Un maire pas écolo

Le maire de Moissac ne veut pas de photovoltaïque. Il le dit franco de port sur son compte tweeter, annonçant l’arrêt du projet d’un champ de panneaux sur un terrain communal. C’est la précédente municipalité qui avait initié cette démarche que nous avions fermement soutenue et qui avait été votée par le Conseil municipal. Mais un maire, seul dans son coin, pendu à son smartphone, peut-il annuler une délibération du Conseil municipal ?  Ce dernier ne doit-il pas être consulté ? La réponse semble aller de soi ! Ce tweet révèle donc en quelle estime le maire tient sa majorité, et au-delà la démocratie locale. Voilà en tout cas un nouvel accroc, un accroc sérieux à l’image de l’édile frontiste.

Et pour que les choses soient claires, le maire en rajoute une couche : « nous refusons tout projet similaire qui dénature nos paysages et participe à l’affaiblissement de l’industrie française » Rien que ça ! « Retrouvons Moissac », c’était un slogan de campagne, c’est un choix de société, sans éoliennes, sans panneaux photovoltaïques et tant que nous y sommes, sans ces poteaux électriques qui à l’orée du XX° siècle sont venus défigurer notre belle nature moissagaise. Mais le maire n’ira pas jusque-là, conscient que ses électeurs ne le suivraient pas. Il préfère, c’est bien dans le ton de sa cheffe, dénoncer le « démantèlement » de nos centrales nucléaires qui ont le grand mérite d’être chez les autres.

Une fois de plus le RN cherche à enfumer la galerie. Propos d’ignorant ou de menteur, c’est au choix ! Si Fessenheim est en cours de fermeture, parce que trop vieille et technologiquement dépassée, la plupart des autres centrales, vont voir leur durée de vie prolongée. A titre d’exemple, plus de 300 millions d’euros seront injectés dans l ‘économie locale à l’occasion du grand carénage de Golfech, histoire de lui donner une deuxième jeunesse. Le nucléaire fait partie du mix énergétique de la France, car il demeure à ce jour la seule source d’énergie dé-carbonée et non intermittente. La France, qui est un des tout premiers spécialistes mondiaux dans le nucléaire civil, mise toujours, malgré de sérieux déboires de départ, sur les EPR, (European pressurized reactor), les réacteurs de troisième génération. Mieux, le projet ITER (Le Chemin en Latin) qui réunit 35 pays dans le centre de recherche de Cadarache, en Provence, pourrait dans quelques années nous permettre un bon technologique énorme : passer de la fission de l’atome, à la fusion nucléaire. En gros, reproduire le chaudron solaire et disposer ainsi d’une énergie inépuisable, et quasiment propre.

Pour autant, le gouvernement ne tourne pas le dos aux énergies renouvelables : vent, soleil, eau qui bénéficient de crédits de recherche considérables et d’aides à l’installation, pour les particuliers comme pour les entreprises. Objectif : protéger l’environnement et permettre à la France de conquérir sa souveraineté dans ce domaine. Encore faudrait-il que tout le monde joue le jeu et en particulier les élus locaux 

Grand corps malade

Les vieux démons de la gauche moissagaise n’ont pas rendu l’âme. L’élection confortable d’un maire RN dans cette ville qu’on se plaisait à croire radicale, a offert à un tout petit cénacle qui se veut grand par le nombre d’étiquettes qu’il revendique, le rôle dans lequel il excelle : celui de l’opposition forte en gueule, propriétaire déclarée, à l’exclusion de tous les autres courants, de l’humanisme progressiste. 

Rien de neuf me direz-vous, il y a plus d’un an, ces intransigeants ont fait capoter les tentatives de construire un rassemblement, un front contre le Front national. Aujourd’hui dans un communiqué que se partagent certains internautes moissagais, les signataires nous annoncent « l’union des forces de gauche, contre la haine et le rejet ». Pas sûr que nos concitoyens adhèrent à un slogan qui est loin d’exprimer la complexité de la situation sur ces bords du Tarn. Il suffit pour s’en convaincre de laisser traîner ses oreilles entre les étals du marché. Mais, il y a un temps pour chaque chose et fatalement le moment viendra où les yeux se dessilleront, par eux-mêmes.

