Moissac: l’hôpital n’est pas en danger

Les alarmistes de tous poils en seront pour leurs frais. L’hôpital de Moissac a reçu, comme il fallait s’y attendre, le feu vert de l’ARS pour poursuivre son activité. Le RN, en la personne du maire de la ville avait cru bon sur les réseaux sociaux de crier au loup et d’annoncer de manière totalement irresponsable la prochaine fermeture du plateau technique. Nous avions ici même dénoncé cette grossière manipulation de l’opinion ainsi que les mensonges concernant l’avenir des personnels de soins de notre CHICM. Une nouvelle fois, le maire de Moissac est pris en flagrant délit de militantisme forcené. Que les Moissagais se rassurent, leur hôpital est toujours là et bien là.

C’est au cours du dernier conseil de surveillance qui s’est réuni vendredi 28 mai que la bonne nouvelle est tombée.

« Le directeur de l’hôpital a confirmé le renouvellement d’autorisation du plateau technique du bloc et de la chirurgie. Ce renouvellement est reconduit tous les 5 ans. Cette annonce a permis de rassurer l’assistance et surtout de couper court aux doutes infondés lancés de façon tonitruante par un maire, président du conseil de surveillance finalement fort peu au fait des dossiers.
Par ailleurs, en ce qui concerne les ressources humaines en anesthésie, l’objectif est de constituer une équipe territoriale.  Ceci a été prévu puis validé par les instances des établissements du CHICM et du CH de Montauban dans le cadre du Projet Médical de Territoire dont la finalité est de créer des complémentarités, collaborations et synergies. »

Le plateau technique a été une nouvelle fois reconnu pour sa qualité et la compétence de ses personnels. Une équipe d’anesthésistes sera constituée avec l’aide de l’hôpital de Montauban. Les conditions sont donc réunies pour que notre hôpital poursuive sereinement ses activités au service de quelque 80000 tarn et garonnais.

Un nouvel hôpital public

La décision est tombée et reconnaissons qu’elle n’a pas tardé après la visite du premier ministre. Montauban aura un nouvel hôpital public. J’insiste là dessus. Un hôpital public neuf, ce n’est pas fréquent!

Je ne sais pas ce qu’en pensent tous les Moissagais bien que je n’ai pas de mal à imaginer les réactions de certains, mais je peux donner le sentiment d’une partie de l’opinion, y compris des candidats aux élections départementales que sont Severine Laurent et Ignace Véla. 

Mais d’abord je tiens à saluer la mémoire de Pierre Mardegan, cette victoire d’outre tombe est le résultat d’un engagement patient, constant, pendant tant d’années, et ce contre vents et marées. Il y eut pourtant des moments de solitude, épaulé par ses seuls amis du Conseil départemental et les militants de LREM qui ne lui ont jamais fait défaut pour porter le dossier. Matignon a donc donné son feu vert. Tous les Tarn et Garonnais peuvent se réjouir de cette décision. Dans quelques années nous aurons un équipement à la hauteur de nos besoins. Cet hôpital qui rappelons le va remplacer un établissement vétuste et inadapté, ne sonne pas le glas de l’hôpital de Moissac.

L’existence de notre  CHICM ne sera pas remise en cause si tous et au premier chef les professionnels de la santé acceptent de travailler en bonne intelligence, dans le cadre du GHT (groupement hospitalier de territoire) qui  impose des complémentarités, des collaborations permanentes des synergies . Moissac, disons le aux semeurs d’illusions, ne sera jamais un CHU, pas même un hôpital départemental, mais dans un bassin de 80000 personnes, il a un rôle éminent à jouer. Encore faudrait il que chacun en soit convaincu, les médecins libéraux entre autres,  qui pour des raisons qui m’échappent, préfèrent envoyer leurs patients à la clinique des Chaumes (secteur privé) plutôt que de les orienter vers l’hôpital public,  vers notre hôpital moissagais quand cela est possible.

