Dissidences au Conseil municipal

C’est comme dans le Tour de France, l’équipe du maire de Moissac connaît ses premiers abandons, révélant du même coup le blues des porteurs d’eau. Le dernier à rendre le maillot cause sans retenue. Dans un entretien à la Dépêche du Midi Bernard Mouillerac livre sa vérité, qui nonobstant la subjectivité qui s’attache à l’exercice, éclaire d’une lumière crue l’exercice du pouvoir par le premier édile moissagais.

On s’en doutait, on en a maintenant confirmation : l’équipe municipale tient, à quelques exceptions près, d’un rassemblement de bricolos enrôlés pour les besoins de la cause. Le conseiller aujourd’hui démissionnaire aurait été recruté in extremis à la veille du dépôt des listes pour remplacer un candidat qui ne payait pas d’impôts à Moissac. Voilà qui promettait le carton rouge!  Assigné d’entrée de jeu à un rôle de figurant (« tu assistes au conseil et tu ne dis rien ») Bernard Mouillerac est bientôt chargé du foncier, compte tenu paraît-il de son expérience professionnelle. Et là encore patatras !  Rien ne se passe comme l’agent immobilier l’imaginait. « Des incompétents et des menteurs ! » clame-t-il aujourd’hui. La découverte est tardive mais elle ne procède pas du seul ressentiment.

On savait en effet que cette équipe municipale, à quelques exceptions près, ne brillait pas par ses talents. On découvre maintenant que son patron impose un règne sans partage. Pas une tête ne doit dépasser. Silence dans les rangs ! Sois présent et tais-toi ! Et si par hasard tu as des états d’âme lors d’un vote, tu peux toujours prétexter un besoin pressant et partir aux toilettes. Bel exemple de démocratie ! Et pour couronner le tout, on découvre cette équipe vénale. Si l’on en croit le dissident, d’autres élus seraient au bord de la démission, empêchés de passer à l’acte par la perspective de perdre leur rétribution. 

 

 

Le RN prend la 2° circo

Le pire n’est jamais sûr. Mais il était prévisible. Au vu des résultats de la présidentielle dans la 2° circonscription du département, au vu de la campagne électorale, nationalement apathique, localement invisible, au vu des réactions de la concurrence du premier tour… Bref le RN l’emporte avec 55% des voix, 58% à Moissac ce qui prouve que le maire sait être efficace à l’occasion.

Cela devait arriver, la vague RN montait inexorablement dans ce territoire, réunissant des électeurs idéologiquement convaincus et d’autres motivés par la détestation de Macron et de tout ce qui s’en réclame. A Moissac les chiffres parlent. La nouvelle députée RN gagne entre le premier et le deuxième tour 723 voix venues de Reconquêtes bien sûr, d’une partie de la droite et de la NUPPES, mais aussi d’une partie de l’électorat PRG et tout ça dans un contexte de baisse de la participation, moins 2 points et 189 électeurs, entre les deux tours. De son côté, C. Astruc, candidat majorité présidentielle, récupère certes 769 voix, pas assez cependant pour refaire son retard. Il pouvait, si le Front républicain avait encore un sens, espérer mieux, beaucoup mieux puisque le capital disponible, NUPPES plus PRG représentait plus de 1500 voix. Mais certains sont restés à la maison, d’autres ont préféré le vote blanc ou nul : une centaine de bulletins au premier tour, 271 cette fois-ci.

Voilà donc que le drapeau de l’extrême droite flotte sur l’ouest du département. C’est une première dans ces terres qui semblaient mariées à la vie, à la mort avec le radicalisme, fut-il un temps socialiste. Voilà une élue, dont je suis prêt à parier que la majorité de ses électeurs n’ont pas retenue le nom, si ce n’est le prénom, parachutée de la veille, et qui conséquemment n’a pas fait montre de lumières particulières sur la situation du département et de sa circonscription. Mais la politique peut être mauvaise mère. Il ne suffit pas d’être né quelque part, d’avoir les deux pieds dans le terroir pour aller contre le vent dominant, celui qui de quelques slogans fait un programme.

