La santé bat en retraite


Bien sûr il y a la question des retraites. Faut-il retarder l’âge de départ, allonger la durée de cotisations, chambouler le système pour le rendre plus juste, plus simple ? Faire une réforme systémique ou simplement une réforme paramétrique, en clair une réforme comptable ? Bien sûr il y a la question des indemnités de chômage, que le gouvernement veut adapter à la situation de l’emploi, à la réalité économique du pays. Ces deux volumineux dossiers, régulièrement réouverts et jamais réellement refermés, suffiraient à eux seuls à plomber l’ambiance de ce début d’année. Syndicats et oppositions en ont fait leur cheval de bataille et promettent, si le gouvernement s’obstine, de mettre le peuple dans la rue et le pays en panne.

La nouvelle année commence donc sous d’inquiétants auspices, annonçant un pays déchiré, cambré dans le refus aveugle de toute réforme, incapable de faire face, collectivement, aux défis redoutables que la pandémie Covid, la guerre à nos portes, et le grand chamboulement des économies mondialisées viennent de nous imposer. On pourrait en prendre son parti, s’y résigner une fois encore voyant dans cette rébellion rampante la manifestation de l’esprit français. Certes ! Mais le malaise semble plus grand, plus profond, plus générationnel diraient les sociologues.

Il a un nom : l’individualisme. Un individualisme forcené qui met aujourd’hui à mal le fragile équilibre de la société. Je n’évoque que pour l’anecdote l’explosion des revendications catégorielles, des colères plus ou moins justifiées de boutiquiers. Dans les télés et sur les réseaux sociaux, c’est quotidiennement le grand débondage. Tout n’est plus que cris et énervements. Menaces et chantages. Les lois, les accords souvent laborieusement tricotés entre partenaires sociaux sont foulés au pied par ceux-là même qui les avaient réclamés et obtenus. Qu’on se souvienne de la grève des raffineries alors qu’un accord majoritaire censé régler le conflit social avait été signé !

Voilà un pays qui affiche encore un chômage conséquent quand les entreprises, tout secteur confondu, ne trouvent personne à embaucher. Paradoxe français ! Conditions de travail, rémunérations insuffisantes, efficacité de notre protection sociale, les raisons invoquées sont multiples et contradictoires, mais ne suffisent pas à expliquer le phénomène. La situation de notre système de santé, sa médecine libérale en sont l’illustration caricaturale. Nos hôpitaux sont au bord de l’asphyxie. Congés maladie en rafale, démissions par paquets, les postes vacants ne se comptent plus. Le Ségur de la santé qui a mis sur la table plus de 17 milliards pour améliorer l’ordinaire des soignants n’a pas inversé le cours des évènements. Où est le problème ? Faut-il chercher des solutions locales, s’affranchir de règles trop rigides parce que nationales ? Et comment articuler cela avec un plan d’ensemble revendiqué à cor et à cris par ces professionnels ?

En attendant, l’hôpital crève de soif au sein de véritables déserts médicaux. Le monde rural n’est plus le seul concerné. Les villes découvrent le problème. Les médecins libéraux, qui avaient érigé le numérus clausus en muraille de Chine sont de moins en moins nombreux. Et ceux qui restent, une majorité d’entre eux, revendiquent les 35 heures, l’alignement pur et simple sur le monde salarial. Stupéfiant ! La galère pour les patients ! Et quand il n’y a plus de médecin au numéro que vous avez demandé, il reste une seule solution : les urgences de l’hôpital. C’est le serpent qui se mord la queue.

Pour susciter des vocations de médecin de campagne, nombre de communes ont investi massivement dans les maisons de santé. Services administratif communs, équipe médicales et para médicales sur le même plateau, loyers modérés, voire gratuits, la liste des avantages est impressionnante. Mais apparemment insuffisante ! Les médecins ne se pressent pas au portillon, sans parler des internes qui ont refusé tout net de consacrer une ou deux années de leur activité dans les zones dites en tension. Les médecins sont-ils coupables d’abus de position dominante ? Dans ce système libéral où toute organisation, toute répartition de l’effort, toute planification sont vécues comme une intolérable contrainte, la santé, comme dans une certaine mesure l’éducation, ne peuvent relever du seul bon vouloir de chacun. Faire société, c’est accepter des règles, s’inscrire dans un projet collectif qui comporte des contraintes mais offre aussi des compensations. Et quand l’individualisme consumériste refuse d’y prendre spontanément sa part, c’est à l’état de prendre la main, d’assumer son pouvoir régalien.

 

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