Législatives: La chute de Pinel

Sylvia Pinel, la députée sortante de la deuxième circonscription de Tarn et Garonne n’a pas été qualifiée pour le second tour de ces législatives. Battue d’une très courte tête par Christian Astruc, candidat de la majorité présidentielle. A l’heure où j’écris ces lignes, l’entourage de l’ex députée s’interrogerait même sur l’opportunité de faire un recours tant le score est serré  (92 voix de différence). Mais une chose est sûre : une page vient d’être tournée dans cette circonscription qui des décennies durant était restée fidèle au patron de la Dépêche du Midi.  Le camouflet est magistral quand on compare le score de 2022 (20,19%) à celui de 2017 (27,31%) et ce malgré l’appel in extremis en faveur de la candidate de 73 maires ou élus locaux. Le radicalisme à la mode de chez nous ne fait plus recette et le soutien de quelques sections PS qui s’étaient affranchie de la NUPES, ne semble pas avoir donné les résultats escomptés. Faut-il dès lors craindre une crise dans la majorité départementale mise ainsi à rude épreuve avec la défaite d’une de ses égéries?

Le RN, après ses scores flatteurs de la présidentielle, il fallait s’y attendre, arrive très largement en tête de ce premier tour avec les 31% réunis par une inconnue qui se paye même le luxe de faire plus de 34% à Moissac comme à Castelsarrasin. En 2017, le candidat RN devenu maire de Moissac n’avait obtenu au premier tour que 21,63%, avec il est vrai la présence d’un candidat LR, crédité alors de plus de 18%. En tête, la candidate RN n’a pas sur le papier un gros réservoir de voix. Outre les 5% de Reconquête qui ne lui sont pas tous promis, elle devra chercher loin, la tâche n’est pas forcément impossible, pour obtenir une majorité absolue.

L’autre événement de la soirée, ce sont les 20,58% de Christian Astruc, candidat de la majorité présidentielle, revendiqué Horizons.  Un revenant ! L’ancien président du conseil départemental était sorti du bois au dernier moment, conduisant une campagne de terrain, réactivant ses très nombreux réseaux. Ça a payé ! Certes la partie est loin d’être gagnée, mais il veut espérer un réflexe républicain qui lui permettrait de récupérer une partie des 9 ou 10000 voix qui lui manquent pour s’imposer. Sylvia Pinel donnera-t-elle des consignes de vote ? Et la NUPES, arrivée en quatrième position, suivra-t-elle les consignes nationales ? Avec presque 19% (9272 voix), la candidate LFI fait cependant un peu moins bien qu’espéré. En 2017, la gauche totalisait en effet plus de 11000 voix sur la circonscription. C’est donc à ces seules conditions, renforcées par un regain de participation, que Christian Astruc peut espérer créer la surprise, le 19 juin au soir.

 

Tarn-et-Garonne : la gauche à hue et à dia

A Gauche, rien de nouveau en Tarn et Garonne ? Mais si, rideau sur la NUPES ! Retour à la case départ ! PS-PRG d’un côté, Verts-Insoumis de l’autre ! Sans tambour ni trompette, chacun a retrouvé son écurie, laissant rigolards, pantois, amers, enragés c’est selon, des électeurs qui n’ont rien compris à la séquence. Des électeurs d’autant plus contrariés, qu’un peu partout en France, la Nouvelle union populaire, écologique et sociale se sent pousser des ailes (27% des intentions de votes si l’on en croit le dernier sondage SOFRES, portant sur près de 12000 sondés). Mais que se passe-t-il donc dans ce département, pourquoi ici rien ne fonctionne-t-il comme ailleurs ?

Parce que c’est lui, parce que c’est elle, serait-on tenté de dire. Lui c’est Baylet, le PRG qui n’a pas voulu participer au grand marchandage NUPES, estimant qu’il était assez grand, assez fort pour tenter sa chance, sous ses propres couleurs, au premier tour des législatives. C’est ainsi que dans la deuxième circonscription du Tarn et Garonne et contre toute attente, la députée sortante, Sylvia Pinel rempile, sabre au clair, forte du soutien du quotidien régional et des réseaux que le Bayletisme a tissé depuis des décennies sur tout le territoire. A sa gauche, les Verts qui pensaient tenir le bon candidat, ont dû faire profil bas et laisser la place à une Insoumise.  Elle a rapidement déchanté. Où étaient passés les camarades socialistes, pourtant signataires de l’accord avec Mélenchon ? Envolés nuitamment comme une bande de moineaux effarouchés ! Envolés, mais pas perdus pour tout le monde !  Au cours d’une nuit de conciliabules discrets, les socialistes locaux avaient décidé de ne pas lâcher la proie pour l’ombre. De ne pas abandonner en rase campagne celle qu’ils ont toujours soutenue. Tous pour un, tous pour Pinel !

