Dossiers chauds de fin d’année

La situation de l’hôpital de Moissac fournit matière à un feuilleton, qui selon la loi du genre, connaît des hauts et des bas, courtes tempêtes et longues accalmies. La proximité des municipales oblige les acteurs principaux à forcer la cadence. C’est ainsi qu’à peine digéré le réveillon de Noël, le maire de Moissac annonce, qu’avec ses collègues du secteur, il va écrire à l’ARS (l’agence régionale de santé) pour demander qu’il soit fait droit à la revendication moissagaise : un chirurgien viscéral à demeure dans le CHIC ! A l’issue de la dernière entrevue avec le directeur départemental de la santé, on croyait l’affaire pliée, pas de communiqué, pas de déclaration publique pour s’insurger contre le dispositif de l’administration (voir ici la relation de cette réunion). C’était probablement mal connaître notre premier magistrat, il est vrai vertement sommé dans un courrier rendu public par l’un des chirurgiens de l’hôpital de « réagir immédiatement ».

Le maire qui doit décidément sur cette fin de parcours gérer les couacs de son équipe, avait dû aller au charbon pour s’opposer à un avis de la CDAC (commission départementale d’aménagement commercial) favorable à l’agrandissement du supermarché Leclerc de Castelsarrasin. Alors que sa première adjointe avait en effet voté pour ce projet, J.M. Henryot s’est vu obligé d’aller jusqu’à Paris, plaider la cause inverse devant la commission nationale. Il faut dire qu’entre temps les commerçants avaient fait connaître leur désaccord, dénonçant les incohérences de la politique locale. Moissac bénéficie en effet du dispositif « Bourg centre », et a obtenu de l’état (FISAC) près de 30 000 euros de subventions pour aider au maintien des commerces de proximité. Comment dès lors la première adjointe peut-elle accepter les yeux fermés l’extension des surfaces commerciales de périphérie dont on mesure aujourd’hui la responsabilité dans la désertification des centres-villes ?

Les temps difficiles

Marché pluvieux dimanche matin. A Moissac l’année se termine maussade, poisseuse, incertaine. Des fantômes de candidats à la municipale déambulent entre les étals, soucieux de ne pas écorner cette période de trêve de Noël. Les affaires sérieuses, c’est pour après, en 2020. Pour l’instant chacun se compte et les Moissagais s’interrogent : combien de listes, et avec qui ? Certains, à droite comme à gauche sont déjà sortis du bois, timidement, presque à reculons. D’autres attendent, interrogent les augures.  Mais tout ce petit monde, le monde politique, s’agite en coulisse, à la recherche du ou de la candidate idoine. Ce marché est depuis longtemps ouvert et les tentatives de débauchages sont légion. Mais chacun prend soin d’avancer avec Moissac pour seul drapeau. Le RN lui même a mis sa flamme sous l’éteignoir. Municipales obligent ! Il faut dire qu’en la période les porteurs d’étendards ne font guère recette. Les candidats à la candidature ne sont pas légion. Bref comme dirait Léo Ferré, « les temps sont difficiles ».

Pour le gouvernement aussi qui a du mal à convaincre avec son projet sur les retraites après deux ans de consultations, d’études, de négociations, de déclarations, parfois contradictoires. L’intention était certainement louable, mais elle a au final produit les effets contraires aux effets escomptés. Pensé pour rassurer, le projet inquiète. Conçu pour expliquer, le projet embrouille. Et le projet s’enferre, sur la pénibilité et sur l’âge pivot, l’âge de départ à taux plein. Sur ces deux questions, le premier ministre serait bien avisé d’offrir aux syndicats réformistes une porte de sortie. La CFDT qui ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, n’attend que ça ! Avec raison, car un système universel de retraite, pour les salariés comme pour les indépendants, constitue un indéniable progrès social qui oblige, on le voit bien avec les enseignants, à remettre à plat les carrières et à revoir les rémunérations. Mais on pourrait aussi parler des pensions dont les minima dépasseront les mille euros nets, ou encore de la situation des femmes qui aujourd’hui perçoivent des retraites inférieures de 42% en moyenne à celles des hommes et qui verront, si la réforme est votée, leur situation s’améliorer considérablement.

