L’irascible et le gendarme

Depuis déjà plusieurs semaines, la rue Gambetta à Moissac applaudit à tout rompre les personnels médicaux, aides soignants, infirmières, médecins, toutes et tous en première ligne contre le Covid19. Certes, Moissac, et même le Tarn et Garonne, sont pour l’instant épargnés par la pandémie. Mais à travers ce rendez-vous, les habitants du quartier veulent affirmer leur reconnaissance et leur admiration pour toutes celles et tous ceux qui un peu partout en France mènent ce combat. C’est aussi un petit moment de convivialité, volé au confinement, qui,  dans le respect des règles sanitaires, permet aux uns et aux autres de se saluer, de prendre des nouvelles. Un moment de détente souvent accompagné de quelques airs de musique, dans l’attente de pouvoir enfin faire la fête, sans crainte ni contrainte.

Et voilà que lundi soir, la fête a été gâchée par l’intervention d’une patrouille de gendarmes. Sur plainte d’un irascible confiné, qui à l’évidence ne goûte guère les démonstrations de solidarité et de joie populaire, la maréchaussée a fait taire la musique qui s’échappait d’un quatrième étage de la rue. Avec promesse qu’à la prochaine incartade, il y aurait contravention: 135 euros pour non respect du confinement. Clochemerle sur Tarn! Cet incident qui a mis la rue en émoi, et on peut la comprendre, pose cependant une question et oblige à un commentaire. Y avait-il tapage nocturne? A l’évidence non. Trouble à l’ordre public? Pas davantage, sauf à voir dans cette communion nationale du 20 heures, une dangereuse manifestation. Bref, la gendarmerie n’était pas fondée à intervenir. Quant au confiné délateur, on lui souhaite (c’est peut-être une femme) une bonne santé et un dialogue instructif avec sa psyché.

 

 

 

 

Misères

La crise sanitaire du Covid 19 met le doigt, et quel doigt, sur les précarités et ce qu’on appelle les fractures sociales. Prenons le cas de l’alimentation. Le coût du panier de courses des plus pauvres a soudainement doublé, voire triplé avec le confinement. Les prix au supermarché n’ayant pas sensiblement augmenté, c’est le volume du panier qui a changé. Il faut nourrir toute une famille, les enfants notamment,  qui en période ordinaire bénéficient souvent des petits déjeuners gratuits dispensés par l’école, et de la cantine à midi qui leur propose des repas variés et équilibrés pour un prix défiant toute concurrence. Pour les familles dont les seuls revenus sont les minima sociaux, l’aide est considérable. Pour celles qui perçoivent des petits salaires aussi, ces dernières pouvant dans certains cas bénéficier d’une cantine sur leur lieu de travail. On mesure donc en ce moment à quel point, dans le seul domaine alimentaire, le système d’aides publiques ou privées, constitue un efficace outil de redistribution économique et un bouclier contre la pauvreté. C’est bien pourquoi il ne faut pas tergiverser longtemps sur la réouverture de ces structures. Elles sont vitales! Comme le sont les associations caritatives qui contre vents et marées sont restées ouvertes et permettent à des familles dans la difficulté de trouver une aide salutaire.

Rouvrir les cantines, rouvrir les écoles. C’est aussi une nécessité. Certes, il faudra y aller par étapes, définir de nouvelles modalités, mettre en place des organisations adaptées aux situations locales. Mais il faut le faire! Trop d’enfants issus des milieux défavorisés, sont en train de décrocher, de perdre pied, faute de tout: de place à la maison, de matériels informatiques, de parents disponibles et en capacité de les aider. Cette crise sanitaire est un terrible révélateur de pauvreté. Elle jette une lumière crue sur les difficultés matérielles, mais aussi intellectuelles d’une partie de la population. Elle montre toute l’importance des aides sociales, des structures solidaires et des politiques publiques, en l’occurrence le rôle de l’état. En période de croissance économique, quand le système tourne à sa convenance, les plus pauvres d’entre nous ont bien du mal à garder la tête hors de l’eau. Ça devient impossible quand la machine se dérègle, quand les moteurs de l’économie s’éteignent un à un.

