UN PROJET POUR MOISSAC

Pendant quelques semaines Urbicus, un cabinet d’urbanisme toulousain, a interrogé une partie des Moissagais, puis cogité dans son coin, pour finalement livrer sa vision de Moissac d’ici dix à quinze ans.

L’exercice à vrai dire n’engage pas grand monde, surtout pas les élus de la présente mandature et probablement guère plus ceux de la suivante.

Mais le sujet n’est pas là. Le premier constat, consternant de banalité, relève que les Moissagais parlent volontiers de l’abbatiale et du Tarn. Dans cet ordre, ce qui là aussi ne surprendra pas. Naguère, nous avions traduit cette aspiration par le slogan : « De la pierre à l’eau ». La majorité actuelle, pour faire genre a cru bon d’en inverser les termes. En pure perte. Et ce n’est pas faute de le lui avoir dit !

Rues piétonnes

Pour le reste, pas de surprise non plus. Le rapport dit qu’il faut plus de rues piétonnes, un « parcours marchand réadapté » et moins de voitures en centre-ville. C’est le programme qu’un partout en France, les villes tentent de mettre sur pied avec plus ou moins de bonheur. Nombre de commerces, alléchés par les aides que promet l’Etat (opérations « Cœur de ville », « Bourgs centres », « Politique de la ville ») tentent l’expérience, puis renoncent. Deux raisons probables : une offre trop ordinaire et une clientèle qui n’est pas au rendez-vous ! Nos petites villes en effet se paupérisent. Moissac, comme d’autres, voit sa classe moyenne s’égayer sur les coteaux, voire plus loin. Combien de professeurs du lycée François Mitterrand résident encore à Moissac ? La question vaut réponse.

Projet de ville

L’urbanisme ne peut être réduit à une rue piétonne, quelques arbres en pots ou des trottoirs plus larges. Il concerne au premier chef l’habitat, les logements offerts à la vente ou à la location, leur manière de s’insérer dans le bâti, les espaces sur lesquels ils ouvrent, la mixité sociale et générationnelle qu’ils proposent.  Bref, cela s’appelle un projet de rénovation urbaine qui suppose que les élus aient une idée claire de ce qu’ils veulent faire de la ville. Un projet de ville !

Moissac recule

Jadis, le roi de France qui voulait contester la puissance de ses grands féodaux, mit sur pied un programme de construction de bastides. Ces villes, dont les plans et l’architecture témoignaient de la montée en puissance d’une bourgeoisie commerçante et artisanale portaient donc un double projet : politique et économique. A quoi sert aujourd’hui Moissac qui fut terre de mission et siège d’un pouvoir ecclésial ? Elle n’est même plus un centre administratif. Plus de tribunal, plus de trésorerie, plus de DDE… Certes, l’éducation avec entre autres les deux lycées, et la santé avec l’hôpital, les urgences et l’EPHAD y sont encore présentes. Mais les menaces planent.

L’arboriculture et la vigne demeurent les deux principales productions du territoire. Mais Moissac n’est ni un marché d’intérêt régional, ni un pôle d’approvisionnement pour circuits courts. A Moissac, on ne transforme pas les fruits, on se contente de les conditionner, pour les expédier dans d’énormes semi-remorques en France et à l’étranger. Arboriculteurs et metteurs en marchés ont recours à une main d’œuvre saisonnière, d’Afrique du nord il y a quelques années, de l’est européen aujourd’hui. Les employeurs exonérés de charges sociales, trouvent là une main d’œuvre bon marché, dont l’accompagnement social est pour l’essentiel assumé par la collectivité !

Oser la complexité

C’est bien peut-être à cela que sert Moissac aujourd’hui, à gérer des besoins qui ne cessent d’augmenter, à proportion aussi du vieillissement de la population du territoire. Car tout le reste, à savoir le commerce, est hors les murs. Dans ces ZAC qui depuis quelques décennies fleurissent en périphérie sur des terres agricoles ainsi miraculeusement bonifiées.

Les consommateurs croient y avoir trouvé leur compte : facilité d’accès, tout sur place, promotions à la pelle… En ces temps où l’intercommunalité n’était pas obligée, la compétition était rude entre les bourgades, entre Moissac et Castelsarrasin. Elle le demeure d’une certaine manière.

Le diagnostic des spécialistes sur Moissac nous pose un problème complexe pour lequel il n’y a pas, c’est ma conviction, une seule solution. Ne faut-il pas le prendre par tous les bouts et en même temps ? La Rénovation urbaine permet d’aborder de front les sujets économiques et sociaux de la ville.

Par exemple :

  • Etre fer de lance du développement économique dans le cadre de la communauté de communes, avec une cible prioritaire, les entreprises à forte valeur ajoutée, (Toulouse est à deux pas). Moissac peut du coup devenir lieu de résidence.
  • Faire du tourisme un vecteur économique fort et novateur.
  • Créer en centre-ville des structures de vie pour les différentes populations vieillissantes du territoire ?
  • Devenir un pôle de formation, antennes universitaires, école du numérique…
  • Améliorer l’offre de soins : hôpital, gériatrie, centre ou maison de santé en pleine ville…

Oui il faut oser repousser les voitures hors les murs, inventer des modes de déplacements adaptés, repenser la place des Récollets et les entrées du cœur de ville… Sans attendre ! Nous en parlions en 2014 ! Pour 2020, il  faut remettre l’ouvrage sur le métier.

Que les bonnes volontés lèvent le doigt et se rassemblent. Pour réfléchir, pour construire. Pour Moissac !

N.B: Nous reparlerons de tout cela très bientôt. Prenez la parole, manifestez-vous ! Dans les mois qui viennent, il faudra donner corps à l’espérance.