Bien sûr, cette fidélité n’est pas totalement désintéressée, elle n’est pas hors sol. Elle peut se comprendre comme la suite logique de l’accord qui a permis à l’alliance PRG-PS de reprendre le département. Du coup, rien de surprenant à voir le PRG soutenir Valérie Rabault, députée socialiste sortante dans la première circonscription. Sauf que là, parce que c’est elle, le scénario se complique. Cette circonscription ayant été réservée au PS par Mélenchon, Valérie Rabault devenait de facto la candidate NUPES. Manifestement la perspective ne l’enchantait pas. Candidate oui, mais sous ses couleurs ! Elle a donc préféré garder ses distances, ne pas se mettre trop franchement sous l’étoile Mélenchon, elle qu’on disait macron-compatible. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas aidé à clarifier sa situation. La voilà donc PS et pas beaucoup plus, mais presque en marge de son parti, dans cette région Occitanie où la présidente Carole Delga adoube à tout va les dissidences. On comprend que sur ces bases le mariage a eu du mal à être consommé. Il y avait mal donne. Les montalbanais de la NUPES s’en sont offusqués et cherchent désormais candidat désespérément. Certains mettent leurs espoirs dans Ghislain Descazeaux, ex PS, candidat DVG qui pourrait s’avérer plus fréquentable et qui ne fait pas mystère de ses sentiments à l’égard de Valérie Rabault, comme de la majorité départementale.

Rien ne se passe jamais tout-à-fait comme prévu en Tarn-et-Garonne.  Les alliances sont d’abord des histoires de personnes qui pratiquent régulièrement le « je t’aime, moi non plus ». Vérité à Paris n’est pas toujours bonne entre Tarn et Garonne ! Aucune déclaration tonitruante, aucun communiqué de guerre interne n’a à cette heure déchiré le ciel des gauches du département, mais l’affaire est désormais entendue, comme l’illustration par l’absurde de ces gauches irréconciliables.

Législatives: une compétition ouverte

11 candidats sur la première circonscription. 9 dans la seconde. Voilà du beau monde pour une élection qui à en croire la vox populi ne passionnerait pas les électeurs. Bien sûr, comme d’habitude, il y a celles et ceux qui présentent des candidatures dites de témoignage, sachant pertinemment qu’ils n’ont aucune chance, même pas de faire les fatidiques 5%. Sur la une, on peut classer dans cette catégorie, 5 binômes : Lutte ouvrière, « Résistons », le parti de Jean Lassale et trois autres duos sans étiquette. Sur la deux, on trouve un binôme « Lassale » et un binôme « Lutte ouvrière » mais aussi un autre candidat sans étiquette et même un Pirate qui a jeté l’ancre entre Tarn et Garonne.

L’extrême droite

Reste le cas de « Reconquête », le parti de Zemmour.  Il faut dans ce territoire lui faire un sort à part. Il peut, surtout du côté de Moissac passer le cap des 5%. Moissac qui s’affiche comme le vivier de l’extrême droite Tarn et Garonnaise. Avec son maire bien sûr qui n’en finit pas de brouiller son image : jeune pousse prometteuse du FN, on le retrouve le temps d’une présidentielle aux côtés d’Eric Zemmour, pour finalement découvrir son credo divers-droite sur les réseaux sociaux. Cet étrange ballet est en fait l’expression d’un projet : fédérer les extrêmes jusqu’aux confins de la droite tradi. A preuve ces deux adjointes de la mairie de Moissac, candidates remplaçantes l’une chez Reconquête, l’autre chez le RN et le tout dans la même circonscription.

On suivra donc la situation entre les deux tours. En dépit des bisbilles nationales, les zemmouriens viendront-ils en renfort des lepénistes alors que ces derniers devraient se qualifier pour la seconde manche ?

2° circo: rien n’est joué

Justement, qui restera-t-il en lice après le 12 juin ? C. Astruc, candidat de la majorité présidentielle devrait se qualifier sans trop de difficultés, alors que les Républicains ont cette année jeté l’éponge. Pas de difficulté non plus pour la députée sortante PRG, soutenue à longueur de colonnes par le quotidien régional, mais aussi par le PS du coin qui s’est semble-t-il affranchi des accords NUPES. Voilà qui risque de peser sur le sort de la candidate LFI et compromettre, peut-être, sa capacité de concourir pour le second tour de ce scrutin. Ainsi dans la deuxième circonscription une triangulaire serait possible, ce qui ne manquerait pas de poser problème et aux électeurs et aux états-majors politiques.