Il faut donc les rallumer, ne serait-ce que pour soulager ces gens là, leur redonner un peu d’espoir. Pour donner aussi à notre société les moyens de répondre à nos besoins et pas seulement dans le domaine de la santé. Rallumer les moteurs, sans tarder, mais pour aller où? Vers quel horizon, pour quelle société? Nous aurions grand tort, si l’on se préoccupe du sort des générations à venir, de faire comme si de rien n’était, de vouloir repartir comme avant, comme il y a deux mois. L’environnement, la biodiversité ne sont pas des préoccupations de riches et de bien portants, des variables d’ajustement pour sociétés prospères. Ils sont la matrice de nos vies.  Ils constituent un invariant dans l’équation de la reprise, où économie, social et écologie ont partie liée. Pas d’action sur l’un, sans mesurer les conséquences sur l’autre! C’est à cet effort que nous devons consentir, collectivement, dans le cadre d’un nouveau contrat social qu’il nous appartient d’ores et déjà d’esquisser. Pour reprendre une expression à la  mode, ne procrastinons pas. Ne remettons pas à demain ce que la crise sanitaire nous commande de réaliser. Maintenant!

Moissac solidaire

Le secours populaire, 3 allées Montebello. Tél. 05 63 04 55 70.  Distribution alimentaire maintenue les mardi et jeudi matin de 9 heures à 11 heures.

La Croix-Rouge, 2 rue Louis-d’Anjou. Tél. 05 63 04 41 13. Distribution des colis  le mardi sur rendez-vous pour les inscrits, pas de nouvelles inscriptions possibles. Possibilité de livraison de panier pour les personnes ne pouvant pas se déplacer (tout public) après appel sur le numéro national. La Croix-Rouge peut aussi livrer les « Drive » commandés à l’Intermarché et réglés en ligne. Renseignements, Tél. 06 70 40 74 48 ou 06 81 11 30 28.

Les Restos du cœur, Tél.06 82 04 52 58. Distribution maintenue tous les lundis à l’espace Confluences.

Le secours catholique. Distribution d’aides financières aux précaires sous forme de chèques service (ou bons d’achats selon les accords locaux déjà en place) pour achats dans les commerces de proximité.

Covid 19: repères

La crise du Coronavirus

Elle a pris tout le monde par surprise. Aucun pays n’y était préparé. La Chine, qui a voulu cacher le problème, a réagi tardivement (décembre)  à l’alerte lancée par certains de ses médecins. Premiers cas de COVID 19 en France : 24 janvier, deux cas à Paris, un à Bordeaux.

  • 9 février, 11 cas identifiés et un premier décès le 15 février à l’hôpital Bichat.
  • Le 17 février, grand rassemblement évangélique à Mulhouse, point de départ de l’épidémie dans le Grand Est.
  • 26 février, deuxième mort en France (hôpital Pitié-Salpétrière). 27 février, 20 personnes sont déclarées contaminées par le virus, puis 57 le lendemain (67 cas identifiés en Allemagne à la même date).
  • Le 11 mars, l’OMS estime que la terre entière est face à une pandémie nouvelle. Même jour, la France compte 2281 cas et 48 décès. Création d’un Conseil scientifique auprès du gouvernement
  • 17 mars : fermeture de l’espace Schengen
  • 24 mars : création du CARE, deuxième conseil scientifique auprès du Président

Macron a-t-il pris à temps les bonnes décisions ?

