Primaire: l’arme fatale


La fronde et son chef, au terme de 4 ans d’embuscades, de provocations, de défis, allant jusqu’au dépôt de deux motions de censure, a donc eu la peau de l’ex premier ministre, Manuel Valls, faisant plébisciter par les électeurs de la primaire, son opposition radicale à la politique menée depuis 3 ans. La suite de l’opération, ce sera, certainement, la prise de Solférino, une bataille qui va conduire certains militants et élus à l’exil. Combien ? On ne sait pas à cette heure, mais il est possible que la nouvelle équipe, qui ne jure que par le rassemblement, n’en soit pas plus que cela fâchée. Tant qu’à faire la purge, mettons y les formes!

D’autres vont faire la grève du zèle, qui tels des fantômes du navire socialiste, laisseront leur place, sans jamais partir tout-à-fait. D’autres encore, qu’il est à cet instant difficile de compter, resteront, et joueront le jeu de cette curieuse démocratie, par fidélité peut-être aux mannes de Jaurès, de Mitterrand, ou de Jospin.

Ce qui est sûr, c’est que le coup a été finement joué. L’appareil socialiste était imprenable de l’intérieur, verrouillé par de solides apparatchiks, jadis frères de combat et dont la cuirasse s’est peu à peu fissurée, à proportion des difficultés, et des erreurs du gouvernement… socialiste. Mao, on s’en souvient, avait déchaîné les gardes rouges pour se débarrasser de ses encombrants compagnons de route. C’était la révolution culturelle. La primaire, la mal nommée « Belle alliance populaire » a donné à Benoit Hamon un million de suffrages, ce qui n’est pas rien, il faut bien l’admettre!, des votes qui veulent dire une envie de changement, une nostalgie d’un « avenir désirable », cette version actualisée du fameux « Désir d’avenir » cher à Ségolène Royal.

Quand pour être de gauche il fallait naguère être marxiste, cela s’appelait « les lendemains qui chantent ». Mais il n’est pas exclu de penser que la mobilisation anti Valls, jeune, très urbaine et diplômée ne provienne pas pour partie de cette autre nébuleuse de la gauche que Jean Luc Mélenchon tente de fédérer avec ses « Insoumis » Car au delà de tout calcul politique, il y a dans le vote de dimanche, de la rancune, du règlement de compte, voire même du dépit amoureux.

La gauche en effet ne s’aime pas. Les frondeurs l’ont prouvé. Ses différents courants, ses différentes chapelles ont l’excommunication facile. Son messianisme originel la conduit à se déchirer pour un oui, pour un non. Elle instruit en permanence contre elle même un procès en trahison, sommant l’autre de prouver son orthodoxie. Il n’y a qu’à voir les mauvaises manières qui sont faites à Emmanuel Macron ! Une bonne part de la famille n’est pas à l’aise avec le pouvoir, là où précisément l’idéal se frotte au réel. Référence et révérence faites à Jean Jaurès !

Tout ça pour dire que Benoit Hamon aura fort à faire, mission quasi impossible, pour rassembler le parti socialiste, ce qui devrait pourtant être sa première et urgente préoccupation. La tâche sera au moins aussi difficile pour faire ami-ami avec les Insoumis de Jean Luc Mélenchon et espérer ainsi aborder le premier tour de la présidentielle en position pas trop défavorable. A moins que le candidat du PS ne tourne ses regards vers Emmanuel Macron ! Mais la chose paraît aujourd’hui hautement improbable.

Tout ça pour dire que sans programme, et c’est hélas le cas, le parti socialiste transforme de facto la primaire en une sorte de pré-congrès, qui noie les militants dans les électeurs qui peuvent impunément s’en donner à cœur joie. Pour redire que la présidentielle, en cette période de disette idéologique, est pour une bonne partie de la gauche relativement accessoire, sinon, elle aurait préparé l’échéance bien avant. Elle se serait préparée, aurait construit un front commun minimum et disposerait d’un candidat crédible, capable de damer le pion à la droite et à l’extrême droite.

Certes, cette campagne présidentielle nous réserve chaque jour d’extraordinaires coups de théâtre. Et il est encore bien hasardeux de dire ce que sera dans deux mois, le paysage politique. Pour l’heure, le candidat de la droite dure est sur le point d’exploser en vol. Le FN qui paye ses salariés avec de l’argent du Parlement européen, aura bien du mal à faire croire qu’il lave plus blanc. A priori, les vents sont favorables aux progressistes. Emmanuel Macron, à lui seul, peut même à ce jour espérer être au second tour de la présidentielle. Cela donne je l’espère à réfléchir !

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