi de quelques beaux esprits manifestement égarés, qui n’hésitent pas à parler d’un racisme institutionnel. Rien que ça !

Sous couvert de cet antiracisme sectaire pointe en fait une entreprise de démolition des principes républicains. Elle n’est pas nouvelle qui veut faire de la France un pays raciste où la ségrégation territoriale et ethnique serait la règle. Du coup se développe un discours communautariste visant à enfermer des populations entières dans un territoire, un statut social, dans une histoire, une mémoire qui seraient leur réelle et seule identité. Non pas citoyens confrontés aux mêmes problèmes que tous les autres, mais indigènes, colonisés au sein de l’espace républicain ! Ainsi sont par avance justifiées les résistances à l’ordre, à la loi, forcément étrangère et oppressive qui ne saurait s’appliquer dans ces territoires qu’entendent contrôler les réseaux de petite et grande délinquance. On comprend dès lors que la police, serait-elle irréprochable, n’est pas dans ces conditions la bienvenue. Elle devient le visage de cette France honnie.

L’extrême gauche, une frange des gilets jaunes, voire une partie de la gauche de gouvernement font de cette (im)posture une cause à porter, comme une manifestation opportune d’une décevante lutte des classes qui s’est partiellement vidée de sa substance. Persuadée de tenir là un levier anti-système, la gauche ne voit pas qu’elle est de fait instrumentalisée, réduite au rang de supplétive d’un combat dont la finalité ultime lui échappe. Elle en est l’idiote utile. De son côté le gouvernement, qui, après des mois d’agitation sociale et de paralysie économique, craint une résurgence de l’incendie, a tenté de donner des gages. Entre la vindicte des quartiers et la colère des policiers, la ligne de crête est, on le voit bien, acrobatique.

Les temps sont en effet difficiles comme dirait Léo Ferré. A l’indignation légitime, nourrie de bons sentiments, aux refus d’une violence policière intolérable même si elle procède plus de dérapages individuels que d’une politique assumée, s’ajoutent maintenant un révisionnisme sans boussole. Un peu partout en Amérique et en Europe on déboulonne des statues, on arrache des plaques de rue, on voue aux gémonies des auteurs, on crache sur des œuvres, comme si tout à coup le monde était saisi d’une fièvre contagieuse. La pandémie de Covid19 a installé une sorte d’hygiénisme au nom duquel tous les pays ont sacrifié le veau d’or : l’économie. Qui l’eut cru ? Un autre hygiénisme est en train de naître, il concerne la pensée et fait peu de cas de l’histoire. Il tente de réduire l’humanité à ses lubies du moment, à imposer, sous peine d’infamie, une lecture univoque de nos civilisations. Ce révisionnisme qui prend racine dans la communication de masse, porte en lui la menace d’un totalitarisme d’autant plus dangereux qu’il s’autorise de la bonne conscience.

Hier soir, j’ai revu ce grand film envoûtant « Autant en emporte le vent » que je conserve sur DVD. Mais l’esclavage me tord toujours autant les tripes.

 

 

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