1° circo: les chances de la majorité

Dans la première circonscription, le jeu semble aussi très ouvert. A l’évidence, la candidature DVG est un coup de poignard pour la députée socialiste sortante qui n’est pas assurée de faire le plein des voix de son parti,  tant les rapports semblent tendus au sein de cette formation. Adoubée par la NUPES, la sortante n’est même pas sûre d’être suivie par la totalité de cette Union populaire, dont une part de l’électorat pourrait bien se tourner vers le candidat divers gauche. Voilà qui à coup sûr fait les affaires du candidat Républicain, poulain de la maire de Montauban. Voilà qui devrait aussi permettre à Catherine Simonin, candidate de la majorité présidentielle, issue de Territoires de Progrès, de virer confortablement en tête au premier tour et d’aborder le second dans les meilleures conditions.

En 2017, le macronien Pierre Mardegan arrivé très largement en tête à l’issue du premier tour, avait été victime de la vindicte de son ancien mentor, la maire de Montauban. La situation n’est plus la même. Alors, quel sera le visage du second tour ? Une triangulaire ici aussi n’est pas à exclure totalement. Un duel Majorité présidentielle-RN semble toutefois plus probable, auquel cas Catherine Simonin devrait en toute logique emporter la partie. Ce qui serait un signal fort dans ce département où depuis le début la macronie est à la peine.

Les candidatures

1° circonscription

Valérie Rabault (PS), députée sortante. Suppléant : Morgan Tellier, maire de Nègrepelisse et président de la communauté de communes Quercy vert-Aveyron.

Claude Vigouroux (LR), maire de Reyniès, vice-président du Grand Montauban. Suppléante : Pauline Forestié, adjointe au maire de Montauban.

Luc Francez-Charlot (Reconquête). Suppléant : Cédric Torrens

Pierre Poma (RN), ancien exploitant agricole. Suppléante: Sabine Mayre.

Richard Blanco (Lutte Ouvrière), employé au ministère du Travail. Suppléant : Vincent Haas, enseignant.

Ghislain Descazeaux (DVG), conseiller départemental de Montauban 1. Suppléante : Liliane Morvan, conseillère départementale de Montauban 1.

Dylan Perrinaud (Résistons, parti de Jean Lassalle). Suppléante: Maeva Rousselle.

Chafik Benchekroun. Suppléante: Léonie Juvin.

Catherine Simonin (Ensemble, majorité présidentielle). Suppléant: Damien Audouy.

Laurence Lafond. Suppléant: Joël Pujol.

Jean-François Grilhaut des Fontaines (Solidarité & Progrès), ingénieur réseaux et telecom. Suppléant: Vincent Crousier.

2e circonscription

Sylvia Pinel (PRG), députée sortante. Suppléant : Jean-Luc Deprince, maire et conseiller départemental de Beaumont-de-Lomagne.

Françoise Ratsimba (Lutte Ouvrière), enseignante. Suppléant : Stéphane Gomila, enseignant.

Nathalie Manchado (LFI), directrice de projets. Suppléant : Yannick Petitou, infirmier hospitalier.

Marine Hamelet (RN). Suppléante : Stéphanie Gayet, conseillère régionale, adjointe au maire de Moissac.

Christian Astruc (Ensemble, majorité présidentielle). Suppléante : Maryse Baulu.

Frédéric Cases (Reconquête), fonctionnaire de police. Suppléante : Sophie Lopez, adjointe au maire de Moissac.

Claire Aymes (Bastir Occitanie). Suppléant: Alain Caro.

Jean-Yves Jouglar (DVD), vétérinaire retraité. Suppléant: Jacques Desmons.

Cédric Levieux (Parti Pirate). Suppléant: Sylvain Gougouzian.

Red Star

Le Red Star n’est pas à vendre aux Américains et surtout pas à un fond de pension qui pour une raison un peu mystérieuse s’intéresse à ce club de football de Saint Ouen. La gauche cocorico s’y oppose. La Nupes (la nouvelle union populaire écologique et sociale) avec quelques journalistes et historiens, ont en effet pris la plume pour affirmer que « Le Red Star est un bien commun qui ne peut être sacrifié sur l’autel du profit ». Depuis que les frères ennemis d’hier ont signé la pax mélenchonia, ils retrouvent les refrains du bon vieux temps, au risque de s’égarer encore un peu plus dans les méandres de l’histoire.