Le CHICM dispose en effet d’un bon plateau technique et de personnels dévoués. Fort de cela, il doit former,  recruter pour élargir ses capacités d’intervention. Bien entendu, rien ne se fera sans l’ARS qui est décisionnaire en la matière. C’est bien pourquoi, il devient nécessaire et urgent de tenir, dans un département victime de la désertification médicale, des Etats généraux de la santé qui pourraient faire le bilan de la situation et construire un plan santé départemental permettant de couvrir les besoins de nos territoires en affectant à chaque structure de soins existante des objectifs clairs. Moissac a toute sa place dans un dispositif de santé de plus en plus en plus sollicité notamment par le vieillissement de la population du secteur. Il est grand temps que chacun sorte de son bunker.

Ce nouvel hôpital de Montauban, il faut aussi le dire, c’est une manne inespérée pour nos entreprises, nos artisans et bien entendu pour l’emploi dans le département. Là aussi, chacun devra saisir sa chance et répondre aux appels d’offre en multipliant les groupements d’entreprises afin de se donner la taille critique nécessaire pour accéder à ce type de marché. Mais c’est pour des tas de secteurs, des années d’activité. Qui s’en plaindrait?

Je l’ai déjà écrit et je le redis, ce nouvel hôpital de Montauban a déjà un nom : « Pierre MARDEGAN »

Docteur Mardegan

Pierre Mardegan est décédé dimanche dernier, emporté par le cancer. Depuis les hommages se multiplient, saluant le médecin, l’urgentiste, l’humaniste qu’indéniablement il fut.  Comment ne pas remarquer cependant que la classe politique Tarn et Garonnaise a fait, si je puis dire, dans le service minimum ? La socialiste Valérie Rabault, qui dans la Dépêche oublie totalement de mentionner ce que le docteur Mardegan a apporté au département dans le domaine du soin et de l’assistance aux personnes. Le PRG Jean Luc de Prince qui se contente de saluer « la mémoire d’un homme de conviction », préférant, comme la plupart de ses collègues évoquer « nos divergences politiques » au sein du Conseil départemental. La LR Brigitte Barèges enfin qui fut son mentor politique, avant que les deux n’entrent en conflit, et qui s’est fait un malin plaisir de mettre la focale sur les années complices quand Pierre Mardegan partageait la table et les combats de l’ex maire de Montauban. Est-il honnête de le réduire à ce seul moment de son existence ? C’est enfin « La République en Marche », dans un communiqué « tombé » hélas dans la corbeille à papiers de la Dépêche, qui a su faire entendre la voix du médecin et de l’humaniste : « J’ai toujours été animé par un désir de transmettre. Transmettre, c’est s’inscrire dans une chaîne en acceptant d’être un maillon. C’est d’ailleurs ce qui me passionnait le plus dans les missions humanitaires : réussir à transmettre, diffuser mes savoirs aux populations dans le besoin… »PM dans son bureau mai 2020-2

Tout est dit ou presque. Moissac fut un peu sa ville d’adoption. Les plus anciens se souviennent du remplaçant du docteur Py, jeune interne qui fit ses premières armes à l’hôpital de la ville pour y travailler ensuite près de 25 ans. L’organisation des urgences dans le département c’est lui ! C’est lui qui soucieux d’offrir à la population une réponse rapide et adaptée en termes de premiers secours, eut l’idée de fusionner sous la même autorité les deux SAMU :  Montauban et Moissac, ce qui permit d’en améliorer grandement l’efficacité. Une première en France ! Les pompiers de notre ville qui eurent l’avantage de travailler avec lui ont encore en mémoire son dévouement, ses qualités d’organisateur, son sens aigu du devoir. Plus tard, quand se posa l’épineuse question du remplacement d’un chirurgien orthopédiste, c’est encore lui qui offrit ses services au maire d’alors, Jean Paul Nunzi, pour obtenir de l’ARS (l’agence régionale de santé) le recrutement du docteur Nesry. C’est encore lui qui derrière le maire, pesa de tout son poids pour que soient octroyés les budgets nécessaires au maintien et à la modernisation du service des urgences de Moissac. Alors, bien ingrats, ou bien ignorants sont ceux qui ces derniers temps l’accusaient de vouloir couler le CHIC au profit de Montauban ! Moi qui ai eu l’occasion d’en discuter à maintes reprises avec lui, je peux attester que ce n’était pas, ce ne fut jamais, son projet.

