Moissac ne veut pas de réfugiés

Le Tarn et Garonne se distingue. Sur la question des réfugiés, il est officiellement aux abonnés absents. Silence radio du Conseil départemental, pas une commune, par une intercommunalité représentée à la réunion de samedi dernier, chez le ministre de l’intérieur où s’étaient retrouvés près de 700 maires et adjoints.

Interpellées il y’a dix jours par le Parti socialiste, la mairie de Moissac, tout comme l’Intercommunalité, n’ont même pas daigné répondre. Non, la question des réfugiés ne les concerne pas. Probablement que dans leur esprit simplement l’évoquer les rendraient suspectes. Suspectes de vouloir esquisser un geste. Rendez-vous compte! Ne pas en parler, c’est faire en sorte, conduite magique, d’évacuer le problème, d’évacuer la question qui dans l’instant relève de l’éthique. Le FN peut ainsi mesurer son influence qui met en demeure (lire sur ce blog sa réaction à l’appel du PS) le maire de Moissac, le sommant en quelque sorte de choisir son camp. On verra donc jeudi 17 septembre, lors du Conseil Municipal de quel côté penche la majorité moissagaise.

Le silence a donc parlé: Moissac n’est pas concernée par la tragédie méditerranéenne. Moissac tourne le dos à son histoire, Moissac se recroqueville frileusement sur ses peurs, et s’enferme dans ses impasses.

Pour autant, la question des réfugiés demeure. Elle est d’abord morale. Comment ne pas réagir à ce que nous voyons, à ce que nous savons?  Oui, nos communes, nos intercommunalités, toutes nos structures officielles qui n’en finissent pas de grossir, peuvent faire un petit, un tout petit effort. Car bien évidemment, la question est aussi économique et sociale.

Moissac peut à bon droit faire valoir qu’elle a de plus en plus de mal avec ses immigrés économiques. (on y reviendra).  Pour autant, cela ne nous exonère pas  d’un geste de solidarité envers des hommes, des femmes, des enfants qui fuient la guerre et la mort. Nous avons les lieux, les bonnes volontés et même les moyens matériels. Bien entendu, tout cela s’organise, se prépare, avec l’Etat, le département et les acteurs de terrain, sachant que, il faut le redire,  notre ville ne saurait « accueillir toute la misère du monde ». Mais là, nous parlons d’autre chose qui tient à nos valeurs, à ce que nous croyons être et au final à ce que nous sommes réellement.

Moissac compte désormais six « Justes parmi les nations »

yad-vashemMoissac compte deux Justes de plus. Deux « Justes parmi les nations ». Ernestine-Maria et Albini-Jean Ginesty qui s’illustrèrent pendant la dernière guerre en accueillant des enfants juifs et en participant activement à la Résistance.
A la faveur du 70° anniversaire de la libération de Moissac, une belle et émouvante cérémonie, en présence du Président du Yad Vashem France, Jean Raphaël Hirsch, a été organisée, allée des Justes, à proximité du Moulin. L’occasion de rappeler le comportement exemplaire des Moissagais en ces temps abominables qui non seulement ne dénoncèrent pas, mais cachèrent les enfants juifs, réfugiés pour beaucoup de toute l’Europe.
L’an dernier, l’Association « Moissac ville de Justes oubliée », dirigée par Jean Claude Simon et Annie Claude Elkaim, avait organisé une grande manifestation dont le retentissement fut international, afin de revendiquer le titre de Ville de Justes pour Moissac. Jusqu’à présent Israël qui décerne cette distinction, l’attribuait aux seuls individus, vivants ou à leurs descendants directs.
Mais le temps a passé. Et Yad Vashem envisage de clore la liste des Justes. Du coup, des territoires, des villes comme le Chambon sur Lignon (Haute Loire), ou Moissac et ses environs, pourraient bien être distingués en tant que tels. Le formidable travail de l’Association « Moissac ville de Justes oubliée » pourrait donc porter ses fruits. Et Moissac gagner une reconnaissance internationale de plus!