Urgence aux urgences

La démarche est inhabituelle, mais révèle le malaise des élus et l’émoi des populations. Le maire de Castelsarrasin et celui de Moissac ont déposé plainte contre l’Agence régionale de Santé. Motif de la démarche : l’annonce d’une fermeture des urgences à Moissac, et ce dès le 1° juillet. Un coup de massue en pleine canicule! IMG_72911 2Un mauvais coup politique aussi entre les deux tours d’une élection législative qui s’annonce fort incertaine. A quoi joue donc le directeur de l’ARS ? Pourquoi tant de précipitation et une communication aussi défaillante ?

Pour la précipitation, faute d’informations plus précises, cela relève de son choix, même si un haut fonctionnaire, tenu par ailleurs à un devoir de réserve, ne peut ignorer qu’une telle annonce dans la période est de nature à conforter le vote RN. Pour la communication, il devra je l’espère s’en expliquer avec le ministère. Chacun sait que la situation des hôpitaux est aujourd’hui très difficile, raison de plus pour être prudent dans les mots, pédagogue dans le discours. Ce que à l’évidence, il ne fut pas.

Urgences asphyxiées

Alors reprenons le dossier. Non les urgences de Moissac ne fermeront pas, au sens où elles disparaitraient du paysage. Il restera cet été et même après, à l’hôpital de Moissac, un service des urgences, prêt à accueillir les cas graves. Mais c’est l’accès qui va changer. Jusqu’à maintenant, pendant la journée, ce service était ouvert à tout un chacun et ne faisaient pas le « tri » entre les patients. Résultat, plus de 80% des cas relevaient de la « bobologie », ces affections qui concernent le plus souvent la médecine de ville et qui ne nécessitent pas une intervention médicale immédiate. A compter du 1° juillet, cela va changer. L’orientation des malades se fera bien amont. Les patients auront obligation d’appeler le « 15 » où un médecin régulateur fera un pré-diagnostic. Normalement, c’est par lui ou elle que tout devra passer. Sa responsabilité sera d’évaluer la gravité du cas en présence et de choisir la bonne option : pharmacie, médecine de ville, hôpital…En fermant ainsi l’accès direct au service des urgences, l’autorité administrative espère redonner un peu d’oxygène à un système qui ne respire plus. Et si par habitude ou commodité, certains contournaient le dispositif, s’aventurant jusqu’à la porte de l’hôpital, il serait procédé avant l’entrée, à une orientation tout aussi impérieuse.

La crise touche une grande partie des hôpitaux de France. Il manque des spécialistes, des généralistes, des personnels de soins, des équipes médicales. Et dans l’histoire, ce qui est un comble, ce n’est pas l’argent, ni même les postes budgétaires qui font défaut, c’est la ressource humaine. On paie cash le numérus clausus, mais aussi le COVID qui a profondément changé le rapport au travail, les salaires trop bas depuis trop longtemps, une organisation de la santé trop libérale laissant les médecins sans contraintes, sans astreintes et faisant peser sur l’hôpital public l’essentiel de la charge de soins. On paie les réflexes de castes, un cloisonnement bétonné des professions du soin. On paie aussi une conception bien trop consumériste de la santé, faisant la part belle aux traitements et pas assez à la prévention. Il est vrai que les urgences, c’est gratuit, prises en charge intégralement par la sécurité sociale, ce qui n’encourage guère à la modération.

Refonder le système

Mais Moissac, Castelsarrasin, comme d’autres territoires sont devant un problème grave, qui concerne la santé de tout un chacun. Dans ce bassin de population, il est déjà presque impossible de trouver un médecin de famille, qui accepte de nouveaux patients, alors que la population grossit et rajeunit. Il est presque impossible d’avoir un médecin traitant.  Trouver un médecin en dehors des heures de bureau devient un parcours du combattant… Il devient donc très difficile de se faire soigner en dehors de l’hôpital. Comme il devient quasi impossible, quand on n’est pas dans la boucle, de bénéficier des politiques de prévention.

« L’ARS a pris cette décision de manière unilatérale, sans concertation avec les élus dont je fais partie. Elle n’a pas été suivie d’une solution alternative pour assurer la continuité des soins sur le bassin de population concerné. En effet rien n’est envisagé ni avec les médecins de ville, ni avec les infirmiers libéraux dans la prise en charge des soins immédiats sans conséquence sur la vie d’autrui » Le maire de Castelsarrasin a soulevé dans sa plainte une question de fond : la responsabilité des soignants, mais aussi celle des élus, alors que rien, aucune alternative un tant soit peu organisée et opérationnelle n’a été mise sur pied. Qu’adviendrait-il en cas de pépin majeur ? Qui endosserait la responsabilité devant la justice ? On sait que les interactions sont totales entre la médecine de ville, les pharmacies, les personnels libéraux de soins et l’hôpital. Cet ensemble fait système. Modifier les conditions d’accès à l’un des secteurs a des répercussions immédiates sur l’autre. Or rien n’a été prévu, pensé, organisé en amont. Elus et administration, il faut bien le dire, ont fait l’autruche, depuis des mois, des années même, en dépit des cris d’alarme d’une partie de la population. Chacun s’est satisfait de rustines qui ne tiennent même plus, quand la situation impose une refondation du système. Ce qui demande du courage, de l’énergie et du temps. Et c’est bien cela qui manque !

