Instantanés

Une photo, il a suffi d’une photo pour susciter un véritable mouvement d’intérêt et des réactions en chaîne. Cette photo dit ce que nombre de Moissagais ressentent : l’appauvrissement de la ville, son déclin, le sentiment d’une relégation, d’une dépossession aussi.

Autre photo, les commerces du centre ferment les uns après les autres. La liste s’allonge chaque jour, sans grand espoir de voir s’installer de nouvelles enseignes. Le commerce périclite, la classe moyenne déserte le centre-ville et phénomène de vases communicants, s’installent de nouvelles populations, des saisonniers de l’agriculture et bien d’autres. Qu’on le veuille ou non, nous assistons à une profonde mutation sociologique de la ville qui ne sera pas sans conséquence sur le développement du territoire et sur ses choix politiques.

A l’angle de la rue

 

 

 

« L’égout c’est la conscience de la ville. Tout y converge et s’y confronte. Dans ce lieu livide, il y a les ténèbres, mais il n’y a plus de secrets. … Le tas d’ordures a cela pour lui qu’il n’est pas menteur. »

Victor HUGO. Les Misérables

 

 

Merci à l’auteur anonyme de cette photo tellement expressive.  A vos commentaires!

Un secret de polichinelle

La France bat une nouvelle fois son record de fréquentation touristique. « We are the champions ! ». Américains et Chinois n’ont plus peur des attentats, ne craignent plus les grèves, apprécient à nouveau nos paysages, goûtent jusqu’à plus soif notre art de vivre. Tous en chœur : We are…

Mais, voilà qu’avec cette prospérité tant convoitée, apparaît un nouveau problème : le « surtourisme ». Certaines parties du territoire national, certaines zones sont tellement attractives qu’elles n’en peuvent plus. Trop c’est trop ! Trop de tongs, de lunettes de soleil, de maillots, de teeshirts, de gamins sans limite, de retraités satisfaits… De Nice à Bordeaux, ça déborde et les autochtones, ceux qui ne profitent pas directement de cette manne consumériste commencent à s’en plaindre.

A Moissac, nous n’en sommes pas là. Certes, si l’on en croit les dernières statistiques de VPM (Valoriser le patrimoine Moissagais, le nouveau nom pour l’ancien office du tourisme) le nombre de nuitées (c’est comme ça qu’on dit) a augmenté cette saison. Un peu plus de visiteurs, un peu plus de pèlerins. Mais ici, le problème c’est que les touristes ne restent pas. A peine un petit tour de cloître et bye bye. Vive l’itinérance ! Il est vrai qu’on leur vante tellement les chemins de Saint Jacques, des bastides, voire même des écoliers, que ces touristes nous ont pris au mot. Il faut dare-dare tracer la route, comme jadis les beatniks chers à Jack Kerouac.

Plus sérieusement, la dernière enquête de satisfaction réalisée auprès de nos visiteurs révèle un secret de polichinelle : les touristes ne restent pas, parce que à Moissac, il n’y a rien à faire. Pas de parc de loisirs pour les enfants en mal de sensations fortes, peu ou pas d’occasions de se mettre à l’eau, de pratiquer des sports nautiques, des activités de plein air, de découvertes. Côté pierre, le monde cistercien, montre vite ses limites. A moins d’être un spécialiste, le visiteur se prend bientôt à espérer une mise en récit, une mise en scène de ces temps très chrétiens. Vainement ! Hors les murs, la culture est au régime courants d’air. Pas un musée, même pas sur l’enfant du pays, Firmin Bouisset qui fut pourtant en son temps, un des grands maîtres de l’affiche en Europe… Pas un concert, pas une grande manifestation susceptible d’emballer le touriste. Régime sec pendant les mois d’été !

