Le droit d’informer


L’article 24 de la Loi dite de « Sécurité générale », même réécrit au dernier moment n’est pas acceptable. L’activité des journalistes professionnels est encadrée par la loi sur la presse de 1881. Elle érige la liberté comme principe cardinal. La Charte de Munich signée en 1971, qui reprend la Charte des devoirs professionnels des journalistes rédigée en 1918, une première fois amendée en 1938, donne un cadre déontologique à notre activité professionnelle. Faut-il en rajouter ? Empiler des textes de circonstances qui demain, dans un autre contexte, pourraient s’avérer dévastateurs ? La réponse est non !

Pas d’accréditation, pas d’inscription préalable ou autres tracasseries préfectorales pour couvrir -c’est le terme employé par la profession- une manifestation de rue, fut-elle interdite et pressentie violente ! La liberté d’informer suppose la liberté de mouvement de celles et ceux dont le métier est l’information, dans le respect des personnes et des biens. Il est dès lors inacceptable que des journalistes professionnels soient chargés par les forces de l’ordre, interdits de faire leur travail, quand ils ne sont pas placés en garde à vue comme de vulgaires délinquants. Ces actes d’intimidation, ces tentatives d’entrave à la liberté d’informer ne sauraient perdurer dans un pays qui a inscrit dans sa Constitution la liberté de la presse.

On peut certes comprendre que le gouvernement souhaite protéger les forces de l’ordre dont la mission première est de protéger les citoyens. Il est donc normal et nécessaire de poursuivre en justice les réseaux sociaux, les auteurs d’appels au lynchage, de menaces à l’encontre des familles de policiers, vidéos à l’appui et adresses en sus. Mais l’Etat ne saurait les confondre avec les journalistes dont le travail consiste à témoigner des événements, de leur déroulé, des violences aussi, qu’elles soient le fait des manifestants ou des forces de l’ordre. Il y va de la crédibilité de la profession et au-delà de sa fonction démocratique.

Mais, il faut bien en convenir, nous sommes entrés dans une ère nouvelle, qui s’ensauvage diablement. Les manifestations sont rarement de longues marches colorées, bruyantes mais bon-enfant. Aujourd’hui, elles sont presque toujours l’occasion de bastons armées avec casses systématiques du mobilier urbain, des vitrines, sans parler des voitures en stationnement. Le manifestant met en scène sa colère pour mieux la filmer. Miracle du numérique qui autorise même les plus sages à improviser un rôle dans une sorte d’Armageddon urbain. 

Du coup, il apparaît illusoire que les journalistes puissent se fondre dans la masse sans coup férir. Il faudrait que la profession s’interroge sérieusement sur les nouvelles conditions d’exercice du métier, quitte à accepter, dans ces situations extrêmes, de se signaler par un brassard, un gilet, une vareuse, qui permette de trier entre le journaliste et le manifestant. Car nous journalistes, n’avons rien à gagner à la confusion des genres et des postures, sauf à se résigner à perdre encore un peu plus de notre crédibilité. 

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