Professions de foi


Nous avons tous reçu ce qu’il est convenu d’appeler les « professions de foi ». Douze pour le premier tour de cette présidentielle, quatre pages grand format et photos couleurs. Et me revient en mémoire une expression un peu désuète et pourtant souvent usitée : faire profession de foi ! Les linguistes pressés y verront une sorte de métier au service d’une croyance. En fait, l’expression est plus subtile. Elle vient du verbe latin « profiteor » qui peut être compris comme déclarer, mettre en avant. Et du nom commun « fides » qui ne veut pas dire foi, mais confiance.

Ainsi, nos candidats déclarent-ils leur confiance à la face du monde. Confiance en qui ? En eux-mêmes bien sûr. Il suffit de regarder leurs photos : portraits serrés, sérénité bienveillante que souligne le plus souvent un sourire discret. Confiance aussi dans leur message, et là encore la photo, le décor, les couleurs donnent le ton, inscrivent le candidat ou la candidate dans un récit qui emprunte autant à l’imaginaire qu’aux symboles de la grande et de la petite histoire de la France et des Français.

Cette année, et très majoritairement, les candidats, comme les candidates regardent, pour reprendre l’expression chère à Valery Giscard d’Estaing, la France au fond des yeux. Regards appuyés, allumés d’une intelligence qui se veut modeste, ici tout est dit ou presque de cette relation particulière, singulière qu’ils cherchent à nouer avec les électeurs. Comme un dialogue muet autorisé par ce tête-à-tête épistolaire, sous-titré le plus souvent par une formule lapidaire, énigmatique parfois ! Et puis, il y a les autres, moins nombreux, plus rebelles certainement, qui photographiés de trois-quarts face, regardent au-delà des électeurs, ailleurs, vers un ailleurs que précise un slogan, une sentence. On sent bien qu’il y a dans cette posture comme un brin de nostalgie, de ce temps où les lendemains chantaient. Forcément ! Certains en tirent une sorte de gravité, de solennité, quand d’autres semblent s’en amuser, y trouver une certaine jubilation. Mine de rien, ces petits portraits format A4 nous révèlent des personnages habités par une rhétorique et un imaginaire qu’ils convoquent à gros traits pour mieux convaincre des électeurs zappeurs qui ont désappris le choc de la photo.

Mais au-delà du récit qu’elle compose, la photo c’est aussi une esthétique, une manière de jouer avec les formes, avec les couleurs, avec la lumière. Et là encore les différences sont notables. Au-delà des lectures partisanes, force est de constater que certains paraissent à la peine. Je ne parle pas des candidats de deuxième ligne, ceux qui, élections après élections, font de la figuration et semblent s’en contenter, car, finalement, faisant grand usage de la couleur rouge, ils ne se sortent pas si mal de l’exercice. Et puis, à l’autre bout de l’arc politique, il y a le candidat aux airs d’évangéliste, un brin patelin, quand un autre venu du terroir semble se dissoudre dans un improbable brouillard gascon.

Et puis que dire de ce crash tout aussi politique qu’artistique ? De cette candidate à l’avenir incertain, qu’un photoshop débutant a réduit à un personnage de mauvais roman photo ? Lui ne sourit pas. Gros plan sur un visage coupé en deux, tourné vers du vert, et qui fait mentir le « faire face » du slogan. Le voilà qu’il veut s’imposer, sans ménagement ! Comme le dérèglement climatique ! La dame du faire n’a décidément rien de madame Thatcher. Un air de bonne famille, un regard un peu perdu, un « bon chic, bon genre » façon Desperate housewives. Et le sentiment que l’ensemble sonne faux. Pour avoir l’air plus vrai que vrai, obliger le lecteur à plonger dans ses yeux, il s’est fait retoucher le portrait. Presque trop ! Le zoom en gomme les contours, en pixellise l’image, jette un voile de gaze sur ce visage d’une sorte de grand-père étrangement rassurant. Faut-il y voir un art de la contrefaçon ?

Il a fait de l’insoumission son fonds de commerce. Il aime la harangue. Ça se voit. Photo un brin rajeunie sur demi-page, puis du texte, plein de texte. Ici on ne cherche pas la séduction, on ne cède pas à la tentation Harcourt. La banalité vaut vertu, érigée en esthétique politique. Celle d’un autre monde ! Sont-ils du même monde les deux derniers personnages de cette galerie éphémère ? L’un est couché, c’est une expression d’imprimeur, sur papier recyclé. L’autre pas ! Lui apparait devant des gens qu’on devine jeunes. La photo de studio affiche la couleur : bleu marine. Regard lumineux, casque blond éclairant un visage lisse dont quelques ridules ne parviennent pas à trahir l’âge réel. Tout n’est ici que calme, velouté, maquillage et univers de papier glacé!  Lui, il aime parait-il cette photo ! Il est vrai qu’elle ne le dessert pas : lumière douce qu’on veut croire sans artifice, naturel du personnage affiché sans affèterie, vérité d’un cliché dont la qualité technique le dispute à l’expressivité. N’en déplaise aux détracteurs du candidat, la photo est bonne, image d’une maturité qui n’a rien perdu du charme de sa jeunesse. Il y a là quelque chose de « la force tranquille » chère à un autre grand président : François Mitterrand.

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