On pourrait ainsi multiplier les exemples. Peine perdue ! On baigne en plein irrationnel. Tout devient suspect aux yeux de l’opinion, la parole des ministres comme les rapports techniques et officiels! Le pouvoir, parce qu’il est le pouvoir, n’est, par essence, que sournoiserie et perversité. Il ne saurait donc en être autrement quand il tente de réformer. Drôle d’époque dont la crise dite des « gilets jaunes » avait fourni une éclatante et inquiétante illustration. Pour autant, ce pays nous a aussi appris à ne pas désespérer. Il en va de ces crises sociales à répétition comme d’une catharsis collective, un passage obligé pour tout changement, pour toute évolution. Cela fait de la France un pays singulier.

Un cop pour RIEN

La COP 25, vous savez ce machin qui se passait à Madrid, faute d’avoir pu se tenir au Chili, ce machin qui réunit tous les ans la plupart des pays de la planète pour discuter des mesures à prendre pour freiner le dérèglement climatique, ce machin donc a accouché… de RIEN. « La maison brûle » disait Jacques Chirac… et les pompiers jouent aux cartes, au poker menteur.

Il est proprement révoltant de constater que les principaux responsables de la situation, les Etats-Unis en tête, qui vont d’ailleurs quitter la COP en 2020, ne veulent pas entendre le cri de la terre, voir l’accélération dramatique d’un processus qui va nous rendre notre planète étrangère,  pire hostile : montée des eaux, inondations, tempêtes, fonte des glaces, disparition de la biodiversité…

Seule l’Europe, et c’est heureux, semble vouloir redoubler d’efforts, à l’exception de la Pologne. Efforts insuffisants certes au regard de la situation, mais néanmoins notables quand la Chine, le Brésil, les USA et bien d’autres n’entendent pas réviser leurs politiques. Et pourtant, on SAIT, que même en réduisant drastiquement nos émissions de carbone, la température continuera d’augmenter pendant plusieurs décennies encore. L’humanité, une bonne partie d’entre elle, a sombré dans une mégalomanie destructrice, un aveuglement meurtrier.

Comparés à ces enjeux, nos bisbilles sur la retraite, les débats autour du brexit, le terrorisme islamiste et même les conflits régionaux ne sont que roupie de sansonnet. Sur la question du climat, il faut une mobilisation mondiale des opinions publiques. Mais comment faire taire les égoïsmes nationaux, avoir raison des corporatismes de tous poils ? Vaste question, abyssale interrogation à laquelle rien, ni personne aujourd’hui ne semble en mesure de répondre. Aux nombreuses raisons de désespérer de l’homme, s’ajoute maintenant celle-ci. Joyeux Noël les terriens !

Pour ceux que cela intéresse, on peut lire ici le rapport que j’ai rédigé pour le CESER   climatV5   sur les défis du changement climatique en Occitanie.

Hôpital: en observation!

Une pétition rassemblant plus de 2500 signatures, une mobilisation massive de la population au cours de deux réunions publiques, la montée au créneau des élus, à Moissac comme à Castelsarrasin, n’ont pas eu raison du dispositif imaginé par l’ARS (Agence régionale de santé). Le poste de chirurgien viscéral laissé vacant à la mort du docteur Lemaire, ne sera pas pourvu.

Pour autant, Moissac continuera à faire de la chirurgie viscérale, du lundi au jeudi, avec le concours de 5 chirurgiens montalbanais qui interviendront à tour de rôle. Le week-end, les urgences digestives seront dirigées vers Montauban. L’ARS estime que ce dispositif permettra de maintenir l’activité du plateau de Moissac, et d’en améliorer la technicité avec la présence de chirurgiens issus du CHU de Toulouse. Et pour couper court aux doutes sur l’efficacité du système, les autorités hospitalières se sont engagées à dresser avec le collectif de défense du CHIC, un bilan d’activité tous les mois.

C’est la moindre des choses, car les chiffres pour l’instant ne plaident guère en faveur de cette organisation : du 14 octobre à aujourd’hui, le docteur Bécade a pratiqué quelque 42 interventions, quand ses confrères Montalbanais n’en ont fait que 10. Il y a donc là une sérieuse marge de progression.