  • 23 février : 70 hôpitaux sont mis en dispositif d’alerte
  • 6 mars. Lancement du Plan Blanc afin que les hôpitaux, publics et privés libèrent le maximum de lits pour accueillir les malades COVID. Toutes les opérations qui pouvaient attendre ont été reportées. 600 établissements concernés.
  • 16 mars : fermeture des écoles, crèches et universités
  • 17 mars. Mise en place du Confinement de la population, avec des mesures restrictives de circulation
  • 18 mars. Etat d’urgence sanitaire qui permet au gouvernement d’agir par décrets

Le gouvernement a-t-il changé de discours à propos des masques ?

Agnès Buzyn alors ministre de la santé, déclare le 24 janvier que les risques de propagation du virus sont « très faibles » Elle ajoute le 26 janvier, qu’il inutile d’acheter des masques et précise que l’état dispose de dizaines de millions de masques. En fait, il y en avait 117 millions en stock. Très insuffisant au regard des énormes besoins comme chacun a pu le constater. D’où les discours contradictoires sur l’utilité et la fonction réelle des différents masques.

Olivier Véran, ministre de la santé, annonce le 7 mars, la commande de deux milliards de masques à la Chine qui seront livrés progressivement d’ici le mois de juin.

Il explique que dans l’intervalle, priorité est donnée aux personnels médicaux et de soins. Mais, les autorités scientifiques s’interrogent encore sur l’intérêt de généraliser le port du masque à toute la population.

Comment en est-on arrivé là ?

  • 2007. Création du corps de réserve sanitaire et création de l’EPRUS (établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) un établissement public chargé d’acheter et de stocker les matériels nécessaires en cas de pandémie grave. Un milliard de masques sont alors commandés.
  • 2010.La Cour des Comptes dénonce les dépenses inutiles en masques et vaccins suite à l’épidémie de H1N1. Michel Issindou, député socialiste, sonne la charge contre Roselyne Bachelot, relayé par le Vert Yannick Jadot.
  • 2013. Une note des services du premier ministre, Jean Marc Ayrault, attribue aux employeurs la responsabilité de constituer des stocks de masques. 2014. L’état décide de ne pas renouveler les stocks de masques et médicaments.
  • Entre 2016 et aujourd’hui, la doctrine reste inchangée. De leur côté, les hôpitaux qui encaissent plans de rigueur après plans de rigueur n’ont guère les moyens d’anticiper les besoins. Quant aux entreprises, elles ne voient pas l’intérêt de gonfler leurs immobilisations.

Nos hôpitaux manquent-ils de lits de réanimation ?

Oui au regard des besoins actuels qui sont exceptionnels, même si pour l’instant notre système hospitalier parvient à faire face. Mais comment prévoir une telle situation ? En l’occurrence, il faut distinguer les lits, du matériel qui va avec. Un lit, ça se trouve. En revanche les respirateurs fabriqués pour l’essentiel à l’étranger, ne sont pas immédiatement disponibles.

L’enjeu n’est pas de multiplier les lits de réanimation, mais de se doter des capacités en matériel afin de pouvoir répondre à une situation de crise. Cela veut donc dire qu’on doit stocker matériels et produits tout en étant capables de les fabriquer. Cela s’appelle la souveraineté sanitaire.

Les EPHAD ont-ils été « sacrifiés » à la lutte contre la pandémie ?

Non, ils ont bénéficié très tôt du matériel de protection nécessaire, ils ont pris en général les bonnes mesures de protection des pensionnaires. Mais le grand âge et les pathologies liées rendent ces populations particulièrement fragiles.

Le traçage numérique  est-il dangereux pour les libertés individuelles ?

D’autres l’utilisent déjà :  Singapour, la Corée du Sud, Israël… sans parler de la Chine. Mais la technologie peut aider à faire régresser la maladie. Elle n’est pas une menace pour les libertés dans un pays qui en encadre l’usage (durée, type de données…) et où les contrôles démocratiques sont nombreux et efficaces. La France dans le cadre du projet Stop-Covid travaille à la mise en place de ce type d’outils autour de la technologie bluetooth.