En fait, tout se passe comme si la ville, le territoire s’ouvraient à contrecœur au tourisme. Même les commerçants, ce qu’il en reste, y rechignent. Du coup, les récriminations s’accumulent : « le lundi soir, c’est galère pour trouver à dîner » « après 21 heures, on ne sait pas où aller » « il ne faut pas se tromper d’heure pour boire un verre à l’Uvarium »… A l’évidence, le tourisme n’est pas grande cause moissagaise. Au point, que les fruits de saison, produits locaux par excellence, sont quasi introuvables sur les étals de centre-ville et dans les assiettes de nos restaurateurs. A Moissac, on produit, on conditionne et on expédie. Acheter des fruits, produits sur place, tient presque du jeu de piste. On fait mieux quand on veut s’offrir une carte de visite ! Il ne suffit pas de collectionner les labels, de les afficher comme autant de colifichets magiques. Notre ville doit se mettre à la hauteur de leurs promesses.

 

Conseil municipal: les voix et les moyens

Le menu était-il indigeste ? Le fait est que plusieurs conseillers de la majorité s’étaient fait représenter pour ce premier conseil municipal d’automne. En revanche, une petite dizaine de Moissagais, certains membres de MCV avaient pris place sur les bancs du public.

Moissac culture vibrations, pour un avenant à la convention entre la ville et l’association et le Festival des Voix, porté par la même association, constituaient en effet le morceau de choix de ce conseil. D’entrée de jeu, le groupe Divers Gauche, bizarrement seul à la manœuvre, a estimé que la « convention était dangereuse à la fois pour la ville et pour l’association », MCV se trouvant en charge « de l’intégralité de la politique culturelle de la ville » Nous avons dénoncé une gestion de fait, qui devrait normalement se traduire par une délégation de service public. « Vous n’assumez pas, vous vous défaussez sur MCV ». « On défend un projet global » a expliqué J.M Fuentes, qui fort de ses deux casquettes, employé de la mairie et figure de proue de l’Association, doit rencontrer fin octobre la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles). Moissac voudrait en effet devenir une scène conventionnée, labellisée « Art et territoire ». De quoi, si cela devait se faire, améliorer substantiellement, l’ordinaire des soirées culturelles de la ville !

Il fut ensuite question des comptes du Festival. Dans le rouge ! Le maire nous expliqua que la raison était toute simple : les mauvais payeurs, les collectivités qui ne versent pas leur subvention, à l’exception bien entendu de Moissac et de Terres des Confluences. A y regarder de près (suite à l’article paru dans ce blog, on nous avait fait parvenir les comptes de MCV) les choses ne sont pas si simples. Le montant des subventions est à peu près le même que l’an passé. Mais MCV tablait sur des aides publiques supplémentaires qui ne sont pas venues. Coupable légèreté ! Engager des dépenses sans s’assurer des recettes prévisibles! Heureusement,  la billetterie est meilleure que prévu. Pas assez cependant pour compenser ! Outre les aspects classiques portant sur l’augmentation des charges et des cachets des artistes, tout le monde tomba d’accord pour tomber sur le dos de Castelsarrasin qui avec son mini festival ferait de l’ombre au nôtre.

Peut-on, doit-on proposer sur un si petit territoire deux, voire trois festivals, presque au même moment ? Est-ce bien raisonnable au regard des capacités financières des collectivités, des mécènes et du public lui-même ? Moissac a bien sûr la réponse, mais pour changer les choses, encore faudrait-il que les élus des deux villes acceptent d’aborder la question. Or, il est à craindre que J.M. Henryot qui n’est pas très allant sur ce dossier, c’est le moins qu’on puisse dire, ne s’y risquera pas. Pour ne pas ranimer la guéguerre entre les deux villes et au nom de l’intérêt supérieur de la com-com !

Alors ? Alors, parce qu’on ne mégote pas avec la culture, on a voté, à l’unanimité, l’avenant à la Convention et la subvention de 40000 euros. Mais le plus dur reste à faire : clarifier le rôle de MCV, interroger la proposition culturelle du festival, discuter avec les voisins, construire un budget réaliste…

En vrac quelques infos

L’école Camille Delthil déménagera… un jour peut-être. Le regroupement sur Chabrié est encore d’actualité, reste à régler la question du PPRI (inondations).

