Allo docteur bobo


C’est de saison, tout le monde ou presque veut sa maison de santé. Moissac est convaincue de l’intérêt d’une telle structure, qui doit mieux répondre aux besoins de la population, quand le désert médical avance, inexorablement depuis plusieurs années. Un chiffre éclaire la situation de notre territoire : 11% des Moissagais bénéficient de la CMU.  Moissac fait partie des villes les plus pauvres de France, et sa population vieillissante souffre des nombreuses pathologies liées à l’âge. Nous avions d’ailleurs alerté la précédente municipalité, dans ces colonnes, (lire ici) et à l’occasion de plusieurs conseils sur une réalité qui n’a fait que s’aggraver, qui concerne presque toutes les professions de santé : généralistes, dentistes, ophtalmologistes… Nous avions inscrit cet objectif dans notre programme municipal « Moissac naturellement ». Et contrairement à ce que dit aujourd’hui l’ancien maire, Jean Michel Henryot, presque toutes les listes s’étaient emparées de ce dossier, à l’exception de TEMS, l’actuelle opposition municipale, qui militait le temps de la campagne pour un Centre de santé, une structure où médecins et soignants ne seraient plus des professions libérales mais des salariés, au même titre que les personnels de l’hôpital. Pour ne pas se déjuger totalement, on comprend que l’opposition officielle ne pouvait que s’abstenir sur la motion soumise au vote lors du dernier conseil municipal extraordinaire, prétextant l’absence de chiffrage. 

La maison de santé, n’en déplaise à l’actuel maire de Moissac est en fait un déjà vieux projet, mis en route en 2018, sous la précédente municipalité de droite, et instruit par Maryse Baulu, adjointe alors aux affaires sociales. Après des mois d’échanges et de concertation, une soixantaine de professionnels, généralistes, spécialistes, infirmières, kinésithérapeutes, avaient proposé un dispositif original basé sur la création d’une Maison de santé pluri-professionnelle et multi-sites. Il s’agissait autour d’un projet de santé clairement établi, d’éclater la structure sur plusieurs lieux, à l’instar des infirmières déjà installées à Montesquieu. La ville de Moissac n’est pas en effet la seule concernée, les communes proches se veulent partie prenante de l’opération, représentant du coup une patientèle de plus de 16000 personnes. Ce projet, porté par une SISA, société interprofessionnelle de soins ambulatoires, regroupant au final 46 professionnels, avait reçu l’aval de l’ARS, l’Agence régionale de santé. Il était sur le point d’aboutir, quand l’épidémie de COVID, au printemps dernier, et il faut bien le dire, les élections, l’ont stoppé net. Le débat portait alors sur sa localisation du bâtiment principal et son financement. La Communauté de communes qui s’est engagée pour plus de 1,2 million d’euros sur la Maison de santé de Saint Nicolas de la Grave, avait été approchée. Elle avait alors refusé de donner suite, expliquant qu’elle était au bout de ses capacités d’endettement. Plusieurs sites dans Moissac avaient déjà été envisagés, entre autres, l’ancien EPHAD, près du canal, qui a le mérite d’être central et de pouvoir bénéficier des subsides de la Politique de la ville, au titre de quartier prioritaire. Voilà maintenant que ce lieu semble le premier choix de la municipalité lepéniste.

Rien d’exceptionnel donc que la mairie RN ait rouvert ce dossier. Il était temps, et le financement d’une étude par le cabinet Hemis Amo, spécialisé dans la maîtrise d’ouvrage, pour en préciser les contours et en déterminer l’implantation, n’est que dans l’ordre naturel des choses. Mais rien n’est simple, même en matière de santé. La mairie de Moissac veut récupérer les lieux pour un euro symbolique. L’hôpital qui en est le propriétaire demande plus de 700 000 euros pour la transaction. Autant dire que le maire de Moissac qui est aussi président du Conseil de surveillance du CHIC devra se montrer persuasif pour amener le directeur à résipiscence. Il devra, c’était le sens de la motion votée le 26 novembre, convaincre aussi Dominique Briois, nouveau président de la com-com « Terres des Confluences, de casser sa tirelire et d’inscrire le projet dans son plan pluriannuel d’investissements. 

Les deux hommes se sont vus, mais rien n’est sorti de l’entrevue. Ne restait plus au maire de Moissac, qui est pourtant vice-Président de la Com-com, qu’à dramatiser la séquence, qu’à jouer à monsieur muscles devant une presse esbaudie. En fait, cette motion est une munition à fragmentation. Elle vise à montrer que le fauteuil de maire n’endort pas les ardeurs militantes de l’élu RN. Et elle apparait comme une mise en demeure des partenaires intercommunaux de Moissac, d’autant que le maire est déjà en campagne pour les élections départementales de juin prochain. On verra bien d’ici janvier si les élus communautaires ont pour le jeune edile RN, les mêmes attentions, la bienveillance un brin cynique dont il a bénéficié jusqu’ici. Mais comme dit le proverbe, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. En l’occurrence Moissac est en manque. Il est urgent de faire aboutir ce projet de maison de santé.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.