Parlez-moi du courage

Dimanche 19 juin, dans la deuxième circonscription de Tarn et Garonne, pas une voix ne doit manquer à Christian Astruc. Le combat contre le RN s’annonce en effet difficile. La Marine locale, par ailleurs inconnue de tous, dispose sur le papier d’une confortable avance et d’une petite réserve de voix chez les Reconquérants (le nom ne manque pas de piquant).

L’ancien président du Conseil départemental pouvait espérer un Front républicain, un réflexe basique chez ses concurrents défaits à l’issue du premier tour. Hélas, trois fois hélas, il n’en est rien. La NUPES du coin qui rappelons le regroupe des Insoumis, des socialos, des Verts et des Générations (je dois oublier une ou deux chapelles) se félicite dans un communiqué de son résultat, dont il faut pourtant dire qu’il n’égale pas la somme (théorique) des voix que chacune des formations sus mentionnées avaient obtenue en 2017. Succès tout relatif donc ! Mais là n’est pas la question. Eliminée du second tour, on pouvait penser que la Nouvelle union aurait à cœur de faire battre le RN et donc d’appeler à voter pour le républicain, Astruc, comme l’a d’ailleurs fait le PCF, membre du cartel des gauches. Que nenni ! Dans un texte que les jésuites impénitents n’auraient pas renié, elle déclare : « la NUPES de la 2ème circonscription du Tarn-et-Garonne, dans toutes ses composantes, radicalement opposées à l’extrême droite, est unie pour faire front contre le RN » Colossale finesse ! Mais la NUPES du coin a juste oublié qu’elle est éliminée. Elle ne pourra donc pas faire front contre qui que ce soit, sinon en paroles. Pas de front républicain, pas même un appel à VOTER contre le RN. Ite missa est !

Et Sylvia Pinel, la PRG, députée sortante, éjectée dès le premier tour après un mandat dont on peine à établir l’esquisse d’un bilan ? Que dit-elle, que fait-elle ? Elle se retire, et se morfond, elle qui fut depuis les origines fidèle au radicalisme, à la terre, à son clan. Voilà que ses réseaux se délitent au vu et au su de tous. A en croire la Dépêche du Midi, 73 maires ou élus locaux devaient lui assurer une élection sans problème, tant son ancrage local faisait l’admiration des foules ébahies. Résultat, à peine une petite poignée des communes concernées n’a pas fait mentir le pronostic. Les électeurs des autres ont préféré le RN, Astruc, voire la NUPES… En guise de bilan, c’est parlant !  Mais le comble est à venir. Dans un texte où elle se décore de la médaille du courage, elle conclue : « Ma volonté de servir la France et le Tarn-et-Garonne demeure intacte. Demain, je mènerai de nouveaux combats, d’une manière différente certes, mais en gardant la boussole qui a toujours été la mienne : agir pour l’intérêt général » Ne manquerait-il pas quelque chose ? Un appel à voter dimanche par exemple, mais aussi un appel à voter Astruc, seul rempart désormais devant le RN ? Et bien non. Rien ! Les valeurs de Sylvia Pinel ne résistent pas à ses inimitiés. Le Front républicain ira se faire voir. Ah le courage, ça se mesure, ça s’éprouve, ça ne se porte  pas en breloque !

Législatives: La chute de Pinel

Sylvia Pinel, la députée sortante de la deuxième circonscription de Tarn et Garonne n’a pas été qualifiée pour le second tour de ces législatives. Battue d’une très courte tête par Christian Astruc, candidat de la majorité présidentielle. A l’heure où j’écris ces lignes, l’entourage de l’ex députée s’interrogerait même sur l’opportunité de faire un recours tant le score est serré  (92 voix de différence). Mais une chose est sûre : une page vient d’être tournée dans cette circonscription qui des décennies durant était restée fidèle au patron de la Dépêche du Midi.  Le camouflet est magistral quand on compare le score de 2022 (20,19%) à celui de 2017 (27,31%) et ce malgré l’appel in extremis en faveur de la candidate de 73 maires ou élus locaux. Le radicalisme à la mode de chez nous ne fait plus recette et le soutien de quelques sections PS qui s’étaient affranchie de la NUPES, ne semble pas avoir donné les résultats escomptés. Faut-il dès lors craindre une crise dans la majorité départementale mise ainsi à rude épreuve avec la défaite d’une de ses égéries?

Le RN, après ses scores flatteurs de la présidentielle, il fallait s’y attendre, arrive très largement en tête de ce premier tour avec les 31% réunis par une inconnue qui se paye même le luxe de faire plus de 34% à Moissac comme à Castelsarrasin. En 2017, le candidat RN devenu maire de Moissac n’avait obtenu au premier tour que 21,63%, avec il est vrai la présence d’un candidat LR, crédité alors de plus de 18%. En tête, la candidate RN n’a pas sur le papier un gros réservoir de voix. Outre les 5% de Reconquête qui ne lui sont pas tous promis, elle devra chercher loin, la tâche n’est pas forcément impossible, pour obtenir une majorité absolue.