Comment comprendre ce communiqué ? Comme un message aux Moissagais, le grand corps malade bouge encore ! Bonne nouvelle ! Il entend aussi, et c’est peut-être bien là son objectif premier et cynique, faire taire toute autre voix que la sienne, étouffer dans l’œuf toute tentative de sortie des ornières idéologiques et partisanes. Chacun son camp ! Sa zone de confort ! Pas de quoi dès lors bousculer l’ordre des choses. Peu d’espoir à ce train de trouver les bonnes réponses à l’offensive réactionnaire que conduisent les affidés de la firme Le Pen !

Dont acte ! Il est vrai que les élections prochaines, départementales et régionales, ne favorisent pas l’audace politique. Elles annoncent une guerre de tranchée, des replis sectaires qui cachent mal les intérêts personnels ou de boutiques. Dommage! Il y a tant à faire pour reconstruire une doctrine émancipée des slogans à deux balles. Pour imaginer des solutions aux problèmes du territoire qui sont économiques, sociaux, sociétaux même. Voilà le sillon à creuser. Certains l’ont compris!

Moissac magazine

Plus que 14 photos de lui dans la dernière livraison de Moissac magazine : le maire de Moissac baisse pavillon. Mais le culte de la personnalité ne disparaît pas pour autant, il s’installe entre les lignes. Rares en effet sont les articles qui ne le mentionnent pas. Il voit tout, il est partout, il fait tout. A ce train-là, le conseil municipal a bien du mal à suivre et nombre d’élu-e-s sont déjà tombés dans les oubliettes. C’est sans importance, seuls survivront celles et ceux qui lui sont indispensables, au commerce par exemple, ou à la voirie. Car le maire est déjà en campagne, pour les départementales. 

Et le bulletin municipal lui sert de faire valoir. Vingt-six pages sur papier glacé pour raconter ses premiers mois à l’Hôtel de ville. Et un style qui s’impose, qui crève les yeux. Pas de discours inutiles : de gros, de très gros titres, bien gras, bien noirs, quelques lignes pour leur donner un peu de chair, et des photos, beaucoup de photos. On n’est pas loin de ce que les réseaux sociaux, dont il fait grand usage, délivrent à jets continus. On ne fait pas dans le détail, on ne s’embarrasse pas d’explications, on assène, on réduit l’information à quelques mots bien choisis.  Technique de la « punch line » ! Mettez-vous bien ça dans le crâne ! 

A qui s’adresse donc la prose du maire ? En priorité, à ses électeurs, qui tous n’ont pas un compte twitter ou instagram, et qui se satisfont de cette agit-prop bien calibrée.  A un lectorat moissagais aussi, qu’il imagine probablement âgé, mais aussi pressé, peu enclin à une lecture exigeante, vite égaré par les textes trop longs ou trop denses.  Nul besoin à ses yeux de se perdre en explications, de chercher à convaincre. Il s’adresse à des convaincus qui voient dans les gros caractères du texte la manifestation d’une volonté et d’une détermination.

Car le maire déroule ainsi page après page les lignes de force de son programme. D’abord et surtout, la sécurité, sous toutes ses formes. Elle est sanitaire, Covid oblige. L’hôpital, dont il a été élu président du Conseil de surveillance et le projet de maison de santé lui donnent l’occasion de faire la leçon aux différents responsables, sans oublier d’égratigner au passage les anciens élus qui « n’ont pas su défendre (leurs) projets ». Le voilà dans son emploi favori qui fait tant plaisir à la galerie. Et puis, pas de sécurité sans policiers, il annonce l’embauche de nouveaux agents pour renforcer la surveillance et multiplier les patrouilles. A l’en croire, Moissac ne serait pas non plus à l’abri d’un attentat terroriste. Diable ! Du coup, photo à l’appui, il interpelle par courrier le préfet et se dit prêt à débusquer les fichés « S » résidant sur la commune. Zorro est arrivé !