Red star, étoile rouge ! Le nom est trompeur. Le club qui a été créé en 1897 par Jules Rimet, fondateur par la suite de la FIFA, n’a jamais été une succursale de bolcheviks convertis au ballon rond. Pur hasard des temps. Tout au plus le club ondonien peut-il s’enorgueillir d’une belle carrière amateur, qu’il n’a pas vraiment confirmée depuis qu’il joue chez les professionnels.

En fait, cette histoire relève de la pure fantaisie. Du conte pour enfants attardés. A vouloir parler foot business, la Nupes pourrait par exemple se pencher sur les cachets faramineux de joueurs qui ne payent pas l’impôt en France, ou sur ces clubs achetés par des émirs ou des oligarques… Pour l’amour du sport, à n’en pas douter !  Mais cette gauche, tout étonnée d’avoir ressuscité d’entre les morts, adore se raconter des histoires, convoquant l’histoire, la vraie pour l’aider à construire sa mythologie. Il n’y a qu’à voir avec quel empressement, les signataires de l’accord électoral d’avril ont cherché à s’inscrire dans une continuité : 1936 et le Front populaire, 1972 et le programme commun, 1998 et la gauche plurielle…

Et cerise sur le gâteau, l’encre de l’accord à peine sèche, les intellectuels, les intellectuels organiques comme on disait au siècle dernier, se réveillent soudain pour chanter les louanges de ces retrouvailles. «Il existe aujourd’hui une immense convergence au sein de l’ensemble de la gauche et de la composante de l’écologie politique qui s’en revendique » écrivent en chœur neuf intellectuels dans une tribune au journal Le Monde. Voilà qui est dit, mais que ne le disaient-ils plus tôt !

Quant aux étoiles… on les croyait perdues, mangées par quelque trou noir du système… solaire, et voilà que les étoiles rouges réapparaissent, à l’est et c’est inquiétant. Ici, elles distraient le regard, titillent les mémoires, promises au destin d’étoiles filantes.

Gauches: opération survie

« L’union est un combat ». Les plus anciens se souviennent de la formule de Georges Marchais, or les décennies passent, et la rhétorique du PCF ne change pas. Ce matin Fabien Roussel ne disait pas autre chose sur France Inter pour justifier l’accord que son parti a signé avec les Insoumis de Jean Luc Mélenchon. Ils ne sont en effet d’accord sur presque rien, si ce n’est l’augmentation du SMIC… Ce qui en cas de victoire aux législatives, se traduirait inévitablement par une foire d’empoigne au moins aussi musclée que les échanges de la campagne de la présidentielle. Et on pourrait dire la même chose des autres signataires : des Verts qui ont perdu dans l’affaire une partie de leur ADN, en l’occurrence la référence à l’Europe, excusez du peu; mais aussi des socialistes qui ont vendu leur boussole pour un plat de lentilles.

Ce rabibochage de dernière heure n’a rien d’historique, sauf à considérer que de petits arrangements électoraux, à géométrie variable de surcroît, annoncent le printemps du peuple de gauche.

Jean Luc Mélenchon premier ministre ? Qui peut réellement y croire ? Les bisbilles majoritaires, conduiraient inéluctablement à un avachissement de la France, incapable dès lors de tenir son rang en Europe, et de maintenir à flot son économie.  Bref, à la crise politique et institutionnelle, s’ajouterait une crise économique. Rien que ça !

Mais tout cela n’arrivera pas, car sauf improbable miracle des urnes, l’Union populaire écologique et sociale n’aura pas la majorité à l’Assemblée nationale et chacun le sait. L’objectif n’était donc pas de faire un accord de gouvernement, mais de permettre à LFI, qui est sous représentée, de devenir la principale force d’opposition, et accessoirement de donner aux autres partis une chance d’exister encore un peu au sein du palais Bourbon. Des candidats dans plus de 50 circonscriptions pour bénéficier des subsides de l’Etat et si possible 15 élus pour pouvoir créer un groupe. Tout le reste n’est qu’illusion, tromperie sur une marchandise hâtivement repeinte aux couleurs des riches heures de l’histoire des gauches françaises : 1936 et le Front populaire, 1972 et le programme commun pour ne parler que de ces deux périodes.

Alors qu’importe le nucléaire, la laïcité, le communautarisme, les traités européens, les nationalisations, les amitiés inavouables, les tentations autoritaires… tout ce qui rend les différentes gauches inconciliables ! Mais déconfits, au bord de la tombe, ces partis convoquent les mythes et l’histoire pour farder leurs plaies. Opération survie qui ne fait que différer le temps des règlements de contes, si ce n’est celui des comptes réels.