A propos, le RN clame son opposition à l’immigration. Qu’en pense donc madame la députée, dans ce coin de campagne où les seuls bras disponibles viennent de Bulgarie ? Va-t-elle demander à l’AN leur retour rapide et massif ? Bien sûr que non! Elle va sagement se ranger derrière le maire de Moissac qui avait enfumé son électorat sur la question, sans avoir rien changé deux après à la situation de sa ville. Tout le monde ici sait que cette main d’œuvre est indispensable à la prospérité de nos campagnes. Les chefs RN, comme celles et ceux qui votent pour eux.Image_20220620_0001

Urgence aux urgences

La démarche est inhabituelle, mais révèle le malaise des élus et l’émoi des populations. Le maire de Castelsarrasin et celui de Moissac ont déposé plainte contre l’Agence régionale de Santé. Motif de la démarche : l’annonce d’une fermeture des urgences à Moissac, et ce dès le 1° juillet. Un coup de massue en pleine canicule! IMG_72911 2Un mauvais coup politique aussi entre les deux tours d’une élection législative qui s’annonce fort incertaine. A quoi joue donc le directeur de l’ARS ? Pourquoi tant de précipitation et une communication aussi défaillante ?

Pour la précipitation, faute d’informations plus précises, cela relève de son choix, même si un haut fonctionnaire, tenu par ailleurs à un devoir de réserve, ne peut ignorer qu’une telle annonce dans la période est de nature à conforter le vote RN. Pour la communication, il devra je l’espère s’en expliquer avec le ministère. Chacun sait que la situation des hôpitaux est aujourd’hui très difficile, raison de plus pour être prudent dans les mots, pédagogue dans le discours. Ce que à l’évidence, il ne fut pas.

Urgences asphyxiées

Alors reprenons le dossier. Non les urgences de Moissac ne fermeront pas, au sens où elles disparaitraient du paysage. Il restera cet été et même après, à l’hôpital de Moissac, un service des urgences, prêt à accueillir les cas graves. Mais c’est l’accès qui va changer. Jusqu’à maintenant, pendant la journée, ce service était ouvert à tout un chacun et ne faisaient pas le « tri » entre les patients. Résultat, plus de 80% des cas relevaient de la « bobologie », ces affections qui concernent le plus souvent la médecine de ville et qui ne nécessitent pas une intervention médicale immédiate. A compter du 1° juillet, cela va changer. L’orientation des malades se fera bien amont. Les patients auront obligation d’appeler le « 15 » où un médecin régulateur fera un pré-diagnostic. Normalement, c’est par lui ou elle que tout devra passer. Sa responsabilité sera d’évaluer la gravité du cas en présence et de choisir la bonne option : pharmacie, médecine de ville, hôpital…En fermant ainsi l’accès direct au service des urgences, l’autorité administrative espère redonner un peu d’oxygène à un système qui ne respire plus. Et si par habitude ou commodité, certains contournaient le dispositif, s’aventurant jusqu’à la porte de l’hôpital, il serait procédé avant l’entrée, à une orientation tout aussi impérieuse.

La crise touche une grande partie des hôpitaux de France. Il manque des spécialistes, des généralistes, des personnels de soins, des équipes médicales. Et dans l’histoire, ce qui est un comble, ce n’est pas l’argent, ni même les postes budgétaires qui font défaut, c’est la ressource humaine. On paie cash le numérus clausus, mais aussi le COVID qui a profondément changé le rapport au travail, les salaires trop bas depuis trop longtemps, une organisation de la santé trop libérale laissant les médecins sans contraintes, sans astreintes et faisant peser sur l’hôpital public l’essentiel de la charge de soins. On paie les réflexes de castes, un cloisonnement bétonné des professions du soin. On paie aussi une conception bien trop consumériste de la santé, faisant la part belle aux traitements et pas assez à la prévention. Il est vrai que les urgences, c’est gratuit, prises en charge intégralement par la sécurité sociale, ce qui n’encourage guère à la modération.

Refonder le système

Mais Moissac, Castelsarrasin, comme d’autres territoires sont devant un problème grave, qui concerne la santé de tout un chacun. Dans ce bassin de population, il est déjà presque impossible de trouver un médecin de famille, qui accepte de nouveaux patients, alors que la population grossit et rajeunit. Il est presque impossible d’avoir un médecin traitant.  Trouver un médecin en dehors des heures de bureau devient un parcours du combattant… Il devient donc très difficile de se faire soigner en dehors de l’hôpital. Comme il devient quasi impossible, quand on n’est pas dans la boucle, de bénéficier des politiques de prévention.