La crise économique

La France est entrée en récession. Un mois de confinement c’est 3% de PIB en moins. L’activité économique a chuté de 32 à 35%. Particulièrement touchés : la construction, le commerce, transports, hébergements. Bien plus violent qu’en 2008. 130 000 entreprises ont fait une demande de prêts garantis par l’état.

Le plan d’urgence économique prévoit 300 milliards d’euros en garantie des prêts bancaires auxquels viennent de s’ajouter 100 milliards pour financer les mesures de soutiens aux salariés et aux entreprises.

Les aides pour les salariés

  • Prime exceptionnelle pour les salariés au travail (personnels soignants, fonctionnaires…)
  • Prime défiscalisée de 1000 euros dans le secteur privé)
  • Renouvellement automatique des droits des allocataires sociaux
  • Chômage partiel, plus de 6,9 millions de salariés concernés (CDD, CDI intérim). 84% du salaire net remboursés à l’employeur qui en fait l’avance
  • Possibilité de cumuler chômage partiel et activité parallèle
  • Plan de formation pour ces salariés
  • Aide sous condition de 1500 euros pour les indépendants, renforcée par de nouvelles dispositions
  • Plan « massif » pour l’hôpital et la revalorisation des carrières.

Les aides pour les entreprises

  • Délais de paiement d’échéances sociales ou fiscales
  • Remise d’impôts directs
  • Reports de paiement des loyers et factures (eau, gaz, électricité)
  • Prêts garantis par l’Etat
  • Rééchelonnement des crédits bancaires
  • Marchés publics : pas de pénalités en cas de retard
  • Aides pour la mise en place du télétravail

Un plan européen de soutien à l’économie

La France a bataillé jusqu’au bout de la nuit. Un accord a finalement été conclu : 540 milliards d’euros débloqués par l’UE en soutien aux économies. « Une grande victoire » a dit Bruno Lemaire. Sans contrepartie car à la faveur de cette crise sanitaire tous les tabous sont tombés, sur l’endettement ou la dépense publique.

 

 

Déconfiner l’internet

Les jeunes sont en vacances. Il était temps, pour eux et pour leurs profs surtout. Une de mes amies qui enseigne dans un lycée technique me racontait l’autre jour son confinement. Quatorze heures par jour le nez sur l’ordinateur, l’oreille chauffée à blanc par le téléphone pour tenter de faire cours à distance. « Un enfer » disait-elle ! Pourtant les enseignants ont tenu bon et font preuve en général d’un engagement qui force le respect.

En fait, personne n’était préparé à la survenue de cette pandémie. Et si l’institution scolaire a vite réagi, si les enseignants se sont mis au diapason et ont maintenu tant bien que mal le lien avec leurs classes désormais éparpillées, les difficultés sont vite apparues du côté des élèves. 5 à 8% d’entre eux auraient décroché.

« Tu sais, la fracture numérique, ça existe, je l’ai rencontrée » me disait encore cette enseignante. Une fracture numérique qui comme par hasard calque d’assez près la fracture sociale. En clair, plus les jeunes sont issus d’un milieu économiquement et culturellement défavorisé, plus ils ont du mal avec les outils numériques. Contrairement à une idée reçue, la génération smartphone n’est pas uniformément geek. Si 80% des jeunes (chiffre officiel qui semble sous-évalué) possède un téléphone portable, ils sont beaucoup moins nombreux à disposer d’un ordinateur, personnel ou même familial. Et quand il y en a un à la maison, il n’offre pas toujours un bon accès à l’internet. La faute aux réseaux -le haut débit n’est pas partout- aux abonnements, trop chers ou trop limités. Il faut ajouter à ces difficultés matérielles, liées aux outils, la concurrence entre les usagers familiaux qui pendant les périodes de confinement s’exacerbe : télétravail, devoirs scolaires ou universitaires, jeux électroniques…

En fait, nombre de jeunes utilisent les appareils numériques, les smartphones pour téléphoner bien sûr, mais aussi pour s’installer sur les réseaux sociaux. Les plus jeunes, selon une hiérarchie des âges parfaitement établie, préfèrent désormais Instagram à Snapchat.  Cette population des 16-18 ans est assez peu présente sur Twitter, Pinterest ou Linkedin qui apparaissent comme des réseaux plus spécialisés, plus « professionnels ». Facebook, a même pris un coup de vieux, il a été massivement abandonné par les millennials. Ces grands ados font en effet grande consommation de photos et vidéos. Ils échangent au sein de leur communauté des messages qui échappent à toutes les règles orthographiques ou syntaxiques.

