4 milliards pour rien?


Si le gouvernement espérait des louanges, il en est à l’évidence pour ses frais. En l’occurrence près de 4 milliards promis à 38 millions de personnes. 100 balles comme disent les jeunes, offerts à toutes celles et tous ceux qui perçoivent moins de deux mille euros nets par mois. Y compris les étudiants boursiers. Voilà donc une mesure sociale, ciblant les plus en difficulté ! Que nenni s’égosille aussitôt le carré des gauches qui dénonce en vrac l’effet de seuil, l’effet d’aubaine, et même l’effet tout court. Des seuils, sauf à filer le chèque à tout le monde (et où commence le tout le monde ?) il y en a eu et il y en aura toujours. Des aubaines aussi. Après tout si le retraité sans bagnole en profite pour s’offrir une sortie TGV où est le problème ? A moins que les grèves n’empêchent les trains de circuler. Quant à l’effet, 100 balles, ce n’est pas le Pérou, mais c’est mieux que rien, d’autant que ce chèque s’ajoute à d’autres chèques, énergie, rentrée scolaire, prime d’activité, ou encore prime dite Macron dans les entreprises. Sans oublier l’augmentation de 30% du complément mode de garde pour les familles monoparentales, l’année blanche avec maintien intégral des prestations pour les intermittents du spectacle, la création du pass culture, du pass sports pour les jeunes, du repas à 1 euro pour les étudiants boursiers…

Il faut et je sais que c’est difficile, même pour un militant bien intentionné, pour juger de l’action du gouvernement en matière de pouvoir d’achat, prendre en compte l’ensemble des dispositifs qui ont été mis en place cette année ou l’année précédente. Il y a les chèques, il y a aussi et surtout des mesures plus structurelles. Suppression des cotisations chômage et maladie pour les actifs ; suppression de la taxe d’habitation pour 80% des Français, 100% en 2023 ; baisse de l’impôt sur le revenu pour 18 millions de contribuables ; augmentation des rémunérations pour les enseignants, les policiers, les personnels médicaux ; défiscalisation des heures supplémentaires ; soutien aux revenus des agriculteurs ; aides massives aux commerçants et indépendants,  remboursement intégral des prothèses dentaires, auditives ou de vue… Et j’en oublie !

La dentelle ou le symbole

C’est bien là une des difficultés de la méthode Macron : le discours, la mise en récit de ses actions ! A la dentelle, destinée à des publics divers et variés, l’opinion sans distinction d’appartenance, préfère les mesures symboliques qui parlent aux imaginaires, qui s’inscrivent dans une lecture univoque de l’histoire. On convoque les mannes des grands ancêtres pour juger de la pertinence et de l’efficacité des politiques actuelles. On veut du lourd, du spectaculaire !

Bien sûr, les oppositions qui n’ont jamais rien proposé depuis le début de la crise sanitaire n’ont pas tout à fait tort quand elles dénoncent des « chèques de campagne » Mais les Français doivent garder en mémoire que c’est ce président, ce tenant affirmé de l’économie de marché qui a osé le « quoi qu’il en coûte », qui a convaincu nos partenaires européens, et notamment l’Allemagne, de s’affranchir des dogmes libéraux, de construire une riposte massive et coordonnée à la crise. De faire de la dette, un outil de reconstruction nationale, de reconquête de notre souveraineté industrielle. On commence à en toucher les dividendes, il suffit de voir la situation de l’emploi et la confiance des investisseurs à l’égard de la France !

La dette, la dette

La dette, personne au gouvernement, et surtout pas E Macron, n’a l’intention de s’en exonérer. Mis à part ceux, les deux extrêmes de l’arc politique, qui tout à leur propagande, professent qu’il faut refuser de payer, il y a consensus au sein des partis de gouvernement. Y compris chez LR qui ferait donc mieux de mettre un bémol sur la question. Mais à six mois de l’élection présidentielle, les vieux démons prennent le dessus. Toutes les mesures d’accompagnement social et de soutien à l’activité économique leur paraissent juste des cadeaux électoraux. Et trop pressés de les dénoncer, droite et gauche en viennent à brouiller complètement leur message.

Le chèque ou la taxe

La séquence du « chèque pouvoir d’achat » en est un exemple caricatural. On sait que sur le sujet le gouvernement a beaucoup hésité. Le chèque n’est pas le meilleur choix, c’est le moins mauvais, si l’on veut articuler mesures sociales et mesures climatiques. Et c’était bien la difficulté. Baisser les taxes sur les carburants fossiles, comme le réclament encore, gauche, droite et même écolos, c’était faire plaisir au consommateur et ruiner d’un seul coup d’un seul tous les efforts pour sortir le plus rapidement possible de notre dépendance à ce type d’énergie. C’était s’interdire de fait tout retour en arrière, quand, dans quelques semaines ou dans quelques mois, le marché des carburants se détendra. En l’occurrence, tous les contempteurs de Macron, socialos, insoumis, écolos, feraient bien de se mettre au clair avec eux-mêmes. Mais le peuvent-ils, en sont-ils capables ? On ne peut le dimanche demander la baisse des taxes, au risque d’ailleurs de creuser un peu plus la dette, et la semaine, dénoncer Macron et sa politique environnementale. Le combat politique, sauf à risquer d’y perdre son âme, n’autorise pas tous les reniements, toutes les contorsions. Car au final, c’est la démocratie qui a le plus à y perdre!

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