Le reste du magazine est sans surprise et l’avenant, avec l’annonce de quelques travaux d’aménagement, un coup de rétroviseur sur les événements culturels passés et une attention particulière au commerce et aux commerçants. En cette période difficile, le maire les soutient, c’est bien le moins, affirmant ne pas vouloir « faire le jeu des multinationales de la vente en ligne ». Voilà qu’il pose façon insoumis ! Ça ne peut pas faire de mal, le Rassemblement national, à l’instar de ses prédécesseurs dans l’histoire, est un as du bonneteau idéologique.

On y reviendra. En attendant, bonnes fêtes à tous et prenez soin de vous et des autres.





Tragediante, comediante

Voilà donc un maire qui tient ses promesses et qui monte au front sans sourciller. Voilà donc le militant RN qui décide sans trembler. Exit «Arène Théâtre» ! On savait que la troupe avait déplu au nouvel édile moissagais, qui lui avait reproché dans je ne sais quelle réunion officielle, ses prises de positions citoyennes. Monsieur le maire avait tonné. En juillet dernier, la foudre était tombée, mais la nouvelle est restée cachée, probablement pour donner sa chance à la négociation. En vain. L’information est désormais connue de tous, la compagnie « Arène théâtre » est priée de quitter la scène moissagaise, la convention qui la liait à la ville n’ayant pas été renouvelée. Il lui reste donc à se replier sur le village de Coutures dont on connaît la passion pour les choses de la culture.

Depuis de nombreuses années, cette troupe présentait ses productions dans notre ville. La municipalité de Jean Paul Nunzi avait donné un cadre à cette relation en signant avec elle une convention pour une résidence artistique qui prévoyait, moyennant une subvention annuelle de 10 à 15 000 euros, des spectacles, un bureau permanent et des interventions dans les écoles et auprès des associations. Elle contribuait dans ce domaine au rayonnement de notre ville, qui rappelons le, dispose d’une salle de spectacle, le Hall de Paris dont les qualités acoustique et scénique sont saluées par tous les professionnels.

Moissac va donc faire des économies, de quoi satisfaire toutes celles et tous ceux qui pensent que la culture coûte trop cher. Mais les autres, tous les autres, dont nous sommes, qu’allons-nous faire, que pouvons-nous faire pour ne pas laisser notre ville s’affaisser, se ratatiner chaque jour davantage ?

Dans le domaine de la santé, l’attitude du maire est tout aussi problématique, grotesque même. Lors du dernier conseil municipal, il a fait faux bond au Président de la communauté de communes appelé pourtant à s’exprimer devant les élus, entre autres sur le projet de maison de santé. Voilà bien une drôle de manière, un retard d’une heure que le maire de Moissac a justifié par une réunion sur l’avenir de l’hôpital. Et sur ce sujet, le jeune maire mesure-t-il la portée de ses déclarations ? Le CHIC serait si l’on en croit ses dires en quasi-faillite, et les personnels menacés même de ne plus toucher leurs salaires ! Le RN annonce l’apocalypse. Il fait de la petite politique. De la comédie diraient les plus jeunes. Mais, est-ce la meilleure manière de rendre attractif l’hôpital de Moissac ? A trop forcer sur le trait, la mairie ne risque-t-elle pas de lui coller une image tellement dégradée qu’elle ferait fuir les malades et passer leur chemin aux médecins ?

Allo docteur bobo

C’est de saison, tout le monde ou presque veut sa maison de santé. Moissac est convaincue de l’intérêt d’une telle structure, qui doit mieux répondre aux besoins de la population, quand le désert médical avance, inexorablement depuis plusieurs années. Un chiffre éclaire la situation de notre territoire : 11% des Moissagais bénéficient de la CMU.  Moissac fait partie des villes les plus pauvres de France, et sa population vieillissante souffre des nombreuses pathologies liées à l’âge. Nous avions d’ailleurs alerté la précédente municipalité, dans ces colonnes, (lire ici) et à l’occasion de plusieurs conseils sur une réalité qui n’a fait que s’aggraver, qui concerne presque toutes les professions de santé : généralistes, dentistes, ophtalmologistes… Nous avions inscrit cet objectif dans notre programme municipal « Moissac naturellement ». Et contrairement à ce que dit aujourd’hui l’ancien maire, Jean Michel Henryot, presque toutes les listes s’étaient emparées de ce dossier, à l’exception de TEMS, l’actuelle opposition municipale, qui militait le temps de la campagne pour un Centre de santé, une structure où médecins et soignants ne seraient plus des professions libérales mais des salariés, au même titre que les personnels de l’hôpital. Pour ne pas se déjuger totalement, on comprend que l’opposition officielle ne pouvait que s’abstenir sur la motion soumise au vote lors du dernier conseil municipal extraordinaire, prétextant l’absence de chiffrage. 