Ces dernières années, alors que la maladie ne s’était pas encore déclarée, il avait deux grands objectifs. Le premier, qu’il a presque mené à terme, consistait à réunir dans un même lieu la réception et le traitement des appels d’urgence… Créer une sorte de hub, une plateforme dite « 3S » (santé, social, secours) pour mieux répondre aux malades, aux blessés ou aux gens en situation de détresse. Un projet visionnaire, devenu une réalité et qui a fait du Tarn-et-Garonne un exemple à suivre un peu partout en France. Mais, et ce devait être le couronnement de l’édifice, il n’aura pas eu le temps d’obtenir l’accord des parties prenantes pour mettre en place un numéro d’appel unique. L’autre grand chantier qu’il a ouvert est celui de l’hôpital de Montauban, que chacun sait vétuste et inadapté. Son idée, construire un nouvel hôpital, en périphérie de la ville, susceptible de travailler avec les CHU de Toulouse, mais aussi, dans le cadre d’un projet de territoire, avec notre CHIC Moissac-Castelsarrasin. L’objectif : doter le département d’une structure de soins à la hauteur des besoins de la population. Les critiques, les oppositions, les accusations les plus malveillantes n’ont pas manqué pour entraver ce projet, certains incapables de voir plus loin que le bout de leur nez.  Mais la ténacité, l’entregent et la réputation professionnelle de Pierre Mardegan ont probablement eu raison de ces résistances. On peut raisonnablement penser aujourd’hui que le nouvel hôpital verra le jour, même si du côté de Montauban, on se dispute encore sur son futur emplacement. Un hôpital qui pourrait par exemple s’appeler « Pierre Mardegan »!

Pour un Conseil des jeunes

C’est le printemps ! Qui met la nature en fête et tourne les têtes sous les premiers rayons du soleil. C’est le printemps ! Qui réveille une jeunesse qu’on croyait occupée à autre chose, à mille lieues de ce que les Romains appelaient la Res publica. Voilà qu’à la faveur des élections départementales, un petit groupe, filles et garçons de Tarn-et-Garonne, s’est mis en tête de donner de la voix, interpellant les différents candidats en lice pour les scrutins des 20 et 27 juin.

L’affaire est partie de rien, ou de pas grand-chose, des copains d’enfance ou de lycée, tout étonnés de voir qu’un des leurs, Jules Duffaud, ses 18 ans à peine révolus, entrait dans la compétition électorale, aux côtés de Séverine Laurent, Ignace Véla et Nabila Cacouch. Allons donc, un des leurs dans l’arène!  Sous la bannière « terroir et innovation » les voilà se prenant au jeu, l’enthousiasme au front et les poches pleines d’idées modernes.

Bien entendu, quelques-uns découvrent la complexité de nos institutions, les subtilités de la politique, la duplicité de certains candidats, mais ils apprennent vite, consultent à tout va, et délibèrent entre eux avec méthode et application… Dans une lettre ouverte, ils demandent la création d’un « Conseil départemental des jeunes » qui « disposerait d’un réel pouvoir d’action et de décision ». Car ces enfants du siècle, qui sont déjà une trentaine et espèrent gagner de nouveaux ralliements, veulent « travailler aux projets qui les concernent, les mobilités, les formations, la culture… » Les vieux, tous ceux qui n’ont pas leur âge, auraient tort de ne pas les prendre au sérieux. Certains candidats leur ont déjà répondu et veulent en savoir plus. Au pied du mur ! Ils se préparent à convaincre, idées et rhétorique affûtées pour cette sorte de grand oral qui en vaut bien d’autres !

La facho nostalgie

Pétain, Philippe de son prénom, le fameux maréchal, en habit militaire, l’œil rivé sur l’horizon, et l’ossuaire de Douaumont pour toile de fond ! Cette reproduction d’une célèbre affiche de l’an quarante, vient de refaire surface, à Moissac. Pour la deuxième fois en quelques mois, des mains anonymes l’ont collé sur les mursimage0000011 de la ville, s’appliquant à masquer les premières affiches électorales de Séverine Laurent et Ignace Véla.