Une partie non négligeable de cette jeunesse ne sait pas faire beaucoup plus que ça. Elle ignore à peu près tout des autres usages d’un ordinateur ou d’une tablette. Selon l’INSEE, 38% des utilisateurs d’internet ont des difficultés dans au moins une des compétences numériques de base : rechercher l’information, envoyer un courriel, copier des fichiers ou utiliser un traitement de texte. Si l’illectronisme, c’est le néologisme qu’on utilise pour parler de l’illettrisme numérique, touche certes plus massivement les retraités que les jeunes, il n’en demeure pas moins que trop de lycéens, issus pour l’essentiel de milieux sociaux modestes, présentent ce type de difficultés.

La fracture numérique apparaît ainsi pour ce qu’elle est d’abord : une fracture socio-culturelle. Là on parle uniquement d’usages. Pas de programmation, ni de conception de réseaux. Mais il est clair que se servir d’internet pour se cultiver, pour écrire, pour travailler, pour partager le fruit de son travail suppose aussi un apprentissage, d’autant plus naturel que le milieu familial en offre un cadre. Il en va de l’usage du numérique comme de la lecture ou du goût pour les musées : ça s’apprend, ça s’entretient. La question de la formation apparaît dès lors essentielle, d’autant que nous ne sommes pas à l’abri de vivre demain une situation sanitaire semblable. Les usages du numérique comme un des savoirs fondamentaux ! A charge pour l’école, mais aussi le collège d’en montrer toutes les facettes, de permettre aux élèves d’en toucher l’utilité du doigt.

Et puis, jeunes ou vieux peuvent avoir besoin d’un accompagnement, d’un soutien. A cet égard, MAJ (Moissac animation jeunes), mais aussi d’autres associations font un travail de première importance. N’y a-t-il pas là nécessité de construire une véritable politique publique? Dommage qu’en ces temps de confinement, certaines de ces structures ont elles aussi baissé le rideau.

Moissac: rebattre les cartes!

Le 15 mars fut donc un coup pour rien. Les élections municipales seront très certainement reportées en octobre, voire plus loin si l’on en croit les propos du premier ministre. La grande majorité des communes ne sont pas concernées qui ont déjà élu leur conseil. Pour elles, les résultats du 15 mars sont acquis, même si pour l’instant, confinement oblige, les maires sortants jouent les prolongations, au grand dam souvent des nouveaux élus. A Moissac, on refera le match, premier et deuxième tour. Pas de bol pour le RN qui se voyait déjà dans le fauteuil du maire, une chance pour Moissac et pour les autres, les quatre autres qui vont devoir décider si, instruites de ce premier galop d’essai, elles y retournent ou pas.

La raison devrait leur commander de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Quatre listes face au RN, c’est à coup sûr partie gagnée pour les Lepénistes. Je lis et constate que certains découvrent maintenant le problème. Ce n’est pas mon cas. Il y a plus d’un an, j’expliquais à droite comme à gauche, que sans rassemblement, sans un front républicain, nous courrions tous à l’échec. On a vu le résultat. Mais il ne suffit pas d’avoir raison pour convaincre. Je n’y suis pas parvenu, mon équipe n’y est pas parvenue. Nous nous sommes heurtés à des intransigeances coupables. Les uns croyant leur heure venue, n’ont pas voulu saisir la main tendue. Les autres, héritiers aveugles et sourds au jugement des Moissagais, ont cru pouvoir imposer un leadership hors de saison.