L’autre événement de la soirée, ce sont les 20,58% de Christian Astruc, candidat de la majorité présidentielle, revendiqué Horizons.  Un revenant ! L’ancien président du conseil départemental était sorti du bois au dernier moment, conduisant une campagne de terrain, réactivant ses très nombreux réseaux. Ça a payé ! Certes la partie est loin d’être gagnée, mais il veut espérer un réflexe républicain qui lui permettrait de récupérer une partie des 9 ou 10000 voix qui lui manquent pour s’imposer. Sylvia Pinel donnera-t-elle des consignes de vote ? Et la NUPES, arrivée en quatrième position, suivra-t-elle les consignes nationales ? Avec presque 19% (9272 voix), la candidate LFI fait cependant un peu moins bien qu’espéré. En 2017, la gauche totalisait en effet plus de 11000 voix sur la circonscription. C’est donc à ces seules conditions, renforcées par un regain de participation, que Christian Astruc peut espérer créer la surprise, le 19 juin au soir.

 

Tarn-et-Garonne : la gauche à hue et à dia

A Gauche, rien de nouveau en Tarn et Garonne ? Mais si, rideau sur la NUPES ! Retour à la case départ ! PS-PRG d’un côté, Verts-Insoumis de l’autre ! Sans tambour ni trompette, chacun a retrouvé son écurie, laissant rigolards, pantois, amers, enragés c’est selon, des électeurs qui n’ont rien compris à la séquence. Des électeurs d’autant plus contrariés, qu’un peu partout en France, la Nouvelle union populaire, écologique et sociale se sent pousser des ailes (27% des intentions de votes si l’on en croit le dernier sondage SOFRES, portant sur près de 12000 sondés). Mais que se passe-t-il donc dans ce département, pourquoi ici rien ne fonctionne-t-il comme ailleurs ?

Parce que c’est lui, parce que c’est elle, serait-on tenté de dire. Lui c’est Baylet, le PRG qui n’a pas voulu participer au grand marchandage NUPES, estimant qu’il était assez grand, assez fort pour tenter sa chance, sous ses propres couleurs, au premier tour des législatives. C’est ainsi que dans la deuxième circonscription du Tarn et Garonne et contre toute attente, la députée sortante, Sylvia Pinel rempile, sabre au clair, forte du soutien du quotidien régional et des réseaux que le Bayletisme a tissé depuis des décennies sur tout le territoire. A sa gauche, les Verts qui pensaient tenir le bon candidat, ont dû faire profil bas et laisser la place à une Insoumise.  Elle a rapidement déchanté. Où étaient passés les camarades socialistes, pourtant signataires de l’accord avec Mélenchon ? Envolés nuitamment comme une bande de moineaux effarouchés ! Envolés, mais pas perdus pour tout le monde !  Au cours d’une nuit de conciliabules discrets, les socialistes locaux avaient décidé de ne pas lâcher la proie pour l’ombre. De ne pas abandonner en rase campagne celle qu’ils ont toujours soutenue. Tous pour un, tous pour Pinel !

Bien sûr, cette fidélité n’est pas totalement désintéressée, elle n’est pas hors sol. Elle peut se comprendre comme la suite logique de l’accord qui a permis à l’alliance PRG-PS de reprendre le département. Du coup, rien de surprenant à voir le PRG soutenir Valérie Rabault, députée socialiste sortante dans la première circonscription. Sauf que là, parce que c’est elle, le scénario se complique. Cette circonscription ayant été réservée au PS par Mélenchon, Valérie Rabault devenait de facto la candidate NUPES. Manifestement la perspective ne l’enchantait pas. Candidate oui, mais sous ses couleurs ! Elle a donc préféré garder ses distances, ne pas se mettre trop franchement sous l’étoile Mélenchon, elle qu’on disait macron-compatible. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas aidé à clarifier sa situation. La voilà donc PS et pas beaucoup plus, mais presque en marge de son parti, dans cette région Occitanie où la présidente Carole Delga adoube à tout va les dissidences. On comprend que sur ces bases le mariage a eu du mal à être consommé. Il y avait mal donne. Les montalbanais de la NUPES s’en sont offusqués et cherchent désormais candidat désespérément. Certains mettent leurs espoirs dans Ghislain Descazeaux, ex PS, candidat DVG qui pourrait s’avérer plus fréquentable et qui ne fait pas mystère de ses sentiments à l’égard de Valérie Rabault, comme de la majorité départementale.

Rien ne se passe jamais tout-à-fait comme prévu en Tarn-et-Garonne.  Les alliances sont d’abord des histoires de personnes qui pratiquent régulièrement le « je t’aime, moi non plus ». Vérité à Paris n’est pas toujours bonne entre Tarn et Garonne ! Aucune déclaration tonitruante, aucun communiqué de guerre interne n’a à cette heure déchiré le ciel des gauches du département, mais l’affaire est désormais entendue, comme l’illustration par l’absurde de ces gauches irréconciliables.