« L’ARS a pris cette décision de manière unilatérale, sans concertation avec les élus dont je fais partie. Elle n’a pas été suivie d’une solution alternative pour assurer la continuité des soins sur le bassin de population concerné. En effet rien n’est envisagé ni avec les médecins de ville, ni avec les infirmiers libéraux dans la prise en charge des soins immédiats sans conséquence sur la vie d’autrui » Le maire de Castelsarrasin a soulevé dans sa plainte une question de fond : la responsabilité des soignants, mais aussi celle des élus, alors que rien, aucune alternative un tant soit peu organisée et opérationnelle n’a été mise sur pied. Qu’adviendrait-il en cas de pépin majeur ? Qui endosserait la responsabilité devant la justice ? On sait que les interactions sont totales entre la médecine de ville, les pharmacies, les personnels libéraux de soins et l’hôpital. Cet ensemble fait système. Modifier les conditions d’accès à l’un des secteurs a des répercussions immédiates sur l’autre. Or rien n’a été prévu, pensé, organisé en amont. Elus et administration, il faut bien le dire, ont fait l’autruche, depuis des mois, des années même, en dépit des cris d’alarme d’une partie de la population. Chacun s’est satisfait de rustines qui ne tiennent même plus, quand la situation impose une refondation du système. Ce qui demande du courage, de l’énergie et du temps. Et c’est bien cela qui manque !

Parlez-moi du courage

Dimanche 19 juin, dans la deuxième circonscription de Tarn et Garonne, pas une voix ne doit manquer à Christian Astruc. Le combat contre le RN s’annonce en effet difficile. La Marine locale, par ailleurs inconnue de tous, dispose sur le papier d’une confortable avance et d’une petite réserve de voix chez les Reconquérants (le nom ne manque pas de piquant).

L’ancien président du Conseil départemental pouvait espérer un Front républicain, un réflexe basique chez ses concurrents défaits à l’issue du premier tour. Hélas, trois fois hélas, il n’en est rien. La NUPES du coin qui rappelons le regroupe des Insoumis, des socialos, des Verts et des Générations (je dois oublier une ou deux chapelles) se félicite dans un communiqué de son résultat, dont il faut pourtant dire qu’il n’égale pas la somme (théorique) des voix que chacune des formations sus mentionnées avaient obtenue en 2017. Succès tout relatif donc ! Mais là n’est pas la question. Eliminée du second tour, on pouvait penser que la Nouvelle union aurait à cœur de faire battre le RN et donc d’appeler à voter pour le républicain, Astruc, comme l’a d’ailleurs fait le PCF, membre du cartel des gauches. Que nenni ! Dans un texte que les jésuites impénitents n’auraient pas renié, elle déclare : « la NUPES de la 2ème circonscription du Tarn-et-Garonne, dans toutes ses composantes, radicalement opposées à l’extrême droite, est unie pour faire front contre le RN » Colossale finesse ! Mais la NUPES du coin a juste oublié qu’elle est éliminée. Elle ne pourra donc pas faire front contre qui que ce soit, sinon en paroles. Pas de front républicain, pas même un appel à VOTER contre le RN. Ite missa est !

Et Sylvia Pinel, la PRG, députée sortante, éjectée dès le premier tour après un mandat dont on peine à établir l’esquisse d’un bilan ? Que dit-elle, que fait-elle ? Elle se retire, et se morfond, elle qui fut depuis les origines fidèle au radicalisme, à la terre, à son clan. Voilà que ses réseaux se délitent au vu et au su de tous. A en croire la Dépêche du Midi, 73 maires ou élus locaux devaient lui assurer une élection sans problème, tant son ancrage local faisait l’admiration des foules ébahies. Résultat, à peine une petite poignée des communes concernées n’a pas fait mentir le pronostic. Les électeurs des autres ont préféré le RN, Astruc, voire la NUPES… En guise de bilan, c’est parlant !  Mais le comble est à venir. Dans un texte où elle se décore de la médaille du courage, elle conclue : « Ma volonté de servir la France et le Tarn-et-Garonne demeure intacte. Demain, je mènerai de nouveaux combats, d’une manière différente certes, mais en gardant la boussole qui a toujours été la mienne : agir pour l’intérêt général » Ne manquerait-il pas quelque chose ? Un appel à voter dimanche par exemple, mais aussi un appel à voter Astruc, seul rempart désormais devant le RN ? Et bien non. Rien ! Les valeurs de Sylvia Pinel ne résistent pas à ses inimitiés. Le Front républicain ira se faire voir. Ah le courage, ça se mesure, ça s’éprouve, ça ne se porte  pas en breloque !