Mais quel était donc la cause profonde de ces impossibles rapprochements ? Les égos, pas grand-chose de plus ! Ce sentiment qui est finalement la chose du monde la mieux partagée que l’autre n’est pas légitime, n’est pas conforme, n’est pas de la famille : le mouton noir ! Il suffit de peu, il suffit de rien pour donner corps à ce qui apparaît au final comme du ressentiment : de vieilles et minuscules histoires ressassées parfois comme un mantra, de petites frustrations, des jalousies rentrées, des ambitions tristes, contrariées, le tout maquillé d’un improbable vernis idéologique pour justifier cette pathétique altérité. Il en est même qui se croient investis d’une mission, détenteurs d’une vérité historique, moines soldats venus des siècles précédents. L’inquisition et la Guépéou réunies !

Mais le programme monsieur ? Les programmes, il suffit de les lire. Excepté celui du RN, qui promettait de ressusciter le temps de nos grands-mères, tous les autres tournaient autour de quelques valeurs cardinales, la tranquillité, la solidarité, et même le développement durable devenu un marqueur de l’époque. Autant dire qu’il n’y avait pas là un obstacle insurmontable. Notre liste, « Moissac naturellement » avait construit ses propositions autour de ces mêmes valeurs en les inscrivant dans une vision pour notre ville, et surtout en leur donnant une cohérence avec l’Ecopôle. La clé de voûte du système. Car là était et demeure toute l’originalité de ce programme. Faire de la préoccupation écologique, une chance pour le territoire. Conjuguer l’économie, le social et l’environnement. Je ne vais pas ici détailler à nouveau cette proposition, (à découvrir ou redécouvrir en cliquant ici), mais je ne peux m’empêcher de pointer pour mémoire, et pour demain, l’ambition que nous portions et qui demeure : l’autonomie alimentaire, les circuits courts pour les producteurs, les ateliers solidaires pour un territoire zéro chômeurs, ou encore les entreprises liées au numérique dont on mesure en ce moment toute l’importance, mais dont on voit avec effarement qu’il épouse les fractures sociales.

Je ne sais pas à cette heure ce qui se passera dans les mois qui viennent. Avec mes amis, nous poursuivons la réflexion, nous prendrons le moment venu les initiatives utiles, nécessaires pour assurer à notre ville un avenir de progrès économique, social et environnemental. Mais à mes yeux, une chose est certaine : il faudra rebattre les cartes, il faudra que chacune et chacun qui s’intéresse à la chose publique accepte de tourner la page et s’inscrive dans une nouvelle donne. Pour Moissac !

 

Le masque et le Covid

Comme tout un chacun en ces temps incertains et angoissants, j’écoute, je regarde, je lis tout ce qui touche de près ou de loin au Covid 19. Et je dois confesser que je ne comprends pas tout. Normal, je ne suis ni médecin, ni chercheur. Cependant, cette crise a le mérite de nous rappeler avec force que la santé, comme d’autres secteurs certainement, mais la santé plus que tout autre, ne saurait être régie par les lois du marché, les principes de rentabilité immédiate et autres calculs comptables. Et ça, ça crève les yeux !

La France à l’évidence ne s’était pas préparée à la survenue de ce virus. Comment l’aurait-elle pu, alors que la bestiole était inconnue au bataillon. Aucun pays d’ailleurs n’avait cru possible une telle pandémie, sauf peut-être Steven Soderbergh en 2011 avec son film « Contagion ».  Dans ces conditions, faire ce procès au gouvernement comme l’envisage une partie de l’opposition, a quelque chose de pathétique. Ou alors, c’est la quasi-totalité de la classe politique, la haute administration, les corps constitués, les partis de tous bords qu’il faut incriminer. Ça fait du monde !