Cette apparition est tout sauf fortuite. Elle fait écho au « manifeste » de ces généraux à la retraite qui dans une tribune de presse récente, dénoncent le « délitement de la France » et menacent de faire un sort à la République en installant un pouvoir militaire. Eux aussi, comme le vieux maréchal, entendent faire don au pays de leur personne. Fâcheuses et inquiétantes réminiscences, alors que diverses études pointent au sein de l’opinion publique, entre autres dans la jeunesse, un consentement revendiqué à l’avènement d’un pouvoir fort, la tentation de vouloir tourner la page de la démocratie. Marine Le Pen qui a du mal encore à contenir son naturel, s’est dépêchée de faire chorus, pour finalement se raviser et protester de son attachement à nos institutions.

On aurait tort d’en sourire. Un peu partout dans le monde, s’installent à la suite d’un coup d’état, voire même par la voie légale, des régimes autoritaires et réactionnaires qui glorifient la nation et tentent de revenir sur les libertés acquises. A Moissac, lors des dernières élections municipales, le RN a pris la mairie, avec un slogan « Retrouvons Moissac » qui fleure bon un pétainisme de sous préfecture. Mais le propos apparemment bon enfant, déguise à peine une politique dont les Moissagais peuvent déjà mesurer les effets : coupes sombres dans les budgets sociaux, dans les budgets de la culture, reprise en main de la fonction publique, stigmatisation des étrangers, repli sur le territoire communal, développement du tout sécuritaire…

Le score sans appel qui lui a donné les clefs de la ville lors des dernières élections municipales, raconte pourtant quelque chose de plus profond qu’un énervement irrépressible d’un territoire qui s’appauvrit, où « les riches » fuient le bourg centre pour habiter sur les coteaux. L’analyse des résultats dit d’abord qu’un nombre conséquent d’électeurs, « riches » et « pauvres », ont choisi un poulain de l’écurie Marion Maréchal Le Pen, avec comme premier mérite d’être né quelque part. C’est à dire ici ! Etonnante convergence de choix que n’explique que très imparfaitement la division des adversaires du RN. Il faut certainement creuser plus profond, se départir de tout manichéisme marxiste, pour admettre et comprendre ce vote qui a rudement bousculé les traditionnels clivages politiques, conduisant certains rejetons de vieilles familles radicales socialistes à préférer le brun au rose.

Et pourtant, cette ville a une histoire dont elle n’a pas à rougir. Passons sur l’épisode Simon de Montfort, venu réduire l’hérésie Cathare et dont la soldatesque pilla l’abbaye de Moissac, réputée fidèle au Comte de Toulouse. Après la Révolution et l’Empire, avec l’avènement de la troisième République, Moissac s’afficha avec constance républicaine, radicale, puis socialiste à la fin du siècle dernier. Pendant la deuxième guerre mondiale, le pays moissagais ne fut pas un de ces hauts lieux de la résistance armée à l’occupant. Mais à sa manière, il fit preuve d’un extraordinaire esprit d’humanité et de courage tranquille en accueillant plusieurs centaines d’enfants juifs. Avec la suppression de la zone libre, ces enfants furent dispersés dans la campagne alentour, accueillis comme un membre de leur famille par des paysans et jamais dénoncés à l’occupant. Tous échappèrent au sort que les Nazis, aidés par le régime de Vichy leur réservaient. L’Etat d’Israël a décerné à plusieurs de ces familles, le titre de « Justes parmi les nations », réservé à celles et ceux qui ont sauvé des Juifs de l’holocauste.

Mais alors, pourquoi Pétain ici et maintenant ?  Faut-il y voir un retour de flamme maréchaliste chez les tenants du Rassemblement national ? Tout cela n’arrive pas par hasard. Voilà déjà longtemps que les observateurs constatent, en même temps que le RN progresse en France, comme une fatigue démocratique chez nombre de nos concitoyens. Moissac serait-elle un brouillon politique, la manifestation de moins en moins silencieuse, de plus en plus voyante,  de la facho nostalgie !