L’école du numérique a formé 13 élèves. Sortie prochaine de promotion pour entamer la saison deux. On s’en félicite.

Lycée agricole. Les deux ministres, agriculture et éducation nationale n’avaient pas grand chose à dire. Heureusement, la région soutient. Sa présidente, Carole Delga doit voir prochainement le maire de Moissac

Lycée Mitterrand. Lui aussi soumis à une révision du PPRI. Le comité de pilotage se réunira début novembre. On peut encore espérer un agrandissement du bâtiment et la création d’un gymnase.

Chapon fin. L’entreprise est en liquidation. La mairie n’interviendra pas dans le choix d’un possible repreneur.

L’art s’invite à Moissac. Bilan de l’été : 40 artistes, 6 lieux, 2000 visiteurs, jusque dans la Crêperie aux Moines, un lieu à redécouvrir. 4° édition en cours de préparation. Les statues de Toutain se font une beauté et vont bientôt retrouver leur place.

Et miracle, Cœur de ville, l’opération lancée par le gouvernement, pourrait donner une seconde chance à Moissac. Rappelons que notre ville est éligible à moult dispositifs : FISAC (pour le commerce) Contrat de ville pour les quartiers, et Rénovation urbaine avec l’ANRU qui devrait disposer de financements conséquents. On y reviendra !

Couvre feu? Intox nous dit le maire. Mais le premier adjoint tempère, si je puis dire. Un arrêté municipal a bien été pris pour interdire aux mineurs de moins de 13 ans, de sortir seuls après 22 heures. Ceci afin de lutter contre les incivilités dont se plaignent de plus en plus les habitants du centre ville.

 

Fausses notes

L’association MCV (Moissac culture vibrations) fait donner de la voix au quotidien régional. C’est pour la bonne cause certes: la survie (diable) d’un festival qui a su imposer sa griffe dans le paysage moissagais et au-delà ! Dans un long et inaccoutumé panégyrique, l’article pointe les difficultés financières de l’entreprise pour mieux appuyer la demande de subvention exceptionnelle de 40 000 euros que le Conseil municipal sera appelé à examiner, jeudi prochain.

Bien évidemment, personne ne conteste l’intérêt, ni même la qualité de ce Festival qui a curieusement posé ses tréteaux à Lafrançaise, puis est allé chercher d’autres aides auprès de la Communauté de communes en proposant ses spectacles un peu partout, sauf à Castelsarrasin. Et pour cause, Castelsarrasin ne veut pas lâcher son mini festival, qui comble de bonheur, se déroule presque aux mêmes dates.

Il y a là un sujet, que nous avons dans ces colonnes et dans les réunions officielles maintes fois souligné. Deux festivals, à quelques encablures et à la même époque, est-ce bien raisonnable ? La réponse est dans la question. Le hic c’est que Castelsarrasin ne veut rien entendre et n’entend pas composer avec Moissac.  Les élus des deux villes ont pris soin de ne jamais aborder le sujet. La Com-com s’est bien gardée d’y mettre les doigts.

Mais le moment est peut-être arrivé de bousculer les choses, de mettre tout le monde autour de la table pour tout repenser. Au rayon des questions qui fâchent, ne faudrait-il pas interroger le modèle économique de ce Festival, voire son projet culturel ? Je ne doute pas que le Conseil d’administration de MCV s’est déjà emparé de ces problématiques, mais apparemment avec les mêmes réponses : rien ne doit changer, sauf les aides publiques.