La chronologie des événements montre que le pouvoir politique et les responsables de la santé, qui travaillent d’ailleurs en étroite coordination, cherchent depuis le début à s’adapter, avec les moyens dont ils disposent, à la progression de cette pandémie dont on peine encore à connaître l’origine exacte, et même la puissance pathogène du virus. Ils tentent dans le même temps d’anticiper les besoins, en s’appuyant sur des modèles mathématiques, qui déterminent les commandes, les mises en fabrication de matériels, masques, tests, respirateurs, dont on voit bien qu’ils font cruellement défaut, en France, mais aussi un peu partout en Europe, sans parler des USA. C’est en effet incontestable, la France n’avait plus de stocks ou si peu. La France était désarmée pour reprendre le vocabulaire guerrier du Président de la République.

 

Petit rappel historique.

  1. A la suite de la grippe aviaire, le sénateur Francis Giraud (RPR) propose une loi que Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé fait adopter en 2007. C’est la création du corps de réserve sanitaire, dont les soignants mesurent aujourd’hui toute l’utilité. C’est aussi la création de EPRUS (établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) un établissement public chargé d’acheter et de stocker les matériels nécessaires en cas de pandémie grave. Un milliard de masques sont alors commandés. Le fameux milliard après lequel court aujourd’hui Olivier Véran, le ministre de la santé.

 

  1. Le H1N1, la grippe A, s’invite en France. Bilan : 342 morts. « Seulement » ose alors écrire la Cour des Comptes. Ce « seulement » fait la balance entre le bilan et les dépenses de précaution : 662 millions d’euros. Entre autres des vaccins devenus inutiles, rendus aux laboratoires qui empochent au passage 48 millions d’euros au titre de dédommagement. Bref ça crie de tout côté à la gabegie. Michel Issindou, député socialiste, sonne la charge. Relayé par le Vert Yannick Jadot qui mène campagne contre les vaccins. Roselyne Bachelot, bien seule alors, se voit clouée au pilori.

 

  1. Une note des services du premier ministre, Jean Marc Ayrault, attribue aux employeurs la responsabilité de constituer des stocks de masques. 2014. La commission des finances du Sénat (Gérard Larcher était déjà président de la Haute assemblée) annonce que certains stocks de masques et autres médicaments ne seront pas renouvelés. Enfin cerise sur le gâteau, en 2016, l’EPRUS est intégré dans un nouvel établissement, « Santé publique France ». Une quasi dissolution, une « grave erreur » dit aujourd’hui Francis Delattre, vice-président de la commission des finances du Sénat. Lucidité bien tardive !

Et entre 2016 et aujourd’hui, la doctrine reste inchangée. La haute administration s’en tient à ses préceptes : il faut faire la chasse aux dépenses non immédiatement rentables. De leur côté, les hôpitaux qui encaissent plans de rigueur après plans de rigueur n’ont guère les moyens d’anticiper les besoins. Quant aux entreprises, elles ne voient pas l’intérêt de gonfler leurs immobilisations. C’est ainsi que la pandémie venue, la France s’est trouvée bien démunie et contrainte de gérer la pénurie. Avec, il est vrai, maladresse, au moins au début de la crise !  Les palinodies gouvernementales autour de l’utilité du masque cachaient mal l’état des lieux et ont jeté le doute sur la parole de nos dirigeants. On peut cependant comprendre le gouvernement. Annoncer sans précaution que l’état n’avait pas prévu ce cas de figure, c’était tout à la fois affoler l’opinion publique, instruire le procès des équipes dirigeantes précédentes, et le sien propre. Fallait-il ajouter de la crise à la crise ?