La maison de santé, n’en déplaise à l’actuel maire de Moissac est en fait un déjà vieux projet, mis en route en 2018, sous la précédente municipalité de droite, et instruit par Maryse Baulu, adjointe alors aux affaires sociales. Après des mois d’échanges et de concertation, une soixantaine de professionnels, généralistes, spécialistes, infirmières, kinésithérapeutes, avaient proposé un dispositif original basé sur la création d’une Maison de santé pluri-professionnelle et multi-sites. Il s’agissait autour d’un projet de santé clairement établi, d’éclater la structure sur plusieurs lieux, à l’instar des infirmières déjà installées à Montesquieu. La ville de Moissac n’est pas en effet la seule concernée, les communes proches se veulent partie prenante de l’opération, représentant du coup une patientèle de plus de 16000 personnes. Ce projet, porté par une SISA, société interprofessionnelle de soins ambulatoires, regroupant au final 46 professionnels, avait reçu l’aval de l’ARS, l’Agence régionale de santé. Il était sur le point d’aboutir, quand l’épidémie de COVID, au printemps dernier, et il faut bien le dire, les élections, l’ont stoppé net. Le débat portait alors sur sa localisation du bâtiment principal et son financement. La Communauté de communes qui s’est engagée pour plus de 1,2 million d’euros sur la Maison de santé de Saint Nicolas de la Grave, avait été approchée. Elle avait alors refusé de donner suite, expliquant qu’elle était au bout de ses capacités d’endettement. Plusieurs sites dans Moissac avaient déjà été envisagés, entre autres, l’ancien EPHAD, près du canal, qui a le mérite d’être central et de pouvoir bénéficier des subsides de la Politique de la ville, au titre de quartier prioritaire. Voilà maintenant que ce lieu semble le premier choix de la municipalité lepéniste.

Rien d’exceptionnel donc que la mairie RN ait rouvert ce dossier. Il était temps, et le financement d’une étude par le cabinet Hemis Amo, spécialisé dans la maîtrise d’ouvrage, pour en préciser les contours et en déterminer l’implantation, n’est que dans l’ordre naturel des choses. Mais rien n’est simple, même en matière de santé. La mairie de Moissac veut récupérer les lieux pour un euro symbolique. L’hôpital qui en est le propriétaire demande plus de 700 000 euros pour la transaction. Autant dire que le maire de Moissac qui est aussi président du Conseil de surveillance du CHIC devra se montrer persuasif pour amener le directeur à résipiscence. Il devra, c’était le sens de la motion votée le 26 novembre, convaincre aussi Dominique Briois, nouveau président de la com-com « Terres des Confluences, de casser sa tirelire et d’inscrire le projet dans son plan pluriannuel d’investissements. 

Les deux hommes se sont vus, mais rien n’est sorti de l’entrevue. Ne restait plus au maire de Moissac, qui est pourtant vice-Président de la Com-com, qu’à dramatiser la séquence, qu’à jouer à monsieur muscles devant une presse esbaudie. En fait, cette motion est une munition à fragmentation. Elle vise à montrer que le fauteuil de maire n’endort pas les ardeurs militantes de l’élu RN. Et elle apparait comme une mise en demeure des partenaires intercommunaux de Moissac, d’autant que le maire est déjà en campagne pour les élections départementales de juin prochain. On verra bien d’ici janvier si les élus communautaires ont pour le jeune edile RN, les mêmes attentions, la bienveillance un brin cynique dont il a bénéficié jusqu’ici. Mais comme dit le proverbe, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. En l’occurrence Moissac est en manque. Il est urgent de faire aboutir ce projet de maison de santé.