Ma nuit chez…


Ah qui dira la douceur des soirées estivales, quand une tablée d’amis se prépare à honorer dignement Bacchus et des plats généreusement servis ? La conversation fait le tour des convives, se nourrit des aventures vacancières des uns, des nouvelles familiales des autres, se risque parfois à des plaisanteries ressassées, qui immanquablement se fracassent en un soupir de réprobation, pour mieux repartir ailleurs, souvent dans un coin moins exposé à la lumière.

Et puis tout à coup, allez savoir pourquoi, tombe comme un tonnerre annonciateur de l’orage, un mot, un nom : Macron. Oui EM, le président quoi ! Personne n’a repéré l’imprudent ou l’impudent qui à court certainement d’anecdotes piquantes, a osé. Osé prononcer le nom qui fâche, qui clive comme disent les sociologues. Les pour, les contre ! Aussitôt, deux camps se dessinent et se mettent en ordre de joute. Les voilà avec leur champion. C’est plus rarement une femme. Autour d’eux s’organise sur le champ toute une infanterie, plus ou moins habile dans la contre-attaque quand elle n’est pas entièrement occupée à faire la claque.

On va me dire qu’il n’y a là rien de bien nouveau. Que la chaleur de l’été et l’alcool aidant, il en a toujours été ainsi. Probable, tant nous aimons la querelle. Mais la nouveauté si j’ose dire tient plus au sujet de la controverse qu’à l’ardeur des bretteurs. Macron déchaîne les passions et surtout les détestations. C’est un fait avéré, confirmé par l’expérience. La vieille gauche, percluse de nostalgies, qui ne parvient pas à digérer sa récente déroute électorale et idéologique, ne trouve pas le plus petit mérite au locataire de l’Elysée. Même pas celui d’avoir gagné l’élection, et de nous avoir en même temps épargné la droite d’Adolphe Thiers et le populisme brun dont les rictus de fin de campagne en disaient plus long que tous les discours. L’autre gauche, insoumise, sagement installée dans les rangs de l’Assemblée nationale, aphasique devant la situation du Vénézuela qui lui servait il y a peu de référence, retrouve comme par miracle de la voix quand il s’agit de Macron.

Cet homme a tourneboulé les têtes, même les mieux faîtes. A droite, mais surtout à gauche, on ne lui accorde rien. Pas même le bénéfice de l’intelligence. Quant à sa politique ? N’en parlons même pas… libérale, anti-sociale, réactionnaire… les anathèmes volent en escadrilles. Le vocabulaire, pourtant fourni, des contestataires de banquets n’y suffit plus. De vieux tribuns se font en deux libations une gloire de jeunes procureurs. En fait ce petit monde a perdu son sens critique, sa capacité d’analyse « objective » comme nous écrivions jadis dans nos manuels marxistes. Voit-il le pays tel qu’il va ? Tel qu’il est ? Tel qu’il devient ? Les mesures prises par le nouveau pouvoir lui seront-elles utiles ? Ce petit monde sait, tant il l’espère, qu’elles sont, qu’elles seront intrinsèquement mauvaises, car décidées par Macron, le banquier, l’arriviste, le prestidigitateur !

En fait, à bien peser les choses, l’irruption, il n’y a pas d’autres mots, d’Emmanuel Macron, dans le champ politique a été si rapide, si imprévue, si violente pour une grande partie de la caste, que cette dernière ne parvient pas à l’intégrer dans ses vieux logiciels. Macron tient à ses yeux de l’Alien. Le corps étranger ! Et puisque la dialectique classique s’épuise à rendre compte du phénomène, sus au bonhomme ! La psychologie de comptoir comme science politique ! Les hommes, curieusement, y excellent et parviennent mal à dissimuler leur aversion pour un personnage si brillant, et lisse et beau ! Son épouse, plus âgée que lui, ce qui est circonstance aggravante, n’échappe pas au tir nourri. On la voudrait absente, recluse, invisible. On aurait voulu la priver des moyens matériels dont d’autres, par le passé, ont si avantageusement bénéficié. Cela sent à plein nez son petit réac et réduit les discours sur les valeurs, sur les principes dits républicains, à un catéchisme pour analphabète.

Mais je ne doute pas que chacun va se reprendre. Que la gauche dite de gouvernement va petit à petit reconstruire un corpus idéologique. Refaire surface ! Et s’appliquer en même temps à la critique constructive ! Admettre pour renaître,  faire résilience, admettre que les intuitions du bonhomme ne manquent pas toutes de pertinence et le Président de volonté, ce qui fit si cruellement défaut au quinquennat précédent. Encore un verre, portons un toast, à la France !

 

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