L’épreuve que nous traversons va certainement conduire le gouvernement à d’importantes révisions. Il le faut ! On sait désormais que nous ne sommes plus à l’abri d’une pandémie ravageuse. Il faudra donc reconstituer les stocks, redonner vie à l’EPRUS. Il faudra aussi, le Président s’y est déjà engagé, fabriquer en France ou tout du moins en Europe les médicaments, les matériels médicaux nécessaires à la protection de la population. Ne plus dépendre d’une mondialisation débridée ! C’est peut-être le début de la sagesse, qui permettra, dans la foulée, de relocaliser d’autres productions industrielles sur notre territoire. Il ne suffit plus de dénoncer la politique de désindustrialisation de la France. Il faut passer aux actes. L’histoire des masques médicaux est à cet égard emblématique de nos déficiences. Et de nos espoirs.

 

 

 

Confiance!

Le Covid 19 n’a pas encore massivement frappé le Tarn et Garonne. Notre département, et son voisin le Lot semblent à l’écart de la vague qui frappe le grand Est et la région parisienne. Mais ne nous y trompons pas. Le virus est bel et bien présent en Occitanie, notamment dans les départements de l’Aude, des Pyrénées orientales ou de l’Hérault. Ces foyers sont probablement la conséquence des récents rassemblements religieux à Perpignan, Quillan ou Lézignan. Mais à l’heure qu’il est, le virus n’a plus besoin de ça. Il galope. Les spécialistes craignent que la pandémie se répande prochainement sur nos territoires. Raisons de plus pour respecter à la lettre les consignes de confinement, les gestes barrières, ne pas chercher à défier un ennemi invisible et sournois. Ne pas jouer au plus malin !

Il faut saluer l’extraordinaire travail des soignants, tous métiers confondus, qui au front, ou à l’arrière mettent tout leur savoir, toute leur énergie pour sauver, soigner, circonscrire les foyers d’infection. Cela mérite notre admiration, notre soutien et aussi notre engagement en tant que citoyens responsables. Ces femmes et ces hommes ont droit à la reconnaissance de la nation, et cela devra se traduire par une amélioration sensible de leurs salaires, comme de leurs conditions de travail.

Il faut aussi saluer le travail des autres, aides à la personne, caissières, agents d’entretiens, éboueurs, ouvriers, routiers, conducteurs de train…  de toutes celles et ceux qui maintiennent la France économiquement en vie. Sans eux, plus de quoi se nourrir, se chauffer, s’éclairer. La bataille contre le Covid 19 se mène concurremment sur deux fronts : sanitaire et économique. C’est bien pourquoi, les entreprises comme l’état employeur doivent en tirer les conséquences : en assurant une protection optimale à ces salariés et en augmentant les rémunérations des plus exposés qui sont souvent les moins bien payés. C’est pourquoi, il faut également tout faire pour maintenir à flot notre appareil de production comme les activités des travailleurs indépendants. Même au prix d’un endettement massif !

Il faut saluer aussi les associations caritatives qui doivent faire face à une chute des effectifs bénévoles, ces derniers ayant majoritairement plus de soixante-dix ans, ce qui leur interdit de s’exposer. Elles ont besoin de nous, on doit les aider à tenir bon pour demeurer aux côtés des plus fragiles. Il faut parler des commerçants qui livrent à domicile, des agriculteurs qui vendent leur production par drive interposés, des petites solidarités entre voisins. Tout cela ouvre un coin de ciel bleu sur nos têtes angoissées.

La solidarité, le civisme, c’est aussi de savoir résister aux fausses informations, aux rumeurs ravageuses, c’est faire confiance aux spécialistes même si leur savoir peut parfois être pris en défaut ; c’est faire confiance aux pouvoirs public, au gouvernement dont l’engagement total ne souffre pas la discussion, même si parfois il hésite, semble avancer à tâtons, se prend les pieds dans le tapis de la communication. Qui peut sérieusement croire qu’il pourrait en être autrement! La situation est inédite, impensable il y a encore trois mois. Nous vivons un véritable cataclysme qui met à mal nos organisations, notre mode vie, notre confiance dans le progrès. Dans quelques semaines, le plus tôt possible, viendra le moment de poser les questions, toutes les questions et d’interroger à l’aune de cette expérience nos certitudes et nos aveuglements.