A défaut d’avoir obtenu satisfaction sur le comblement à Moissac du poste de chirurgien, la mobilisation a obligé l’ARS à abattre son jeu, une transparence bienvenue au moment où les doutes alimentent les rumeurs les plus folles. Cette mobilisation a également arraché des engagements précis, qui seront vérifiés au fil du temps, l’ARS acceptant de fait un contrôle citoyen sur l’activité de l’hôpital. C’est toujours ça de pris, même si vous en conviendrez avec moi, rien n’est définitivement acquis. D’autres initiatives, d’autres mobilisations nous attendent. Après les élections !

Hôpital: ne pas perdre de vue l’objectif!

Après Moissac, le Comité de défense de l’hôpital a réuni près de 400 personnes à Castelsarrasin. Une salle qui a manifesté à plusieurs reprises sa mauvaise humeur à l’encontre des élus, accusés de ne pas faire assez en faveur de l’hôpital. Même le Comité de défense en a pris pour son grade au point qu’on peut se demander si à vouloir jeter ainsi l’équipage par-dessus bord, les passagers ne risquent pas bientôt de se retrouver à bord d’un bateau ivre. L’avenir de l’hôpital peut-il s’accommoder de querelles subalternes, de petits règlements de comptes, de postures opportunistes qui nuisent plus à la cause de la santé qu’à la réputation de leurs auteurs ?

Car en fait de quoi s’agit-il ? Rien de moins, rien de plus que de faire en sorte que la chirurgie digestive à Moissac soit tenue par un chirurgien, présent à plein temps sur le site, afin de répondre aux besoins du territoire et de rassurer les médecins de ville et leur patientèle. Tout le reste n’est qu’effets de manche ou postures politiciennes dont Moissac n’a pas vraiment besoin. Chacun qui a eu à gérer de telles situations, sait bien qu’à vouloir embarquer une mobilisation citoyenne sur des objectifs de politique nationale, on la pousse dans l’impasse et la condamne à l’impuissance.

Ce mardi 3 décembre, le directeur de l’hôpital de Moissac avait rendez-vous avec le maire, le Comité de défense et des représentantes du personnel. Apparemment, il n’est rien sorti de cette entrevue, si ce n’est la confirmation d’un processus en cours : le poste de chirurgien est confié à la fédération des chirurgiens digestifs de Tarn et Garonne qui assureront à tour de rôle des vacations dans l’établissement de Moissac. Tout au plus a-t-il été concédé un petit allongement de leur présence hebdomadaire, mais week-end exclus. Apparemment, le GHT, le groupement hospitalier de territoire qui prévoit, des complémentarités entre l’hôpital de référence, Montauban, et ses satellites, est en place. Mais naguère occasionnelle, la pratique du renfort a débouché, en catimini, sur une réforme de structure et ce depuis le décès il y a plus d’un an du docteur Lemaire. Personne, ni les représentants du personnel, ni les élus qui siègent dans les instances de contrôle, ne semble avoir eu vent de ce tour de passe-passe. Et pourtant, le poste de chirurgien digestif a bel et bien disparu des organigrammes de Moissac. Envolé sans laisser d’adresse ! Dans le même mouvement, naissait en plein cœur de l’été, sur le modèle du service départemental des Urgences, une fédération de chirurgiens digestifs, physiquement installée à Montauban, et instrument d’intervention du GHT. C’est cette fédération, ses 5 chirurgiens, qui sont aujourd’hui en capacité de pratiquer à Moissac

Cette situation est hélas invivable. Ces jours derniers, les personnels soignants du bloc opératoire ont pu dire leur désarroi, leurs inquiétudes devant la baisse d’activité consécutive à cette nouvelle organisation. Là encore, il s’agit de vécu, car de chiffres il n’y a pas ! la direction de l’hôpital ne communique pas. Vécu encore, l’histoire de ce patient opéré dans la journée et conduit le lendemain à Montauban parce que le chirurgien de service à Moissac ne voulait pas se substituer à son confrère. Pas besoin d’être expert pour comprendre que cela fait peser une menace sur la pérennité du service, voire du secteur chirurgie tout entier.