Nous allons donc examiner jeudi cette demande d’aide exceptionnelle dont personne ne discute le bien fondé, pas même l’urgence. Mais les élus, à fortiori de l’opposition, ne sont pas des machines à voter, à l’aveugle ! Que pense la Commission culture de cette situation ? La délibération qui nous est proposée n’en dit mot. Nous ne disposons d’aucun document comptable susceptible d’éclairer notre vote. Une fois de plus la majorité, fait le travail à moitié, car il eut été facile d’annexer le bilan financier sur lequel MCV fonde sa demande. Une fois de plus, la majorité va tenter de ruser avec le réel, nous expliquant dans les attendus de la délibération, que cette subvention exceptionnelle ne pose pas de problème, puisque Moissac dispose des réserves de trésorerie. CQFD !

Fin de saison

 

Pour la cérémonie des adieux, c’était grand beau sur la base de loisir de Saint Nicolas de la Grave. Emmanuelle Gau, désormais ex directrice de l’OTI, (Office de tourisme intercommunal) mettait ainsi un point final à son escapade en Terres des Confluences. (voir ici l’histoire d’un grand ratage)

Cadeaux, mots de remerciements, larmes discrètement essuyées, la soirée était chaleureuse et les regrets ouvertement exprimés. Peu d’élus, hasard ou pas, avaient fait le déplacement. Merci à Emmanuelle pour les espoirs qu’elle avait fait lever. Et bon vent à elle !

 

Marie Josée Maurièges avec Emmanuelle Gau

La politique en mode binaire

Voilà un petit bouquin qui aurait fait un bon « Que sais-je ? » sur l’histoire de la gauche française de la Révolution à nos jours. En bon historien, et surtout en bon pédagogue, Jean Paul Nunzi explique la naissance de cette terminologie qui a marqué au sens fort du terme, un peu plus de deux siècles politiques. Au départ, ce fut une question de places dans l’enceinte de l’Assemblée constituante en 1789 : à droite du président, les députés favorables au droit de véto du roi, à gauche les opposants.  A partir de cette topologie, se sont construits au fil des décennies deux corpus idéologiques, tout aussi hétérogènes et mouvants l’un que l’autre, le temps faisant bouger les positions, révisant les critères d’appréciation. Il en est ainsi de Jules Ferry, père de l’école laïque et chantre de la colonisation. Même chose aux USA où le Parti républicain fut d’entrée de jeu anti-esclavagiste, pour devenir scissions après scissions un partisan du maintien de l’esclavage. Ainsi vont les hommes et leurs partis !

De droite, de gauche, la caractérisation est souvent contingente et s’affirme n’en déplaise à l’auteur de l’ouvrage relativement peu opératoire en tout cas en partie disqualifiée pour juger d’une politique, voire d’une idée. Le Revenu universel, de droite ou de gauche ? Soutenu par le frondeur socialiste Benoît Hamon, l’idée procède d’un double arbre généalogique : communiste avec le philosophe André Gorz et plus anciennement libéral avec le philosophe américain Thomas Paine, auteur en 1797 d’un traité sur la justice agraire. De droite ou de gauche ?

Nous voilà ramenés au temps présent et au véritable objet de ce livre : un pamphlet contre Macron et son approche politique des grandes questions du moment. Jean Paul Nunzi dénonce à raison une société injuste, inégalitaire, sclérosée… L’héritage contemporain de Chirac, Sarkozy (de droite) mais aussi de Jospin, et de Hollande (de gauche). On n’est plus dans le « ni-ni » mais dans le « et-et » On voit bien au final que tout cela revient au même dans ce monde où le capitalisme est désormais sans challenger crédible.

Curieusement d’ailleurs, dans sa conclusion, l’auteur propose de dépasser les clivages, de s’affranchir en quelque sorte du label de gauche, par « le débat et l’acceptation du compromis pour peu que l’essentiel, les enjeux du futur, soient pris en compte collectivement » Dont acte !

« Ni de droite, ni de gauche, ça n’existe pas » Jean Paul Nunzi.  Editions Sydney Laurent. Chez l’auteur: jpnunzi@orange.fr