Cherche médecins désespérément


Et voilà. La décision de l’ARS est tombée encore plus vite que prévue. Finies à partir du 1° décembre, les urgences de nuit à Moissac, et ce pendant deux mois ! Après, l’ARS affirme qu’elle fera le bilan. Lequel ? Du nombre de malades ou de blessés qu’il aura fallu amener à Montauban ? Du nombre de médecins qui auront refusé de prendre un des postes vacants, ou d’assurer un remplacement en dépit des sollicitations ? On ne sait pas bien, mais il est à craindre que cette période dite de test, se conclut par la disparition définitive des urgences de nuit. La cause serait-elle entendue depuis longtemps?

Le facteur humain

En fait, le problème de Moissac, c’est le facteur humain. Nous devons affronter une pénurie de médecins et de personnels de soins qui affecte durablement le territoire. Au premier chef ce qu’on appelle la médecine de ville. Je fus un des premiers ici à m’alarmer du manque de médecins, de l’apparition de ces déserts médicaux où les cabinets ferment les uns après les autres, au fur et à mesure que les praticiens partent à la retraite. Et rien n’y fait. Ni les aides publiques, ni les structures nouvelles, comme les maisons de santé. Affaire de génération entend-on ici ou là! Sauf exception, la profession, corsetée par un numérus clausus désormais partiellement levé, boude les zones rurales, privant ces populations de leur médecin de famille. Du coup, nombre de patients n’ont pas d’autre choix que d’en appeler aux urgences qui doivent assurer tout à la fois les consultations courantes et les interventions de première nécessité. Mais sous tension, le service des urgences, l’hôpital en général, n’échappent pas aux difficultés du secteur de la santé et ce en dépit du renfort des internes. La profession de médecin hospitalier n’attire guère plus que celle de médecin de campagne. Il faut dix ans pour former un médecin, c’est dire que nous risquons de crier misère pendant quelques années encore.

L’effet Rist

Le Ségur de la santé a pourtant décidé pour les hospitaliers des revalorisations salariales trop longtemps attendues. Le Ségur régional a acté 2,8 millions d’euros pour la rénovation du plateau technique de l’hôpital de Moissac. Le service des urgences a été profondément modernisé pour mieux répondre aux besoins des quelque 80000 personnes du bassin de vie de l’ouest de notre département. L’outil de travail est donc opérationnel. Et pourtant il ne parvient plus à trouver des médecins remplaçants ! Certains, parmi les cadres hospitaliers de Moissac avancent une explication : la loi Rist du nom d’une députée de La République en Marche. Cette loi impose un encadrement des salaires des intérimaires au sein de l’hôpital public. Il faut dire que ça dérapait de toute part : 2000, jusqu’à 4000 euros pour 24h de remplacement! Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, était favorable à la loi. Mais devant la levée de bouclier des médecins concernés, et leur fuite immédiate vers le secteur privé, l’application de la loi a été reportée à 2022. On verra à la fin de l’année si ce moratoire aura eu quelques effets sur la situation. La décision de l’ARS, sincère ou pas, à coup sûr, procède en ce qui concerne Moissac de cette attente. Pour autant, rien ne sera réglé. « Il y a sans doute à travailler à une charte avec l’Ordre national des médecins, avec les sociétés d’intérim pour qu’elles respectent le cadre réglementaire » ajoute Frédéric Valletoux qui pointe du coup l’incurie de l’Ordre. Mais l’état a aussi sa part dans le désordre ambiant qui n’a pas su, ou pas voulu toucher au secteur privé. Notre système qui fait coexister, parfois difficilement, la médecine libérale, la médecine hospitalière publique et la médecine hospitalière privée s’avère perclus de rhumatismes, la pandémie Covid en fut dès le début une triste illustration.

Imagine

Donc Moissac cherche médecins désespérément ! En attendant des jours meilleurs et un changement des vents générationnels, élus et responsables professionnels ne sauraient rester les bras ballants De nombreux dispositifs d’aide aux études (sous forme de bourses) ou d’incitations à l’installation (aides directes, Maisons de santé, Centre de santé) existent déjà. Ils ne donnent pas toujours les résultats escomptés. D’autres dispositifs sont envisageables comme celui de Gaillac dans le Tarn. Il faut faire preuve d’imagination et développer les coopérations à travers les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Par ailleurs, Moissac peut, sans renoncer à son domaine de compétence actuel, revendiquer le label « Hôpital de proximité » qui concrétise l’engagement à s’inscrire dans un projet collectif de territoire, avec des actions de prévention et d’expertise.

Ce n’est pas le moment de désarmer nos services hospitaliers, obligés de compenser les défaillances de la médecine de ville. Ce n’est pas le moment de réduire la voilure dans les services hospitaliers. Plus que jamais, la population de nos territoires a besoin de l’hôpital public, d’un maillage susceptible de répondre aux besoins, d’une organisation au sein du GHT (groupement hospitalier de territoire) qui permettent la mobilisation la plus efficiente des moyens. L’ARS et les directions des centres concernés, le département et la Région Occitanie ne peuvent se soustraire à leurs responsabilités.

 

 

 

 

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