Il faut donc redresser la barre, vite et bien. Fort de la mobilisation populaire, le Comité de défense qui a par ailleurs lancé une pétition, a demandé à rencontrer en urgence les directeurs du GHT et de l’ARS (agence régionale de santé) Avec une seule revendication : un chirurgien digestif à Moissac, ce qui permettrait de retrouver nos capacités initiales dans ce secteur, soit un poste et demi de chirurgien. Mais il y a fort à parier que pour faire entendre raison aux décideurs, une nouvelle mobilisation citoyenne ne sera pas de trop.

Cette crise, presque cyclique, il y a trois ans l’orthopédie était menacée, n’est pas bonne pour notre hôpital. Elle risque d’en écorner l’image et donc de détourner les patients vers d’autres structures hospitalières, voire vers les cliniques privées. C’est pourquoi, il faut lui trouver rapidement une issue. Rassurer malades, personnels soignants et médecins de ville. Leur concours est absolument nécessaire. Il faut les convaincre, si certains venaient à en douter, de la qualité de nos services hospitaliers. A cet égard, une journée portes ouvertes sur l’hôpital, pourrait fédérer et enrôler dans ce noble combat, l’ensemble des acteurs de la santé sur le territoire.

Hôpital: l’heure de la mobilisation

Signez la pétition du Comité de défense en cliquant ICI

 

Si les directeurs réunis de l’ARS (agence régionale de la santé) de l’hôpital de Moissac, et de l’hôpital de Montauban n’ont pas compris le message, c’est qu’ils sont aveugles. Près de 600 moissagais, réunis dans la salle Confluence ont dit leur attachement au CHIC, le centre hospitalier intercommunal. Ils l’ont dit presque silencieusement, avec une détermination palpable et attentive, opinant aux propos des différents orateurs qui toutes et tous ont demandé le maintien de la chirurgie digestive et par voie de conséquence le recrutement d’un chirurgien. La demande n’est pas exorbitante, le poste existe et attend d’être pourvu.

Ce lundi soir, les élus, les syndicalistes de l’hôpital ont fait le procès du GHT (groupement hospitalier de territoire), une structure censée créer des synergies entre les deux entités de Moissac et Montauban, et qui chez nous, dans ce bassin de population de 80000 personnes, n’a rien organisé, sinon l’affaiblissement de notre hôpital, sa lente déréliction. Créés en 2016, les GHT, il y en a 14 en Occitanie, fonctionnent plutôt correctement, sauf ici en Tarn et Garonne. C’est à se demander si nous ne sommes pas victimes d’une sorte de malédiction, voire d’acharnement. Déjà en 2015 l’alerte avait été chaude et la mobilisation de tous, personnels, population et élus, avait permis de sauver l’orthopédie et donc une bonne part de l’activité de l’hôpital.

Il y a eu très peu de questions dans la salle, dont l’inquiétude muette, a, et cela était clair, donné mission aux élus de trouver une solution, d’organiser la riposte, y compris en occupant l’ARS à Toulouse. Il ne faut pas attendre, c’est sûr!. La situation financière de l’hôpital se dégrade, pour partie en raison d’une notable baisse d’activité. Il est vrai que la T2A, la tarification à l’acte a mis les hôpitaux dans l’obligation de faire du chiffre. Pour Moissac, c’est encore pire. Faute de chirurgien viscéral à demeure, faute de pouvoir compter sur les chirurgiens montalbanais qui semblent prendre les choses avec grand détachement, le service chirurgie viscérale voit son chiffre d’affaire baisser dangereusement et entraîner dans sa dégringolade d’ autres services.

Une nouvelle réunion publique aura lieu la semaine prochaine à Castelsarrasin pour affirmer, s’il en était besoin, l’intérêt territorial de ce CHIC. Si malgré cela,  l’ARS ne prend pas ses responsabilités, nous devrons, tous ensemble, la forcer à réagir. C’est pourquoi, il faut maintenir, amplifier encore la mobilisation de la population tout en se préparant au bras de fer. Nous ne céderons rien!

A la tribune, JP Nunzi président du Comité de défense, Jean Philippe Besiers et JM Henryot, les maires de Castelsarrasin et de Moissac, Bernard Garguy, président de la Communauté de communes, le sénateur F. Bonhomme et les représentantes des personnels de l’hôpital.